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11/01/2017

Nietzsche

On refusera longtemps à Nietzsche la qualité de philosophe, en alléguant ses contradictions, son style poétique et aphoristique. On invoqua sa maladie et l'effondrement final dans la folie pour classer ses écrits au nombre des documents pathologiques. L'œuvre de Nietzsche fut défigurée par la propagande nazie. On pourrait allonger la liste des interprétations aberrantes.

Mais l'essentiel est que, par l'influence qu'il exerça sur les esprits de l'époque, l'autorité philosophique de Nietzsche se soit universellement imposée au point que Nietzsche est reconnu aujourd'hui pour l'un des génies qui ont modelé le visage du XX° s.

Sommaire

Les sources de sa pensée.
La vie de Nietzsche
Apport conceptuel.
Principales œuvres.

Les sources de sa pensée.

Parmi les sources de la pensée de Nietzsche, on citera les penseurs présocratiques et en particulier Héraclite, ainsi que le stoïcisme (avec le concept d'éternel retour).
Schopenhauer l'influencera aussi mais il le rejettera ensuite, tout comme Wagner qu'il rejettera à partir de 1875.

La vie de Nietzsche

Plus que pour tout autre philosophe une biographie de Nietzsche s'impose.

Dans Par delà le bien et le mal, il écrit : " J'ai peu à peu découvert ce que toute grande philosophie a été jusqu'à ce jour : la confession de son auteur et une sorte de Mémoires involontaires et insus. Chez le philosophe, il n'y a absolument rien d'impersonnel et sa morale notamment témoigne de façon nette et décisive qui il est ". Ce ne sont bien entendu pas les évènements en eux-mêmes qui intéressent Nietzsche mais l'événement en tant qu'il exprime une attitude théorique et pratique.

Il n'y a pas pour Nietzsche de philosophie, il n'y a que des philosophes dont la vie cependant n'intéresse le penser philosophique que dans la mesure où elle acquiert signification universelle, dans la mesure où la vie de l'individu a valeur pour la communauté.

Du reste, l'œuvre de Nietzsche est inséparable de l'histoire occidentale et il faut s'en souvenir pour le comprendre. C'est dans cet esprit qu'il nous faut donc brièvement rappeler les éléments de sa biographie.

Nietzsche est né à Röchen, près de Leipzig en 1844. Il serait un descendant de l'aristocratie polonaise par son père. Sa mère était allemande. Nietzsche se réclame de l'aristocratie (par le sang il se sent hors des limites nationalistes) mais en même temps il s'en méfie : " Le sang est le plus mauvais témoin de la vérité " écrira-t-il dans Ainsi parlait Zarathoustra.

Son père était pasteur luthérien et sa mère issue d'une famille de pasteurs. Le père meurt prématurément en 1849. Nietzsche a cinq ans. Il vivra toute son enfance dans un univers exclusivement féminin avec sa mère, sa sœur Élisabeth et ses deux tantes.

À 6 ans, il entre à l'école communale et l'année suivante dans un institut privé préparatoire au lycée, lycée où il reste trois ans. Il se destine à être pasteur.

En 1859, Nietzsche devient boursier à la célèbre école de Pforta en Thuringe, école célèbre pour sa tradition humaniste et luthérienne. La discipline y est monacale. Les études y sont classiques et insistent sur l'apprentissage de la discipline de soi. Nietzsche lit les auteurs grecs : Sophocle, Eschyle, Platon. La culture grecque et latine l'influencera profondément et il s'y référera sans cesse dans son œuvre, même en la critiquant. Il étudie aussi l'hébreu et l'anglais. Il se passionne pour la littérature allemande et l'histoire mais ne mord guère aux mathématiques. Nietzsche sera marqué toute sa vie par son manque de formation scientifique qu'il regrettera.

En 1864, il rentre à l'université de Bonn pour suivre des cours de philologie (latin et grec ancien) et de théologie.

En 1865, il entre à l'université de Leipzig où il se consacre à la philologie, seul domaine qui l'intéresse quoiqu'il en sente de plus en plus les limites. C'est là qu'il reçoit sa vocation philosophique à travers la lecture enthousiaste de Schopenhauer. Cette lecture est pour lui un choc. Schopenhauer influencera beaucoup sa pensée avant qu'il ne s'en détache. Il lit Le monde comme volonté et comme représentation. Selon Schopenhauer, la réalité véritable de l'homme, sous les apparences, c'est la volonté (et non plus l'esprit, l'intelligence, la raison), force aveugle qui pousse tous les êtres vers des buts dont ils ne perçoivent pas le sens et qui, une fois atteints, laissent la place à d'autres, indéfiniment ; en d'autres termes, la réalité profonde de tous les phénomènes c'est le désir (instincts, pulsions) dont l'homme est animé inconsciemment. Vivre c'est vouloir, désirer. Mais cette volonté sans but, sans signification, fait de l'homme un jouet inconscient de ce qui le meut. Il faut donc s'efforcer de renoncer au désir, de nier la volonté.

Nietzsche gardera l'idée du désir, de la volonté qui fait vivre mais, plus tard, il se détachera de Schopenhauer en affirmant que l'homme doit affirmer ses désirs sans nier la volonté, l'instinct, la vie.

Nietzsche lit aussi Lange (un kantien) puis Kant dont il retiendra la critique de la métaphysique dont les prétentions scientifiques lui semblent définitivement dépassées. La théologie lui apparaît aussi comme une illusion grossière. Il ne se détache pas de la philologie mais il veut lui donner une base philosophique.

En 1868, Nietzsche reçoit le prix du concours de l'Université pour un travail sur les sources de Diogène Laërce. Il croit pressentir dans la philologie le seul moyen d'accéder à la philosophie c'est-à-dire à l'humain universel.

À Leipzig, Nietzsche noue plusieurs amitiés qui vont marquer son existence et notamment celle de Richard Wagner qui lui apparaît comme l'Eschyle des temps modernes, le héraut d'une renaissance de la tragédie.

Nietzsche est brillant, très brillant, ce qui lui vaut d'être nommé en 1869, à 25 ans, alors qu'il n'a pas fini sa thèse, sur une simple recommandation de Ritsch (professeur de grec), professeur de philologie classique à l'Université de Bâle. Il occupera cette chaire de langue et de littérature grecques plus de 10 ans. Il rend de nombreuses visites à Wagner et à sa femme Cosima. Il leur lira en 1871 le manuscrit de La naissance de la tragédie. Sa publication en 1872 lui vaudra les réactions hostiles des milieux universitaires mais lui vaut les éloges enthousiastes de Wagner.

Engagé volontaire comme ambulancier et infirmier pendant la première guerre franco-allemande, dont les atrocités le bouleversent, il tombe gravement malade de diphtérie et de dysenterie. Vers 1873, il ressent les premières manifestations de maux de tête et de troubles oculaires, dont il ne cessera de souffrir : la maladie va devenir consubstantielle à sa doctrine.

De 1873 à 1876, Nietzsche publie les Considérations Intempestives qui soulignent l'intérêt que porte Nietzsche aux problèmes de la culture et de l'histoire, en même temps qu'elles resserrent ses liens avec Wagner.

Sa maladie et le développement de sa pensée vont le plonger dans un isolement de plus en plus grand. En 1875, il rencontre le musicien Peter Gast avec lequel il poursuivra l'amitié la plus continue et échangera la correspondante la plus importante. Gast est le seul ami auquel Nietzsche se soit confié de façon parfaitement sincère, même s'il ne se fait aucune illusion sur ses talents de musicien. Mais aucune des amitiés de Nietzsche n'aura été heureuse.

Nietzsche publie Humain trop humain. Il a conscience alors d'amorcer un changement décisif avec la critique de Schopenhauer. Toute la métaphysique est ébranlée. Une des conséquences est la rupture avec Wagner. En 1876, Nietzsche assiste aux premières représentations wagnériennes de Bayreuth. Il est déçu par la pompe nationaliste et la résurgence visible des thèmes chrétiens les plus décadents. La rupture avec Wagner et le wagnérisme sera consommée et rendue publique dès le début de 1877.

En mai 1878, Nietzsche est si gravement malade qu'il doit quitter son poste de Bâle. Il obtient, à la suite de ses dix années d'enseignement, une maigre pension qui lui évite la misère. Commence alors une existence errante, neuf ans de séjours variés, de voyages continuels, motivés par la recherche du climat le plus favorable à sa santé et à l'éclosion de sa pensée. Aurore (1880-1881) prolonge les analyses de Humain trop humain.

C'est pendant l'été 1881, au cours d'une promenade près de Sils Maria " à 6000 pieds au-dessus de l'humanité " que Nietzsche éprouve l'expérience instantanée, atteint la certitude vécue de l'éternel retour. C'est alors que surgit à côté de lui son double, Zarathoustra. Dans Le Gai Savoir (1881-1882) se précisent les intuitions qui constitueront les thèmes centraux de sa philosophie.

En 1882, il rencontre Lou Salomé, jeune fille brillante, aux talents intellectuels exceptionnels (elle publiera le premier ouvrage sur Nietzsche et sera plus tard l'amie de Freud et de Rilke). Nietzsche veut en faire sa disciple, la confidente privilégiée de ses pensées. Il s'éprend d'elle mais son projet de mariage échoue de par sa propre maladresse (il charge Paul Rée, alors son rival, d'adresser à Lou sa demande) et à cause de la jalousie de sa sœur qui craint que Nietzsche ne lui échappe. Après cet échec sentimental, l'isolement grandit dans la souffrance et le drame de l'esprit. L'œuvre s'édifie.

En 1882, il écrit le premier livre de Ainsi parlait Zarathoustra à Nice, en 1883 le deuxième livre à Sils Maria, en 1884 le livre trois, de 1884 à 1885 le livre quatre (à Zurich, Menton et Nice). L'un des plus grands livres du siècle vient d'être écrit mais ses contemporains ne s'en soucient guère.

À partir de 1886, le rythme d'écriture s'accélère : livre V du Gai Savoir et Par delà le bien et le mal, 1887 La généalogie de la Morale, 1888 Le cas Wagner, Le crépuscule des Idoles, Nietzsche contre Wagner, L'Antéchrist et Ecce homo. Cinq œuvres écrites fiévreusement. C'est la dernière année de lucidité de Nietzsche.

Le 3 janvier 1889, sur la place Carlo Alberto, à Turin, Nietzsche embrasse un cheval de fiacre qu'un cocher vient de frapper puis tombe sans connaissance. De quelques jours auparavant, datent des lettres et billets de la folie adressés à des amis ou à des inconnus où il signe le plus souvent " Dionysos " ou " Le Crucifié ". Nietzsche a perdu définitivement son identité. Il n'écrira plus et, bientôt plongé dans un mutisme total, il continuera parfois de jouer un peu de musique.

Ramené à Bâle par Overbeck il est conduit par sa mère à Iéna où la clinique psychiatrique prononce le diagnostic de paralysie générale. Il habitera désormais auprès de sa mère qui le soignera jusqu'à sa propre mort en 1897, puis à Weimar, auprès de sa sœur dans la maison de laquelle il meurt le 25 août 1900.

De l'œuvre restent des fragments inachevés. Les fragments posthumes représentent en fait plus de la moitié de son œuvre. Un certain nombre en seront publié de façon partielle et tronquée par la sœur de Nietzsche sous le titre La Volonté de Puissance. Le problème est, qu'entre temps, celle-ci a adhéré au nazisme et elle cherchera à donner à cette dernière œuvre (par un habile montage des fragments) un sens qu'elle n'a pas. La Volonté de Puissance n'est pas vraiment une œuvre de Nietzsche

Apport conceptuel.

La finalité du philosophe est de devenir un surhomme. Cette affirmation, qui peut paraître surprenante, a besoin d'être déchiffrée. La philosophie nietzschéenne, toute en symbole, ne doit jamais être interprétée au premier degré. Elle suppose au contraire tout un travail d'interprétation.
Surhomme (übermensch) est un mot que Nietzsche emprunte à Goethe. Il n'a rien à voir avec le superman des bandes dessinées, pas plus d'ailleurs qu'avec l'Aryen SS, exterminateur de population. Le nazisme, par son interprétation erronée et malhonnête de la pensée de Nietzsche a voulu faire croire que Nietzsche défendait ce que justement dans son œuvre il a toujours refusé et critiqué. Si Nietzsche avait vécu à l'époque du nazisme, il en aurait été le plus virulent opposant.
Le surhomme évoque le pas en avant que l'humanité doit accomplir à partir du moment où elle s'est débarrassée de l'idée de Dieu. Dans le prologue de " Ainsi parlait Zarathoustra ", Nietzsche écrit :
" Je vous enseigne le surhomme. L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu'avez-vous fait pour le surmonter ?
Le surhomme est le sens de la terre. Que votre volonté dise : que le surhomme soit le sens de la terre. "

Le sens de la terre s'oppose bien sûr au sens du Ciel.

Critique du nihilisme : l'homme du ressentiment.

Le nietzschéisme procède tout entier d'une critique des valeurs du christianisme qui, aux yeux de Nietzsche, enferment l'humanité dans de fausses valeurs morales et limitent sa puissance de connaissance en lui donnant des réponses illusoires et apaisantes à ses ignorances.
" Dieu est mort " a écrit Nietzsche, ce qui signifie que les valeurs religieuses (et la religion) sont mortes et qu'il faut leur substituer de nouvelles valeurs plus positives. " Surhomme " signifie donc " au-delà de l'homme " c'est à dire au-delà de toutes les conceptions que l'on s'est faîtes jusqu'ici de l'homme, puisque toutes ces conceptions ont été négatives.
" Ecce homo " s'expliquera sur le surhomme : " Le mot surhomme utilisé pour désigner un type de la plus haute plénitude, par opposition aux modernes, aux bons, aux chrétiens et autres nihilistes, et qui, dans la bouche de Zarathoustra, devait donner à réfléchir, ce mot a presque toujours été employé avec une candeur parfaite au profit des valeurs dont le passage de Zarathoustra illustre l'opposé, pour désigner le type idéaliste d'une race supérieure d'homme, moitié saints, moitié génies. " Nous voilà prévenus : le surhomme n'est ni un saint, ni un génie et il est le contraire du bon et du chrétien.
Mais que reproche donc Nietzsche au christianisme ? Il lui reproche justement de nier l'homme, d'être, comme il le dit, une morale du ressentiment. Le mot ressentiment doit être pris dans ses deux acceptions :

  • L'homme du ressentiment est celui qui ressent au lieu d'agir. Il n'agit pas mais réagit.
  • L'homme du ressentiment est celui qui éprouve du ressentiment envers lui-même et les autres. C'est l'homme de la culpabilité (cf. la notion de péché), qui veut se punir lui-même, l'esprit de vengeance comme dira Nietzsche, esprit de vengeance d'abord tourné envers soi-même mais qui va ensuite se tourner vers les autres comme en témoigne la figure du prêtre qui vise à la culpabilisation de l'autre.

Le nietzschéisme part d'un constat : la société contemporaine se caractérise par une crise des valeurs qui est aussi une crise du fondement car le fondement sur lequel on avait fondé les valeurs s'est révélé faux. Notre société voit l'effondrement des valeurs. On s'aperçoit que les valeurs sont relatives (historiques), d'où une angoisse du vide, du néant, que l'homme moderne cherche à masquer. L'homme moderne découvre que les valeurs supérieures de son existence (et en particulier les valeurs morales) dépendent d'un fondement qui apparaît maintenant fictif, qui n'était "rien" du tout. "Rien" se dit en latin nihil , d'où le concept de nihilisme. Le nihilisme, c'est la barbarie contemporaine. C'est une décomposition dans le rien, dans l'incertitude qui est le propre de l'époque nihiliste.
S'il n'y a plus de fondement certain, la réaction peut être le pessimisme. Elle peut aussi être de transformer le néant en force active : pour ne plus avoir à contempler le néant, on se jette dedans. C'est le totalitarisme (que critique très fortement Nietzsche et l'on voit ici l'étendue du contresens hitlérien qui a cru que Nietzsche défendait le nihilisme quand il est ce qu'il critique le plus violemment), ce sont les mythes, les superstitions, la drogue, tout ce qu'on invente pour ne plus voir le néant.
Mais si les valeurs traditionnelles sont mortes de leur absence de fondement, il est encore des gens pour les défendre, d'où la figure du prêtre. Le prêtre n'est pas à confondre avec le simple membre du clergé. Il est la figure caractéristique de la conscience incapable de réagir au monde par des actions et le prêtre du clergé n'est rien d'autre qu'une des exploitations possibles de cette figure de la conscience.
Les hommes, ou plutôt certains hommes, ceux que Nietzsche appelle les faibles ou encore les esclaves, le troupeau des agneaux bêlants, sont dans la situation de celui qui subit sans pouvoir répondre et qui, par suite, ne peut pas oublier. Ne pouvant réagir en agissant, sa réaction est située sur le plan de l'imaginaire c'est à dire sur le plan des traces que sont les souvenirs douloureusement ressentis (ressentiment). Dès lors le fait même d'exister lui semble un malheur à cause du désir rentré de réagir. À partir de là, tout ce qui nous fait échapper aux douleurs d'exister aura une valeur. On donnera un privilège au sommeil, au rêve, à l'ascétisme (au sens chrétien de mortification). L'ascétisme chrétien est pour Nietzsche le ressentiment qui se retourne sur lui-même. Ne pouvant réagir sur le monde, l'homme du ressentiment réagit sur lui-même. C'est une autodestruction qui n'est rien d'autre que le désir de mort, de néant (nihilisme à nouveau). C'est la vengeance de l'homme malheureux qui se retourne contre lui-même. Mais ce désir de néant doit se masquer, justement par désir de vengeance. L'homme du ressentiment va vouloir se venger de son malheur (qui vient de sa propre faiblesse) contre les autres et notamment contre ceux qui ont échappé au ressentiment parce qu'ils sont forts. Il va dès lors masquer son idéal d'autodestruction par l'altruisme pour mieux les séduire. Pour les obliger eux-mêmes à s'autodétruire, il va prétendre que ce qui fait valeur dans l'existence c'est de se forcer soi-même à l'encontre de ses instincts et, en particulier, de se forcer soi-même à considérer comme mauvais tous les rapports de conflit avec les autres, d'où la morale traditionnelle. C'est sous le prétexte d'améliorer l'homme que cet idéal du prêtre va conquérir le monde alors qu'il ne s'agit que du désir de vengeance des hommes du ressentiment contre les forts qui sont capables de réagir au monde par des actions. On prétend améliorer l'homme alors qu'il s'agit en réalité de le domestiquer, de le soumettre. On va prétendre que l'homme fort (c'est à dire sain) est mauvais et le contraindre à devenir bon. Séduit et trompé, l'homme fort se soumet à la mutilation volontaire de ses instincts. On tente de l'affaiblir et de l'humilier. On le culpabilise pour mieux le soumettre en lui faisant croire qu'il commet le mal. La brisure des instincts entraîne le dégoût de soi.
Sublimer n'est pas briser. Sublimer l'instinct, c'est lui donner un autre but. Mais ici il s'agit de briser l'instinct. Il existe deux sortes d'ascétisme pour Nietzsche :

  • Un ascétisme destructif qui brise les instincts ;
  • Un ascétisme positif qui discipline les instincts dans un but créatif sans les briser.

Telle est la situation contemporaine pour Nietzsche. Les hommes du ressentiment, ce sont les faibles, les esclaves. Ces termes ne doivent pas être pris au sens physique ou politique. Les esclaves sont ceux qui sont esclaves d'eux-mêmes, qui sont incapables de vivre seuls, sans appuis. Ce sont les pratiquants de la morale traditionnelle, les moutons. Mais, paradoxalement, ce sont eux qui règnent. La morale des faibles règne parce qu'on s'est laissé prendre à la facilité. Les esclaves dominent parce que pour se venger de leur mal d'exister sur ces forts qu'ils craignent, ils les ont séduits en prétendant à l'altruisme (alors qu'ils les haïssent), en décidant que l'orgueil est le mal. On culpabilise les forts et alors les hommes authentiquement supérieurs ne veulent plus se sentir supérieurs. Ils culpabilisent. Tel est l'état des faits que Nietzsche décrit mais bien sûr ne défend pas.
Pour Nietzsche (et c'est le sens du nihilisme), l'homme contemporain doit trouver un nouveau chemin à l'écart de la morale nihiliste pour retrouver de nouvelles valeurs. Il s'agit de chercher de nouveaux fondements puisque c'est l'absence de fondement des valeurs traditionnelles qui a créé le nihilisme.
Dieu est mort. Dieu n'existe pas. L'ère de l'athéisme doit venir. Mais attention ! le véritable athéisme est l'athéisme de celui qui ne cherche pas à remplacer Dieu par quelque autre valeur destinée à lui servir d'aide contre sa faiblesse (un chef, un médecin, un idéal, une conscience de parti etc.)
Nietzsche accuse la morale judéo-chrétienne. Il accuse le judaïsme, non bien sûr par haine des juifs (encore un contresens d'Hitler) mais par refus de la morale de l'Ancien Testament (notamment les dix commandements). Il accuse aussi la morale chrétienne (le Nouveau Testament). Le Christ est, pour Nietzsche, l'incarnation de l'amour haineux (le pseudo altruisme de l'homme du ressentiment qui cache le désir de vengeance). C'est l'une des figures du prêtre.

La méthode généalogique.

Une remarque méthodologique s'impose à ce point de l'analyse. La critique de la morale chez Nietzsche est généalogique. Il ne pose pas la question du "Qu'est-ce que ?" (Qu'est-ce que le Bien ?, par exemple, ce qui suppose déjà que le bien existe) mais la question du "Qui ?" Qui dit qu'il faut être bon et vertueux ? Pourquoi celui-là veut-il être bon ? Que vise celui qui dit qu'il faut être vertueux ? Cette méthode est généalogique, se veut une symptomatologie. Le philosophe est généalogiste, médecin, artiste. La morale traditionnelle est un symptôme, le symptôme du ressentiment. C'est en ce sens qu'on a pu dire de la philosophie de Nietzsche (mais on le dira aussi de celle de Marx</TARGET="MAIN"> et de celle de Freud</TARGET="MAIN">) qu'elle est une philosophie du soupçon. Il faut soupçonner les valeurs en cherchant qu'elle arrière-pensée se cache derrière elles.
Nietzsche fait l'arbre généalogique du Bien et du Mal (dans la Généalogie de la Morale). Originellement, dans toutes les langues, est bon l'individu qui se distingue des autres, l'homme d'élite. Pensons au Bonus vir à Rome. C'est l'aristocrate issu du guerrier, l'être supérieur, le fort.

L'homme fort, le surhomme.

Qui est l'homme fort aux yeux de Nietzsche ? Nous pouvons dire que c'est l'homme de la volonté de puissance. Mais dans cette expression, il faut en fait comprendre puissance de la volonté. En effet, à partir du moment où une volonté veut la puissance (le pouvoir), c'est qu'en réalité elle en est dépourvue. La volonté de puissance n'est donc nullement une volonté de pouvoir. Seul l'esclave cherche la puissance, lui qui ne peut exister sans l'emporter sur les autres et donc sans les autres, lui qui est incapable de s'assumer seul. Pour Nietzsche, le fort est celui dont la volonté affirme sa puissance. Il veut créer, donner. L'homme bon, c'est l'homme fort non au sens politique mais au sens métaphysique et moral. Se sentir petit et faible, c'est le mal. La puissance de la volonté est un signe de moralité.
La moralité est maîtrise de soi (là est le véritable ascétisme par opposition à l'ascétisme nihiliste qui vise à la mortification). Il ne faut pas faire des autres des esclaves mais se maîtriser soi-même. Le texte des " Trois métamorphoses " dans Ainsi parlait Zarathoustra peut ici nous éclairer. L'homme doit passer par trois étapes :

  • Il sera d'abord chameau. Le chameau est la bête de somme qui porte, transporte. Il symbolise celui qui porte les valeurs. Sa devise est " tu dois donc tu peux " (référence à Kant</TARGET="MAIN">). Il veut s'humilier pour faire mal à son orgueil. Le chameau se hâte dans le désert. Il dit "oui" mais il s'agit d'un "oui" d'obéissance au devoir sans ivresse. C'est l'image de l'esclave, du besogneux.
  • Le chameau doit devenir ensuite lion. Le lion est l'image de la révolte contre les valeurs traditionnelles. Il dit "non". Il symbolise le renversement des valeurs. Il veut être l'ennemi des dieux.
  • Le lion devient enfin enfant. L'enfant dit "oui" mais il ne s'agit plus du "oui" de l'obéissance mais celui de la tranquille affirmation de soi qui a la force du jeu, de l'innocence.

Le surhomme n'est rien d'autre que ce oui, délivré de tout mauvais négatif. Si on veut le distinguer de l'enfant, on ne pourra le faire qu'en le déterminant comme l'épanouissement de cet enfant : l'innocence créatrice et donatrice à très haut degré.
La volonté de puissance consiste à créer. Le fort, le véritable héros est l'artiste. C'est le maître, au sens où l'on dit de l'artiste, du créateur qu'il est un maître, au sens aussi où l'on dit être maître de soi. La volonté de puissance est création continue, volonté qui se crée dans la temporalité, qui a besoin du temps pour s'exercer.
C'est ici qu'intervient le thème de l'éternel retour. L'éternel retour est le sens du surhomme. Le surhomme est celui qui dit oui à l'éternel retour.
L'éternel retour n'est pas celui des Stoïciens. Nietzsche sait bien que les choses ne se répètent pas cycliquement. Il s'agit d'une formule morale (qu'il substitue à l'impératif kantien) : " Ce que tu veux, veuille-le de telle manière que tu puisses en vouloir le retour éternel ". L'homme supporte la douleur parce qu'il espère la récompense à sa souffrance (morale chrétienne). Mais il ne la supporterait plus s'il fallait toujours recommencer. L'idée du retour éternel élimine le désir de douleur et de négation de soi. Nous sommes prêts à recommencer nos joies et non nos faiblesses.
L'homme fort est celui qui veut être et qui veut être tour à tour tous les autres. Il dit " Je suis bon parce que j'existe ". Il s'affirme et cette attitude n'a rien à voir avec celle de l'homme faible qui dirait " Je suis bon parce que tu es méchant ". Quand la bonté de la morale traditionnelle est négation, la bonté du maître est positive.
Nietzsche réhabilite le corps. Le corps est un rapport de forces entre forces dominantes et forces dominées. Les forces dominantes sont les forces actives, les forces dominées sont les forces réactives. Chez le maître, les forces actives (d'action) sont dominantes. Il va jusqu'au bout de son vouloir. Il crée et fait son plaisir de sa création. Les forces réactives, au contraire, sont celles du souvenir, des traces laissées par les événements. Chez le maître, les deux types de force sont en équilibre. Il lui arrive de se souvenir mais sans y attacher de l'importance. " L'oubli est une forme et la manifestation d'une santé robuste ". La mémoire est pour Nietzsche esprit de vengeance. L'historien est le gardien de l'esprit de vengeance. Chez l'esclave, les forces du souvenir prennent le dessus. Au lieu d'agir, il se souvient (culpabilité, remords, ressentiment). Nietzsche refuse la morale du péché. Le péché est le ressentiment, la culpabilité de celui qui ne peut oublier sa faute, la mauvaise conscience qui cache la haine. S'accuser, c'est viser à la vengeance contre soi par autodestruction avec l'idée qu'on ne peut s'en sortir, se racheter que par la douleur du faux ascétisme.
Le maître aussi parfois souffre mais sans y attacher d'importance. L'esclave, lui, prend plaisir à s'accuser puis à accuser les autres.
Nietzsche rêve d'une culture supérieure d'homme : le surhomme, l'übermensch. Dans Ainsi parlait Zarathoustra on trouve l'image du danseur de corde. : un funambule marche sur une corde tandis que la populace le regarde. Le danseur de corde glisse et tombe. Il va mourir mais Zarathoustra lui dit qu'il était sur la bonne voie. La corde symbolise la marche vers le surhumain. C'est l'image du risque (mais la liberté ne s'accorde pas avec la sécurité) car l'homme fort aime le risque quand le faible cherche sans cesse des appuis, des crampons, la sécurité. C'est aussi l'image de la maîtrise de soi, nécessaire à un tel exercice. La populace qui regarde symbolise les faibles, le troupeau des agneaux bêlants. Le danseur tombe. Il n'est pas arrivé jusqu'au bout mais qu'importe ! il était sur la bonne voie et il faut continuer dans ce sens. D'ailleurs, on ne meurt pas toujours et " ce qui ne tue pas rend plus fort "

Ainsi, pour Nietzsche, la philosophie se doit d'être remise en cause, puissance critique. Elle remet en cause les illusions des valeurs traditionnelles dont il pense qu'elles nient l'homme. Devenir un surhomme, c'est renoncer à ces valeurs négatives, les surmonter au profit de nouvelles valeurs positives, créatrices, valeurs dont il annonce l'Aurore. Tout aussi bien, le surhomme n'est pas un être mais peut devenir un peuple: " Solitaires d'aujourd'hui, vous qui vivez à part, vous serez un jour un peuple. Vous qui vous êtes élus vous-mêmes, vous formerez un jour un peuple élu - et c'est de ce peuple que sortira le surhomme ".

Les principales œuvres.

  • L'origine de la tragédie (1871)
  • Humain trop humain (1878)
  • Le voyageur et son ombre (1880)
  • Aurore (1880-1881)
  • Le Gai Savoir (1881-1882)
  • Ainsi parlait Zarathoustra (1882-1885)
  • Par delà le Bien et le Mal (1886)
  • La généalogie de la morale (1887)
  • Le crépuscule des idoles (1888)
  • Le cas Wagner (1888)
  • L'antéchrist (1888)
  • Ecce homo (posthume)

Index des auteurs

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L'invention de la Camargue ou la véritable histoire du marquis de Baroncelli

Qui sommes-nous ? en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

http://m.france3-regions.francetvinfo.fr/languedoc-roussi...

Revoir l'émission tout en bas de la page ci-dessus.

MARQUIS DE

Guiseppin Marie-France

Un documentaire sur un personnage illustre, le marquis Folco de Baroncelli. Ame poétique, homme engagé, cultivé, qui, tombé amoureux fou de la Camargue, lui consacre sa vie. Histoire d'un aristocrate devenu paysan et véritable mythe dans cette région du Sud du Languedoc...

Le marquis Folco de Baroncelli-Javon est né le 1er novembre 1869 à Aix en Provence et est mort le 15 décembre 1943 à Avignon.
Entre ces deux dates, cet homme a accompli une œuvre immense : l’invention d’un pays, en lui donnant une identité à travers la mise en place de traditions et de coutumes, d’un folklore riche qui est toujours en place aujourd’hui…
La Camargue est née d’un rêve : celui du marquis de Baroncelli.

Photo documentaire Baroncelli Toro camargue

© Vincent Froehly | Camargue...

Un film de Vincent FROEHLY
une coproduction SUPERMOUCHE PRODUCTIONS et FRANCE TELEVISIONS 
A voir lundi 9 janvier 2017 au soir vers minuit sur France 3 occitanie.
Rediffusion le mercredi 11 janvier 2017 vers 8h50 sur France 3 Occitanie et France 3 Nouvelle Aquitaine.

Un film hommage à Baroncelli

Le marquis Falco de Baroncelli est l’un de ces illustres personnages dont le nom reste à jamais associé à une région, un territoire. Totalement inconnu au niveau national, on ne jure que par lui en Camargue.

Documentaire l'inventeur de la camargue

© Supermouche productions | Portrait du marquis Folco de Baroncelli

C’est une histoire d’amour, mais entre un homme et une terre, qui visiblement méritait d’être aimé comme une femme : le film nous entraine dans ce récit où l’engagement du marquis de Baroncelli a eu des influences décisives jusqu’à aujourd’hui encore.
Rarement pourra-t-on témoigner d’une telle symbiose… et d’une telle volonté de mener haut une terre qui semblait être abandonnée aux proscrits, aux vagabonds et à quelques vachers sans grande importance…

Documentaire Baroncelli

© Vincent Froehly | Toro de Camargue

Ce film plonge dans l’histoire d’un lieu et d’un peuple : comment exister et faire exister sa culture à une époque où le jacobinisme français faisait rage, à l’époque où la révolution industrielle faisait foi d’un progrès qui allait finir par écraser le monde rural et paysan, et par là même faire disparaître la multitude de langues et cultures régionales ?
La Camargue dont les riches propriétaires rêvaient d’en faire une seconde Beauce française, drainée, aseptisée de ses marais et enfin rentable, eut à subir ce joug comme les autres régions : elle a failli devenir une région comme une autre.
Mais le marquis lutta de toutes ses forces pour cette culture, pour la langue provençale et pour ce lieu, à la manière d’un résistant face à la toute puissance d’un envahisseur !

Photo documentaire Baroncelli Flamands roses

© Vincent Froehly | Camargue...

Porté par Mistral...et d'autres vents

Avec l’aide de son ami Frédéric Mistral, le Marquis de Baroncelli  crée un journal en 1891, l’Aïoli, qui défend ce monde fragile, mais qui n’avait pas envier de se laisser piétiner et de mourir sans lutter.  Si Mistral menait le front dans les salons avignonnais, Baroncelli s’en va explorer le Sud, la Camargue. Et c’est le coup de foudre !

Photo documentaire Baroncelli Camargue

© Vincent Froehly

Il découvre un lieu où pour lui tout est possible…
Une sorte de page blanche sur laquelle il pourra inventer une histoire… son histoire qui deviendra une légende.
Dès lors tous les thèmes liés à la Camargue devenaient sujets et causes à défendre, luttes à mener, ou simplement articles dans l’Aïoli !

PHOTO DOCUMENTAIRE BARONCELLI

© Supermouche productions | Le journal l'Aioli...

Le marquis mena avec lui vers les hautes sphères de la dignité cette Camargue et tout ce qui l’a compose : les vachers devinrent des gardians avec une noblesse dans leurs rangs et leur manière de monter ; les jeux camarguais populaires se transformèrent en jeux codifiés, nobles et valeureux rappelant les joutes des chevaliers ; la langue quittait le statut de patois pour devenir langue de poète à part entière, glorifiant les traits d’un pays porté par Mistral et d’autres vents encore, bonifiant la pensée et inspirateur au possible.
Bref, de sauvage, la Camargue est devenue noble ; d’insalubre, elle a atteint le sacré ; de terre sans avenir elle s’est métamorphosée en sanctuaire de la liberté.

Documentaire l'inventeur de la camargue

© Vincent Froehly | Camargue...

Documentaire Baroncelli

Si les traces du marquis sont visibles partout dans la Camargue d’aujourd’hui (son symbole : la croix en forme d’ancre surmontant un cœur ; les règles des jeux camarguais, abrivado, courses camarguaises… ; la tenue des gardians ; le pèlerinage des gitans aux Saintes Maries de la Mer ; etc…), il faudra cependant s’interroger sur ce qu’il reste de cette culture qui fut au cœur de son œuvre.
Ce film en racontant l’histoire du Marquis de Baroncelli, homme un peu fou qui a toujours ouvert sa porte aux plus faibles et aux plus démunis, se veut aussi poème et réflexion, par amour total pour ce lieu merveilleux que seul l’hiver semble encore pouvoir sauver de lui-même et de ses faiblesses !

Un vrai marquis, un vrai homme

Il arrive qu'un homme "invente" un pays, Tel est le génie du marquis de Baroncelli, qui voua sa vie à la Camargue.

Documentaire Baroncelli

© Folco de Baroncelli | Folco de Baroncelli

Issu dune famille florentine installée dans le Comtat Venaissin au XVe siècle, Folco de Baroncelli est né en 1869 à Aix.

Photo documentaire l'inventeur de la Camargue

© Vincent Froehly | Maison des Baroncelli

Sa famille, quoique aristocratique, parlait le provençal, une véritable hérésie à l'époque où cette langue ne pouvait être que celle du peuple. Ses premiers contacts avec les taureaux remontent à son enfance, passée au château de Bellecôte, à Bouillargues, près de Nimes, chez sa grand-mère.

PHOTO DOCUMENTAIRE BARONCELLI

Les troupeaux y faisaient étape au moment de la remontée vers les pâturages de la petite Camargue. Après ses études à Avignon, alors ville taurine et capitale des félibres, il rencontre Mistral (cf photo) et Roumanille. Dès 1890, il publie un premier ouvrage en provençal, « Babali », et dirige avec Mistral le journal L'Aioli.
La découverte de la Camargue va alors sceller son destin. Il sera manadier envers et contre tout Le temps de se marier avec la fille d'un propriétaire de Châteauneuf-du-Pape, et en 1895 il s'installe en Camargue où il crée la "Manado santenco", aux Saintes-Maries-de-la-Mer, Devant tant de détermination et de passion Mistral lui déclare: "je te confie la Camargue."
Qu'est-ce que la Camargue en cette fin de XIXe siècle ?
Endigué depuis moins de trente ans, c'est un pays encore hostile, un bout du monde....un pays insalubre. Il y fait chaud ou froid, les moustiques pullulent, l'été les marécages empestent, les gens y sont pauvres et travaillent durement. Mais l'imagination enflammée et poétique de Folco de Baroncelli n'en a cure.
Il voit bien autre chose : une terre provençale intacte, la gardienne d'une identité: 'J'ai voué ma vie à un idéal: la Provence, et je n'ai embrassé mon métier que pour mieux servir cet idéal, pour me trouver plus près du peuple provençal, pour mieux arriver jusqu'à son coeur et pour mieux l'aider à sauver son passé de gloire, sa langue et ses coutumes."

Documentaire Baroncelli photo femmes provençales

Baroncelli Course Camarguaise

Documentaire Baroncelli

En 1853, le mariage de l'Espagnole Eugénie de Montijo avec Napoléon IIIavait ouvert la voie de la tauromachie en France, mais les taureaux camarguais n'étaient alors qu'un bétail dégénéré à demi-sauvage dont on s'amusait parfois. Il supportait mal la comparaison avec les fougueux « toros » de corridas.
En 1869, Christophe Yonnet tente les premiers croisements entre race brave espagnole et race camarguaise. Malgré sa large diffusion dans les manades, le résultat médiocre de ce croisement inapte à la tauromachie espagnole comme aux jeux provençaux qui émergent timidement marque le début de la reconquête de la pure race Camargue. Le marquis, avec d'autres, en est le grand ordonnateur, tout comme il participe activement à la codification de la course camarguaise naissante. La sélection draconienne qu'il opère est récompensée en1909 par son taureau Prouvenço, historique cocardier qui déchaine les foules, baptisé ainsi autant pour ses qualités esthétiques que combatives.
Etrange destinée que celle de cet aristocrate qui accepta de vivre dans des conditions matérielles difficiles pour servir la cause provençale. Tous les témoignages insistent sur la grande humanité et la générosité de l'homme. Mais le trait marquant de son caractère, outre sa ténacité, réside dans ses prises de position en faveur des minorités opprimées. Il s'insurge contre l'agression des Boers, défend les vignerons du Languedoc, les Indiens d'Amérique, rencontrés dans le cirque de Buffalo Bill, et qui le surnomment « Oiseau Bon » (Zinkala Waste).
Il défend les républicains espagnols, et bien sûr les gitans pour qui il obtient en 1935 le droit d'honorer publiquement leur patronne, Sainte Sara. Lors de la Grande Guerre, il échappe de peu au conseil de guerre pour propos antimilitaristes; il dénonce le projet d'assèchement du Vaccarès, se bat pour la création d'une
réserve, manifeste pour le maintient des courses camarguaises, témoigne pour le maire communiste des Saintes-Maries-de-la-Mer, proteste en 1940 auprès de Daladier après des manoeuvres de tirs d'avions dans le Vaccarès.
Bref… il est de tous les combats et contrairement à Don Quichotte de la Mancha… il en perdit peu !

Jeanne de Flandreysy

Impossible de raconter le Marquis sans évoquer celle qui fut l'amour de sa vie. Jeanne de Flandreysy

Documentaire Baroncelli jEANNE

De son mariage avec Henriette Constantin, Folco de Baroncelli aura trois filles. Mais les moustiques et la rudesse de l'endroit auront vite raison de leur couple. Henriette reviendra vivre dans son domaine de naissance et ne fera plus que des passages, de plus en plus épisodiques, sur les terres de son époux...
Au début du siècle en 1908, à l'époque où les cinéastes, ramenés par Baroncelli, découvrent la terre camarguaise et y plantent leurs caméras, notre marquis fait la connaissance de Jeanne de Flandreysy (cf photo).
Lors du tournage de "Mireille", film adapté du livre de Frédéric Mistral, Folco la découvre et en tombe éperdument amoureux.
Femme indépendante et libre, journaliste au Figaro, ils avaient tous deux la faculté et la volonté d'écrire leur propre histoire. Tous deux dotés de tant d'amour de liberté, de détermination et de ténacité.
Jeanne deviendra son pilier, son meilleur défenseur et l'épaulera dans toutes les épreuves de sa vie...

Photo documentaire Baroncelli Camargue

© Supermouche productions | Le marquis de Baroncelli et Jeanne

Vincent Froehly, auteur et réalisateur du film

Vincent Froelhy

© DR | Vincent Froehly, auteur et réalisateur du film

Vincent Froehly tente de faire des films depuis 25 ans, en Europe, en Afrique et en Amérique ! Il n’a toujours pas trouvé de formule magique et reprend son métier à zéro à chaque film engagé… (c'est lui-même qui le dit...) . Cela laisse la foi et l’engagement intacts : la curiosité ne s’altère jamais.
Depuis le début, ses sujets de prédilections tournent autour du monde agricole, de la petite paysannerie quasiment disparue aujourd’hui en France.
Nombreux films qu’il a réalisés ont été primés à des festivals internationaux : « Liebsdorf-city »  tourné en Alsace et plus particulièrement « Le pays où vivait la terre » tourné en Roumanie,  ont été distingués de multiples fois. Vincent Froehly a été sélectionné plusieurs fois au Fipa à Biarritz ou au Cinéma du Réel à Paris, où il a remporté le prix Pierre Perrault. Dans tous ses films, le réalisateur donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais, privilégiant les rencontres et la liberté de parole des « petites gens »…
SON RAPPORT À LA CAMARGUE :
Lorsqu’en classe de troisième au collège de Ferrette en Alsace, la professeur de Français voulait organiser le voyage de classe à Paris… comme d’habitude… Vincent Froehly s’est insurgé et a provoqué une petite révolte. Lui ne voulait pas aller dans cette capitale qui décide de tout, mais en Camargue, terre de liberté ! Toute la classe a suivi sa proposition au grand dam du professeur de Français qui voyait en Paris la « capitale de la culture »… Résultat des courses… La classe de troisième a fait son voyage vers le Sud…mais s’est arrêté dans le Jura !
Ne pas aller à Paris était déjà une victoire… mais la Camargue restait un rêve… ce qui n’était peut-être pas plus mal !
« L’invention de la Camargue ou la véritable histoire du légendaire marquis de Baroncelli » est le troisième film que Vincent Froehly tourne en Camargue. Il bat au moins un record cette fois-ci : celui du titre le plus long pour un documentaire ! Avant il y a eu le film « Joe Hamman, le français qui inventa le western » avec France 3 Languedoc-Roussillon et un autre film « La guerre des tellines » pour l’émission Géo 360° du samedi soir sur Arte, qui montrait le vieux métier de pêcheur à pied.

PHOTO DOCUMENTAIRE BARONCELLI

© Vincent Froehly | Saintes-Marie de la Mer

Les intervenant(e)s du film

Rémy VENTURE, historien de la Camargue
Olivier CALLÉRIZA, photographe
Louis MILLET, Adjoint au conservateur du Palais du Roure
Fanette JUDLIN-HILLS, écrivain et ami du marquis
Pierre AUBANEL, manadier et petit-fils du marquis
Estelle ROQUETTE, conservateur du musée de la Camargue

Documentaire Baroncelli

© Supermouche productions | Coutume gitane de Saintes-Marie-de-la-Mer - Retour de Sara vers la mer

L'équipe technique et artistique du film

Scénario, réalisation et image : Vincent FROEHLY
Son, assistant réalisation et étalonnage : Corentin BAEUMLER
Musique et voix : Henri MULLER
Montage : Benjamin GÉHANT
Montage son et Mixage : Grégoire DESLANDES

Photo documentaire Baroncelli

© Vincent Froehly | Camargue

Revoir l'émission tout en bas de la page suivante :

http://m.france3-regions.francetvinfo.fr/languedoc-roussi...

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04/01/2017

Le jour où mon robot m’aimera, Vers l’empathie artificielle, Serge Tisseron

Ecrit par Jean-François Vernay 24.10.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Albin Michel

Le jour où mon robot m’aimera, Vers l’empathie artificielle, septembre 2015, 208 pages, 16 €

Ecrivain(s): Serge Tisseron Edition: Albin Michel

Le jour où mon robot m’aimera, Vers l’empathie artificielle, Serge Tisseron

Les hommes sont des machines désirantes, on le sait, notamment depuis Deleuze et Guattari. Les machines, quant à elles, sont modelées sur les désirs humains. On le sait moins, mais les plus curieux auront l’occasion de le découvrir à la lecture du dernier Tisseron, Le jour où mon robot m’aimera. A l’heure où les expositions sur les robots fleurissent un peu partout en France (à Paris, Lyon, Pau, etc.), d’aucuns s’interrogent sur la frontière, entre l’homme et la machine, le vivant et l’artificiel, frontière que les technologies de pointe ont rendue de plus en plus poreuse.

Les industriels, les artistes et les réalisateurs d’une inventivité débordante forcent le trait du rapprochement entre les deux espèces. Her de Spike Jonze imagine la relation sentimentale entre Theodore Twombly et Samantha, la voix féminine d’une intelligence artificielle ; le PDG du groupe Softbank déclare triomphalement lors du lancement de leur robot dernier cri baptisé Pepper : « Pour la première fois dans l’histoire de la robotique, nous présentons un robot avec un cœur » (p.11).

Le cultissime Isaac Asimov énonce dans Runaround (1942) trois lois garantes d’une parfaite cohabitation entre les humains et les robots :

1/ Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
2/ Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
3/ Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi (1).

La course est engagée et l’intelligence artificielle gagne du terrain. Si elle n’est pas encore en mesure de façonner la conscience de soi ou la subjectivité, a-t-elle déjà créé l’empathie artificielle ? Peut-on même qualifier l’empathie d’artificielle ?

Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, soutient que l’empathie « implique aussi une dimension de réciprocité : j’accepte que l’autre se mette à ma place, ce qui suppose que je lui fait confiance. Et j’accepte qu’il m’éclaire sur des aspects de moi-même que j’ignore » (2). Mutatis mutandis, on pourrait reprendre cette notion de réciprocité ainsi : « J’accepte que le robot ou le personnage de roman se mette à ma place, ce qui suppose que je lui fais confiance. Et j’accepte qu’il m’éclaire sur des aspects de moi-même que j’ignore ». On le voit bien, la formulation de la première partie de la proposition conduit à une aporie, car comment penser qu’un objet dénué de subjectivité (dans le cas du robot) ou même d’existence (tel un personnage de fiction) puisse se mettre à ma place ?

La définition de l’empathie qui divise les chercheurs de tous bords est quelque peu problématique pour deux raisons essentielles, me semble-t-il. D’une part, la frontière entre cette émotion et d’autres notions comme la compassion, la théorie de l’esprit, l’adoption du point de vue d’autrui, ainsi que la contagion émotionnelle, est très ténue. D’autre part, chaque discipline envisage et circonscrit l’empathie à travers son propre prisme, ce qui conduit à une pluralité d’acceptions au sein desquelles chaque discipline met l’accent sur ses propres enjeux.

Véritable « feuilleté de concepts » selon la formule de Serge Tisseron (p.23), l’empathie se déclinerait en aspects, degrés, voire en stades et fonctionnerait donc selon deux processus cognitifs de base que Monique Desault prend soin de rappeler dans sa thèse : la résonance émotionnelle qui repose sur le mécanisme des neurones miroirs, alias les « neurones empathiques », découverts par l’équipe de Giacomo Rizzolatti dans les années 1990 ; puis « l’inférence émotionnelle qui permet de se représenter l’émotion d’autrui en mobilisant une capacité à se représenter comme distinct de l’autre » (3). Au cœur de la relation intersubjective, la capacité d’empathie, variable d’un individu à l’autre, oscillerait entre confirmation de soi dans l’autre et confrontation de l’autre à soi.

Dans le premier chapitre, Serge Tisseron distingue quant à lui « l’empathie directe » (nantie de trois composantes : l’empathie émotionnelle plus connue sous le nom de contagion émotionnelle, l’empathie cognitive et la capacité de changer de perspective émotionnelle) de « l’empathie morale ». Elle « correspond à la décision de nous orienter vers une utilisation de notre empathie émotionnelle et cognitive dans celui d’un bien vivre-ensemble plutôt que dans celui d’une manipulation permanente de notre entourage » (p.33). Surnommée empathie de l’altruisme, cette émotion se compose de trois éléments qui doivent tous opérer sur le mode de la réciprocité : « l’estime de soi », « la faculté que je m’accorde d’aimer et d’être aimé » et « l’ensemble des droits citoyens » (p.33-4).

La générosité va donc physiologiquement et neurobiologiquement de soi puisque, à en croire les scientifiques, elle solliciterait les mêmes aires du cerveau que le plaisir. Non seulement les comportements sociaux altruistes sont récompensés par une sensation hédonique, mais ils sont par ailleurs orientés puisque la stratégie évolutionniste du donnant-donnant privilégierait la solidarité mutuelle grâce à l’empathie morale. Si toutefois l’intelligence artificielle parvenait à recréer l’empathie telle qu’elle est éprouvée par les humains, les robots seraient-ils tous portés à l’altruisme ? A ce moment-là, pourquoi les récits et films de science-fiction en font-ils des machines rebelles et tueuses ? S’agit-il du fameux « complexe de Frankenstein » (4) identifié par Asimov ? Ou est-ce parce que l’impact positif de l’empathie sur l’environnement social est tributaire de l’utilisation qui est en faite ? En effet, bipolarité oblige (bienveillance/malveillance), l’empathie pourrait être récupérée à des fins moins vertueuses telle la manipulation : « ces machines conçues pour être capables de s’adapter au moindre de nos désirs auront des pouvoirs de séduction, et donc de manipulation, sans précédent » (p.13)

Les recherches qui explorent l’empathie homme-machine vont bon train et « portent sur trois domaines : mieux comprendre les émotions humaines, fabriquer les robots mieux acceptés par la majorité de la population, et, dans certaines circonstances, réduire la complexité des échanges de façon à les adapter aux handicaps de leurs interlocuteurs » (p.17), à l’instar du robot MOTI pour les enfants qui souffrent d’autisme. C’est parce que certains soldats développent une forme d’attachement pour leur robot que Serge Tisseron associe cette dernière à des occurrences d’empathie homme-machine et prépare « un test d’empathie mesurant ce risque d’attachement et ses conséquences » (p.44). Il en découle que toute dynamique psychoaffective d’attachement, besoin social primaire évident, sous-tendrait automatiquement au préalable un processus d’empathie. Au fil des chapitres, l’auteur finit par mettre habilement le doigt sur le nœud du problème qui se pose. Ce dernier est « moins celui de savoir si le robot aura un jour une “vraie intelligence” ou des “vraies émotions” que celui de comprendre pourquoi nous serons si facilement enclins à lui en attribuer. L’une des réponses se trouve à mon avis dans le caractère difficile et décevant, pour beaucoup d’entre nous, des relations avec nos semblables » (p.65).

Et de toute évidence, « le risque est que l’homme finisse par attendre de ses semblables qu’ils se comportent comme des robots » (p.71). L’autre dérive serait la tendance de l’homme à anthropomorphiser sa relation aux robots, surtout s’ils sont « appelés à devenir des partenaires de vie » (p.119). C’est un peu ce que fait l’auteur de ce livre lorsqu’il décline les quatre fonctions des robots. Serge Tisseron n’emploie pas des mots neutres comme les fonctions de servitude, de repère, de complicité et de partenariat, il parle de fonctions d’esclave, de témoin, de complice et de partenaire ! Serait-ce une manifestation de « Cet obscur désir qui nous attache aux objets » ? Ces fonctions correspondraient trait pour trait aux quatre désirs fondamentaux chez l’être humain (emprise, réciprocité, autonomie et servitude) illustrés par un diagramme synoptique (p.119), fonctions qui « rendent également compte des rôles que nous pouvons vouloir imposer à nos semblables » (p.120). Ces fonctions s’observent davantage au singulier (isolées) qu’au pluriel (combinées) car « Les objets qui nous entourent aujourd’hui ont peu de plasticité dans les changements possibles de rôles » (p.129), mais nous pouvons compter sur la culture numérique pour faire le lit des objets multifonctions, pour ne pas dire multi-identitaires.

« La fascination que les robots exercent sur nous trouve son origine dans notre désir de réunir trois domaines que l’homme a toujours été obligé d’aborder et de résoudre séparément : communiquer en utilisant ses cinq sens et les interfaces mimo-gestuelles dont la nature l’a pourvu ; contrôler totalement un objet au point de lui confier tout ou partie de lui-même en toute sécurité ; et voir devant lui les personnages qui peuplent son monde intérieur. Avant le développement des technologies numériques, ces trois désirs étaient satisfaits dans trois domaines distincts. […] Or ce sont ces trois domaines, et les désirs qui y sont associés, que les robots vont réunir sur eux » (p.179-80). La nouvelle mutation est en marche : « Les robots seront en effet à la fois et inséparablement un alter ego, un simple objet et une image » (p.182).

Le slogan du projet Feelix-croissance « Emotional robot has empathy n’est pas seulement un mensonge », nous dit-on en guise de conclusion, « c’est un poison qui pousse à la confusion entre l’homme et la machine, et qui risque de nous faire oublier qu’un robot “empathique” pourra être en même temps un espion invisible et permanent de tous les faits et gestes de son propriétaire » (p.161).

Big brother is watching you ! La réalité est en passe de dépasser la fiction dystopique et ce n’est sans doute qu’une question de temps. Autant faire preuve d’anticipation, mais pas dans l’écriture cette fois-ci.

Jean-François Vernay


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A propos de l'écrivain

Serge Tisseron

Serge Tisseron

Serge Tisseron est né à valence le 8 mars 1948. Il est psychiatre, docteur en psychologie et psychanalyste, chercheur associé habilité à diriger des recherches (HDR) au Centre de Recherche Psychanalyse Médecine et Société à l’université Paris VII Denis Diderot.

 
A propos du rédacteur

Jean-François Vernay

Jean-François Vernay

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Essayiste et chercheur en littérature, Jean-François Vernay est notamment l’auteur de Panorama du roman australien des origines à nos jours (Paris, Hermann, 2009) qui paraîtra en 2016 en Australie dans une édition revue et augmentée sous le titre de A Brief Take on the Australian Novel. Son dernier livre documentaire Plaidoyer pour un renouveau de l’émotion en littérature (Paris, éditions Complicités, 2013) est aussi en cours de traduction.


Dignité humaine

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dignit%C3%A9

John Rawls considérait ainsi qu'on ne pouvait fonder une théorie de la justice sur la notion abstraite de dignité, qui requiert d'être définie par des principes déterminés11

La dignité, telle que conceptualisée par Kant dans la Critique de la raison pratique, est accordée à tout Homme en tant qu'être raisonnable. On cite souvent à cet égard la maxime kantienne de traiter toujours autrui comme fin et non simplement comme moyen9, qui selon Schulman influence par exemple la notion de consentement éclairé. Toutefois, la dignité kantienne se rapproche du stoïcisme en ce qu'elle est exclusivement la capacité d'agir moralement en dehors de déterminations empiriques, et sensibles, de la volonté. C'est pour Kant le devoir moral (l'impératif catégorique) d'agir librement, y compris et surtout contre les inclinations du désir et de la chair. La dignité kantienne se distingue donc fortement du respect de la vie en tant que vie sensible et souffrante : elle est au contraire respect de la liberté humaine, c'est-à-dire de l'Homme en tant qu'être suprasensible.

15:26 Publié dans Modernité | Lien permanent | | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |