26.12.2009

Grégoire – Toi plus Moi

Toi, plus moi, plus eux, plus tous ceux qui le veulent,
Plus lui, plus elle, et tous ceux qui sont seuls,
Allez venez et entrez dans la danse,
Allez venez, laissez faire l'insouciance.

A deux à mille, je sais qu'on est capable,
Tout est possible, tout est réalisable,
On peut s'enfuir bien plus haut que nos rêves,
On peut partir bien plus loin que la grève.

Oh toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent,
Plus lui, plus elle, plus tous ceux qui sont seuls,
Allez venez et entrez dans la danse,
Allez venez c'est notre jour de chance.

Avec l'envie, la force et le courage,
Le froid, la peur ne sont que des mirages,
Laissez tomber les malheurs pour une fois,
Allez venez, reprenez avec moi.

Oh, toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent,
Plus lui, plus elle, et tous ceux qui sont seuls,
Allez venez et entrez dans la danse,
Allez venez, laissez faire l'insouciance.

Je sais, c'est vrai, ma chanson est naïve,
Même un peu bête, mais bien inoffensive,
Et même, si elle ne change pas le monde,
Elle vous invite à entrer dans la ronde.

Oh toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent,
Plus lui, plus elle, et tous ceux qui sont seuls,
Allez venez et entrez dans la danse,
Allez venez c'est notre jour de chance.

L'espoir, l'ardeur, prend tout ce qu'il te faut,
Mes bras, mon cœur, mes épaules et mon dos,
Je veux te voir des étoiles dans les yeux,
Je veux nous voir insoumis et heureux.

Oh, toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent,
Plus lui, plus elle, et tous ceux qui sont seuls,
Allez venez et entrez dans la danse,
Allez venez, laissez faire l'insouciance.

Oh toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent,
Plus lui, plus elle et tous ceux qui sont seuls,
Allez venez et entrez dans la danse,
Allez venez c'est notre jour de chance.

Oh toi, plus moi, plus tous ceux qui le veulent,
Plus lui, plus elle, et tous ceux qui sont seuls,
Allez venez et entrez dans la danse,
Allez venez et entrez dans la danse.

16.11.2009

LE MONDE 12.11.09 - L'Eglise catholique veut "sortir de ses ghettos" avec Internet

LE MONDE | 12.11.09 | 10h23  •  Mis à jour le 12.11.09 | 15h06

Le pape Benoît XVI avait laissé pantois nombre de catholiques en attribuant le plus gros couac de son pontificat à une utilisation insuffisante d'Internet. "Il m'a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder sur Internet aurait permis d'avoir rapidement connaissance du problème", avait-il écrit, en mars 2009, aux évêques, dans une allusion à la levée de l'excommunication de Mgr Williamson, prélat intégriste et notoirement négationniste.

Document Eglise et Internet : le discours de Mgr Di Falco

Conçus avant cette "erreur de communication", les travaux qui s'ouvrent, jeudi 12 novembre à Rome, au sein de la Commission épiscopale européenne pour les médias (CEEM), pourraient contribuer à combler ces lacunes.

Durant quatre jours, une centaine de personnes (évêques, attachés de presse des diocèses) vont s'immerger dans la culture du Net, rencontrant des responsables du réseau social Facebook, du moteur de recherche Google, du microblogging (échange de messages courts) Identi.ca ou de l'encyclopédie sociale Wikipédia. Un hacker suisse et un spécialiste d'Interpol viendront compléter la présentation des possibilités existant sur la Toile.

"Nous devons avoir le souci de continuer à être là où sont les gens", insiste Mgr Jean-Michel Di Falco Léandri, l'évêque de Gap, président de la CEEM.

PRIÈRES EN LIGNE

Jeudi, l'ancien porte-parole des évêques de France devait livrer une réflexion sans langue de bois sur l'incapacité de l'Eglise à se saisir des ressources d'Internet, notamment comme "outil d'évangélisation". En filigrane, son analyse critique une communication trop marquée par l'organisation verticale de l'Eglise catholique. "Internet nous fait descendre de notre chaire magistrale, nous fait sortir de nos ghettos, de nos sacristies", selon l'évêque français.

Confrontés à la "Web-génération", les membres de la CEEM devraient s'interroger sur "les conséquences ecclésiologiques, les effets sur le gouvernement même de l'Eglise, la place de la religion sur le marché Internet, les manières d'y proclamer l'Evangile".

Mgr Di Falco Léandri souligne l'avantage pris par les sites protestants "évangélistes" en termes d'audience. "Les sites catholiques sont centrés sur eux-mêmes. Ils parlent la langue des initiés à l'usage exclusif des initiés. Les sites évangélistes, au contraire, veulent atteindre les internautes, utilisant Internet comme vecteur d'évangélisation."

Certes chaque diocèse possède un site plus ou moins alimenté, les blogs de prêtres se multiplient, les prières et les retraites "on line" apparaissent. Le Vatican, dont le site Internet est très peu convivial, a lancé en janvier sa propre chaîne sur Youtube. Mais cette présence n'est pas une fin en soi, insiste Mgr di Falco Léandri : les sites "chrétiens doivent être des éveilleurs de conscience".

Stéphanie Le Bars

Article paru dans l'édition du 13.11.09

10.11.2009

L'identité française pour les nuls

Je trouve stupide de revendiquer son identité. Pour moi une identité c'est princialement une identification qui permet à un créancier de vous mettre dans ses comptes ou à une administration de vous recenser.

En revanche "être français ou le devenir", pour moi :

  • c'est respecter toutes les valeurs dont nous avons hérité sans se disputer ou accroître les fractures
  • et c'est avoir des projets pour construire un destin s'ouvrant sur des possibilités et des valeurs nouvelles choisies en commun.

On peut discuter et légiférer à tire larigot sur le sujet, ce que la plupart nomment "identité française" ne peut résulter que d'actes qui impliquent chacun, car l'homme ne comprend réellement que ce qu'il est capable de fabriquer.

  • Contre exemple, montrant que l'acte l'emporte : Le port de la Burka
  • Contre-contre exemple montrant que toutes les valeurs ne sont pas respectés et qu'on ne fait pas grand chose à part se disputer sur le sujet  : Le chômage des jeunes descendants de l'immigartion africaine ou nord-africaine, est scandaleusement le plus élevé.

Alors, lancez des petits projets qui permettent aux plus récalcitrants d'être fier d'être fançais ou de le devenir. Les adaptations nécessaires se feront tout naturellement dans le cours de l'action, si le bon cap a été choisi, naturellement !

02:18 Publié dans Société et Justice | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : identité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Dossier sur la sécurité nucléaire

LA Croix - 03/11/2009 14:34

http://www.la-croix.com/Les-autorites-de-surete-nucleaire...

Les autorités de sûreté nucléaire mettent en cause la fiabilité de l’EPR

Les autorités françaises, britanniques et finlandaises ont demandé à Areva de revoir les systèmes de contrôle de son réacteur nucléaire. Un coup dur pour le groupe qui attend de nombreuses commandes dans le monde

Vue du chantier du réacteur de troisième génération EPR à Flamanville (Manche), le 13 octobre 2009 (AFP/DANIAU).

Du jamais vu. Dans un communiqué commun, publié lundi 2, novembre dans la soirée, les autorités de sûreté nucléaire française (ASN), britannique (HSE) et finlandaise (Stuk) ont demandé à Areva de revoir la conception de son EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération, en mettant en cause le niveau de sûreté de ses systèmes de contrôle commande.

L’EPR est en cours de construction en Finlande, en France (à Flamanville dans la Manche et bientôt à Panly en Seine-Maritime) ainsi qu’en Chine.

Selon les trois autorités, les deux logiciels informatiques servant à piloter la centrale, pour son fonctionnement normal et en cas de situation d’urgence, ne seraient pas assez indépendants l’un de l’autre.

Les trois autorités évoquent ainsi « beaucoup trop interconnexions complexes », alors que les deux systèmes devraient être conçus pour ne pas faillir en même temps.

Chez Areva, on minimise la portée de cette injonction, en évoquant « un processus normal de dialogue ».

« C’est la première fois que ce type de contrôle commande est appliqué au nucléaire. Il est logique que certaines questions se posent. Nous y travaillons depuis plusieurs mois avec les autorités et cela ne remet absolument pas en cause la fiabilité de l’EPR », souligne une porte-parole du groupe, en rappelant que 120.000 documents d’ingénierie sont établis pour la construction d’un réacteur.

De son côté, EDF affirmait mardi qu’il s’engageait

« à apporter toutes les réponses attendues d’ici à la fin de l’année et en particulier à réaliser la démonstration nécessaire concernant le deuxième système de pilotage du contrôle commande ».

« La renaissance du nucléaire est décapitée »

Les antinucléaires ne sont évidemment pas de cet avis. « La renaissance du nucléaire est décapitée », s’est ainsi réjoui le réseau « Sortir du nucléaire », qui demande « l’annulation générale du programme EPR ».

Les Verts ont, quant à eux demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire. « Qu’attend la France pour appliquer le principe de précaution au nucléaire et pour arrêter le programme EPR ? », s’interroge de son côté Yannick Rousselet, le porte-parole de Greenpeace.

L’affaire tombe, en tout cas, au plus mal pour Areva, alors que les projets de construction de centrales se multiplient dans le monde, et que le groupe est en pleine discussion avec l’État pour obtenir une augmentation de capital, jugée nécessaire pour mener à bien ses projets d’investissements (10 milliards d’euros d’ici à 2012).

L’entreprise dirigée par Anne Lauvergeon attend aussi avec impatience la décision des Émirats arabes unis, présentée comme imminente, sur l’appel d’offres concernant la construction de quatre réacteurs nucléaires.

Le camp français, associant Areva, EDF, GDF-Suez et Total, est en concurrence avec l’américain General Electric et le Coréen KEPC. Un contrat géant estimé à 40 milliards de dollars (plus de 27 milliards d’euros).
De sources diplomatiques, l’équipe tricolore, jugée trop chère, aurait été contrainte ces dernières semaines de revoir ses prix.

La construction de l’EPR à Olkiluoto, un fiasco

Areva doit également finaliser dans les prochains mois ses négociations avec l’électricien indien NPCIL pour deux EPR. Le numéro un mondial du nucléaire joue également gros en Grande-Bretagne, qui a décidé de relancer son programme d’atome civil. British Energy, racheté par EDF, veut construire quatre EPR. Les Allemands E.ON et RWE ont également des projets de centrales dans le pays, et la semaine dernière GDF-Suez a annoncé l’achat d’un terrain, avec l’Espagnol Iberdrola et le Britannique Scottish Energy, pour la construction d’une centrale.

Hasard du calendrier, les réserves émises par les trois instances de contrôle interviennent également au moment même où les autorités américaines ont donné leur feu vert à EDF pour le rachat de Constellation, le premier électricien nucléaire du pays, qui prévoit, lui aussi, de construire quatre EPR.

Reste enfin pour Areva, la gestion dossier finlandais. La construction de l’EPR à Olkiluoto, dont la première pierre a été posée en 2005, s’avère pour l’heure un fiasco industriel et sans doute un désastre financier. Le chantier a pris trois ans de retard et le groupe a déjà passé 2,3 milliards d’euros de provisions sur ce contrat, qui devait initialement lui rapporter 3 milliards.

Pour expliquer ces retards, Areva met notamment en cause la lenteur de son client à valider les documents ainsi que l’inexpérience des entreprises finlandaises.

Le client, l’électricien TVO, s’interroge, quant à lui, ouvertement sur les capacités du Français à conduire un projet de cette taille.

Les deux groupes ont rendez-vous maintenant devant un tribunal d’arbitrage pour régler leurs litiges.

Jean-Claude BOURBON

Télérama 13.10.2009 – Dossier nucléaire sujet tabou

Attention séances fission

Réagissez 12 réactions
S i le nucléaire est négligé par les JT et éludé par les politiques, ses zones d’ombre et ses dangers suscitent des documentaires et des enquêtes souvent remarquables. Dont l'élaboration est la plupart du temps périlleuse. Nous avons décidé de creuser ce sujet tabou. Un premier tableau, puis un retour sur quatre films fort intéressants disponibles en VOD ou en DVD. Prudence, prudence, vous entrez dans un gros dossier

SUR LE MEME THEME

13 octobre 2009 L’enquête d’Arte qui irradie l’industrie nucléaire
8 octobre 2009 Réactions en chaîne
13 octobre 2009 Françoise Zonabend : “A La Hague, je suis repérée…”

Est-ce une réaction en chaîne qui touche la télévision ? Depuis un an, enquêtes et documentaires bombardent de questions cruciales un des domaines les plus tabous de notre société : le nucléaire.

Tous sont porteurs d'informations capitales, tous excellents dans des styles différents.

Mardi 13 octobre, Arte diffuse Déchets, le cauchemar du nucléaire, enquête magistrale – et internationale – sur le talon d'Achille de cette industrie pas comme les autres, menée par le réalisateur Eric Guéret et la journaliste de Libération Laure Noualhat.

Il y eut auparavant un portrait sensible de La Hague et de ses habitants : Au pays du nucléaire, d'Esther Hoffenberg (sur France 2) ; une inquiétante plongée dans la maintenance des centrales en compagnie de ses intérimaires : RAS, nucléaire, rien à signaler, du Belge Alain de Halleux (sur Arte) ; les insolubles problèmes que pose le démantèlement d'un petit réacteur : Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s'éteindre, de Brigitte Chevet (sur France 3).

Il y aura bientôt Alerte nucléaire sur France 3, à propos des risques d'accident.

Mais c'est sans doute le numéro de Pièces à conviction, Uranium, le scandale de la France contaminée qui a fait le plus parler de lui en février dernier, provoquant la colère d'Areva (1).

De l'extraction du minerai (Niger, la bataille de l'uranium, sur France 5) au démantèlement des centrales en passant par leur exploitation et la gestion de leurs déchets, le tour d'horizon est complet, fouillé. On est très loin de la légèreté dont font preuve les journaux télévisés.

  • Quand EDF lance un grand emprunt ou annonce une augmentation de ses tarifs, jamais les choix énergétiques de la France ne sont questionnés. On parle d'« investissements » sans préciser qu'il s'agit de construire des réacteurs EPR et de racheter des centrales étrangères.
  • On euphémise à tout va (les centrales deviennent des « installations »), jusque dans les images puissantes et rassurantes de tours de refroidissement vues du ciel. Même cécité lorsque l'électricité est exonérée de la taxe carbone. Au mieux, on précise qu'« elle est considérée comme une énergie non polluante », images d'éoliennes et de panneaux solaires à l'appui... alors que 80 % de notre électricité est produite par le nucléaire (record mondial) !

Qui pouvait imaginer le déni dans lequel vivent la plupart des habitants du Cotentin, région la plus nucléarisée du monde ?

La négligence des JT peut s'expliquer par leur forme contrainte. Mais comment justifier l'ignorance des politiques ? En 2007, lors du débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, chacun des deux candidats proféra des énormités sur le sujet (pointées sans pitié dans Déchets, le cauchemar du nucléaire).

A l'indigence de l'info et à l'ignorance des politiques semble répondre le fatalisme du public...

  • Qui savait, avant d'avoir vu La France contaminée, que deux cents mines d'uranium furent exploitées dans l'Hexagone ?
  • Qui pouvait imaginer le déni dans lequel vivent la plupart des habitants du Cotentin, région la plus nucléarisée du monde ?
  • Quelqu'un avait-il idée du coût faramineux et des impasses techniques du démantèlement des centrales ?
  • Des risques que la politique du moindre coût fait courir à la sûreté des réacteurs ?
  • Et pourquoi si peu de gens ont-ils participé au débat public sur l'EPR ?

Le tabou du nucléaire, mis en évidence par l'ethnologue Françoise Zonabend dans un travail pionnier auprès des habitants de La Hague, aurait-il gagné toute la société ?

Pour les réalisateurs, s'attaquer à ce tabou ne fut pas aisé.

  • D'abord parce que, témoigne Esther Hoffenberg, « personne ne vient vous chercher pour faire un film sur ce sujet » – sauf Arte, qui jouit d'une grande liberté du fait de son statut transnational.
  • Ensuite parce que le sujet est difficile à représenter : la radioactivité est invisible, pas comme une marée noire.
  • Enfin parce que les lieux sont très protégés. Romain Icard, auteur de La France contaminée, en a fait l'expérience : « Avec une carte de presse, vous pouvez sans problème filmer devant l'Elysée. Mais si vous sortez une caméra devant la clôture d'une centrale, la gendarmerie est là dans les deux minutes. »

Résultat, la plupart disent avoir développé une certaine « parano » lors de leur enquête. Ils emploient même des mots étranges pour qualifier l'industrie nucléaire et ses pratiques : « lobby », « secte », « pieuvre », « consanguinité », « manipulation », « propagande », « culte du secret »...

Aurions-nous affaire à d'acharnés activistes antinucléaires adeptes de la théorie du complot ?

Tout le contraire : c'est leur approche pragmatique, équilibrée qui fonde leur travail. « Nous n'avons pas réalisé un film militant, dit Eric Guéret. Nous nous appuyons sur une enquête scientifique. » Celle-ci a été réalisée par la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité), comme celles de Romain Icard dans La France contaminée et de Brigitte Chevet à Brennilis. Esther Hoffenberg, elle, a fait appel à l'Acro, l'Association pour le contrôle de la radioactivité de l'Ouest, animée par des scientifiques qui militent pour une information indépendante, mais affichent la plus stricte neutralité sur le choix de l'énergie nucléaire.

« Neutralité » ? « Indépendance » ? Des gros mots dans l'univers du nucléaire où, si l'on n'est pas « pro », on est forcément « anti ».

« Poser des questions, c'est déjà être subversif », témoignent en chœur Laure Noualhat et Esther Hoffenberg. Dans le film de cette dernière, la physicienne Monique Sené constate : « Choisir de devenir expert indépendant revient à sacrifier sa carrière. » Déjà, dans les années 80, La Presqu'île au nucléaire, le livre de l'ethnologue Françoise Zonabend, se heurta à une indifférence irritée. Que venaient faire les sciences humaines (et une femme !) au milieu de nos prouesses technologiques (tellement viriles) ? En 1994, son film (2) fut même l'objet d'une campagne de dénigrement, et sa personne directement visée. Même procès d'intention contre le professeur Jean-François Viel, qui mit en évidence un surcroît de leucémies près de l'usine de retraitement de déchets de La Hague.

“Parler du nucléaire, c'est toucher le zizi du président.”

Pourquoi les défenseurs de cette industrie sont-ils si chatouilleux ? Alain de Halleux fournit une réponse très imagée : « Parler du nucléaire, c'est toucher le zizi du président. »

  • A l'origine, le développement du nucléaire fut un secret d'Etat. La création du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) par le général de Gaulle, en 1945, puis le développement de la filière française répondaient à de nobles ambitions : assurer le rayonnement de la France et procurer le bien-être social. En dotant le pays d'un arsenal nucléaire et d'une technologie exportable, le très nationaliste CEA redorait le blason d'un pays affaibli par la perte de l'empire colonial.
  • En construisant des centrales à tour de bras, EDF tout juste nationalisée fournissait aux Français une électricité abondante et bon marché. Se mit donc en place un régime « technopolitique » – des choix technologiques dictés par des objectifs politiques. Mais opérés par des techniciens. En l'occurrence, les ingénieurs du corps des Mines, élite de l'élite, minorité des minorités, qui perpétue l'immense pouvoir que représente la maîtrise de l'énergie en occupant tous les postes clés : autorités de contrôles, industries (Areva, EDF), ministères, enseignement supérieur. Et bien sûr présidence de la République , depuis de Gaulle, tout se décide dans la plus grande opacité.

Nous ne sommes plus dans les années 50. L'industrie nucléaire, bien plus qu'à la grandeur de la France, travaille à gagner des parts de marché, à réaliser des profits... et à sa reproduction. Par ailleurs, la catastrophe de Tchernobyl et l'émergence du principe de précaution obligent à imaginer le pire. Mais la nucléocratie, elle, n'a pas bougé. Voilà donc le « lobby » auquel se sont frottés les auteurs des enquêtes. Et auquel ils risquent de ne plus s'attaquer : « On est fichés », « on a un casier », disent-ils. Réaliser un film un tant soit peu critique sur le nucléaire et sa gestion ne pardonne pas.

Les « pros » et les « antis » On y revient toujours. Cette irréductible opposition rend le débat impraticable. Ce n'est peut-être pas un hasard. Confiner la critique à des cercles militants (qui aiment à se l'accaparer) fait certainement l'affaire de ceux qui préfèrent éviter la discussion. Jacques-Emmanuel Saulnier, porte-parole d'Areva, s'en défend : « On ne choisit pas ses adversaires », répète-t-il en évoquant « le lobby antinucléaire. D'ailleurs, nos opposants nous aident à progresser dans le domaine de la transparence ». Et de la communication, aussi. Car Areva est très bien rodée pour répondre aux attaques des « antis » (Greenpeace ou le réseau Sortir du nucléaire). En revanche, quand des journalistes soulèvent des questions jamais formulées, dans La France contaminée (sur les déchets miniers) ou dans Déchets, le cauchemar du nucléaire (sur le retraitement), la grande machine à communiquer se trouve prise au dépourvu.

Reconnaissons cependant à Areva le mérite de la franchise. Comme son ancêtre le CEA, elle assume son rôle politique. « Si nous réalisons des campagnes de publicité, c'est parce que le grand public est notre client politique : tout le monde a une opinion sur le nucléaire », explique Jacques-Emmanuel Saulnier, dont la fonction – porte-parole – est plus courante dans les gouvernements ou les partis que dans les entreprises. Pour travailler à l'acceptation citoyenne de leur technologie, EDF et Areva se donnent les moyens. La première dépense pas loin de 100 millions d'euros en achat d'espaces publicitaires chaque année. Le budget de communication de la seule usine Areva de La Hague s'élève à 2 millions d'euros par an. Par comparaison, Déchets, le cauchemar du nucléaire, fruit de longs mois d'enquête, énorme investissement pour Arte, n'a coûté que 550 000 euros...

Des belles affiches d'Areva sont envoyées dans les collèges sans que les enseignants aient rien demandé…

Les moyens sont financiers mais aussi rhétoriques :

  • occultation,
  • dénégation,
  • banalisation,
  • euphémisation.

L'occultation, ce sont les plaquettes d'information restées dans les armoires des mairies pour ne pas effrayer les populations, comme le montre Brigitte Chevet à Brennilis. C'est affirmer que les risques sont maî­trisés sans jamais évoquer la nature de ces risques.

La dénégation, c'est le fameux nuage de Tchernobyl bloqué à nos frontières.

La banalisation, c'est comparer les dangers de la radioactivité avec ceux du tabac... ou du « sel de cuisine » !!! C'est affirmer que la production de déchets nucléaires s'élève à moins d'un kilo par habitant et par an... comme s'il s'agissait d'un kilo d'épluchures de pa­tates !

L'euphémisation,

c'est présenter le nucléaire comme une éner­gie « durable » – les ressources en ura­nium sont-elles donc inépuisables ? –,

c'est parler de « recyclage » au lieu de retraitement, alors que l'en­quête diffusée mardi sur Arte le révèle : 90 % du combustible « recyclé » n'a pour l'heure trouvé aucun emploi...

« Les communicants se comportent comme des gendarmes du langage », note Esther Hoffenberg, également inquiète du fait qu'ils visent spécialement le jeune public.

Tandis que les manuels scolaires préoccupés de réchauffement clima­tique célèbrent l'énergie qui a assuré l'indépendance énergétique de la France, des belles affiches d'Areva sont envoyées dans les collèges sans que les enseignants aient rien demandé, des partenariats sont noués avec des publications destinées aux enfants ou aux ados (Mon quotidien, Les Clés de l'actualité) pour y glisser les mêmes « informations »...

Alors, « pro » ou « anti » ? « Ce n'est pas la question, on est tous ensemble dedans », résume Esther Hoffenberg.

A défaut de résoudre les questions anthropologiques que posent son irréversibilité, ses déchets qu'il faudra surveiller pendant des centaines et des milliers d'années, il est urgent de faire du nucléaire un objet du débat politique. De relever le défi de la démocratie.

Déchets, le cauchemar du nucléaire
envoyé par arte. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Et aussi :

“Uranium : le scandale de la France contaminée”, dans “Pièces à conviction”
“RAS, nucléaire : rien à signaler”, d’Alain de Halleux
“Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s'éteindre”, de Brigitte Chevet
“Au pays du nucléaire”, d’Esther Hoffenberg

Samuel Gontier

Télérama n° 3117

(1) Tandis qu'EDF s'occupe de l'exploitation des centrales, Areva (émanation du Commissariat à l'énergie atomique auparavant dénommée Cogéma) gère l'extraction et la transformation du minerai, construit des réacteurs et assure le retraitement des déchets.
(2) La Hague, le nucléaire au quotidien, réalisé avec Paule Zajdermann et diffusé sur Canal+.
A voir

Déchets, le cauchemar du nucléaire, Arte, mardi, 20h45 (disponible en DVD chez Arte Editions). Le site d’Arte consacré à ce documentaire.

A lire

Déchets, le cauchemar du nucléaire, de Laure Noualhat, éd. Arte Editions /Le Seuil.

Le Rayonnement de la France, énergie nucléaire et identité nationale après la Seconde Guerre mondiale, de Gabrielle Hecht, éd. La Découverte, 2004.

 

Le 13 octobre 2009 à 19h10

Réagissez 12 réactions

Envoyez à un amiTags : nucléaire enquête

VOS REACTIONS (12 commentaires)

Coukoutsi - le 15/10/2009 à 23h40
Bravo au journaliste pour cette série d'articles radioactifs, très bien tenus et documentés.
Bravo à la rédaction de Télérama pour son intégrité.
On ne lit pas souvent de si bonnes choses dans la presse française.
Merci.

3 internautes sur 3 ont trouvé cet avis intéressant.

laprouj - le 13/10/2009 à 19h55
Comment aller au bout du raisonnement (ce qui est "bien" ) sans passer pour un jusqu'auboutiste (ce qui est "mal").
Car enfin, pour consommer moins d'électricité, c'est simple : il faut juste consommer moins de tout. Moins de voitures, moins de téléphones portables, moins d'i_phones, moins de trucs et de machins inutiles (à renouveler) qui coûtent tant d'énergie à fabriquer. Juste fabriquer moins d'objets, mais des objets utiles, voire même ludiques, mais qui tiennent le coup - et le coût.
Seulement voilà : la consommation est la béquille qui nous permet de tenir debout dans un monde qu'ont délibérément privé de sens ceux-là mêmes qui nous proposent de travailler plus pour gagner plus pour consommer plus pour travailler plus... Plus, plus... toujours plus !
La boucle est bouclée.
Amicalement à tous.

8 internautes sur 8 ont trouvé cet avis intéressant.

xavol - le 11/10/2009 à 04h42
On ne construit pas des centrales nucléaires pour satisfaire un lobby ou pour enrichir qui que ce soit. On construit des centrales nucléaires pour fabriquer de l’électricité de qualité, en grande quantité.
On peut en faire avec du vent, quand il y en a ;
On peut en faire avec le soleil, quand il y en a ;
Les cours d’eau sont saturés, la géothermie coûte très cher ;
Le pétrole et le charbon polluent notre air.
C’est vrai, toute industrie nuit à la planète et l’humain trop négligent augmente les risques d’incidents, voire d’accident. C’est pour cela qu’il faut une SURVEILLANCE.
La fission de l’uranium crée des matières dangereuses. C’est la technologie intermédiaire qui permettra d’atteindre le procédé de fusion des atomes, non polluant mais au point dans un petit siècle seulement.
Trop peu d’entre nous sont prêts à réduire leur consommation; l’énergie, c’est tellement confortable ! Je me résigne à croire que le problème est beaucoup plus vaste qu’un simple sujet et qu’aujourd’hui on a pas trop de choix.
A qui profite l’acharnement médiatique ?

5 internautes sur 11 ont trouvé cet avis intéressant.

service télévision - le 9/10/2009 à 16h02
Bonjour Elijah / Patrice
"Au pays du nucléaire" devrait sortir dans quelques salles en janvier et en DVD en avril 2010. D'ici là, des avant-premières sont organisées, dont vous trouverez le programme sur le site : http://www.estherhoffenberg.fr/ à la rubrique "actualités".

6 internautes sur 11 ont trouvé cet avis intéressant.

swampman - le 9/10/2009 à 15h44
Bravo à Samuel Gontier pour cet article fort complet. Un journaliste qui prend la peine de s'informer et de réfléchir, plutôt que d'écrire ce que les attachés de presse lui dictent, ça devient tellement rare que cela mérite d'être salué! Bravo également à Télérama d'avoir laissé passer cet article, quand on sait que les gros acheteurs d'espaces publicitaires, directement ou via les centrales d'achat, ne se privent pas d'exercer des pressions pour interdire de parler de ce qui les dérange...

11 internautes sur 15 ont trouvé cet avis intéressant.

MariAziliz - le 9/10/2009 à 12h09
Résolument éco-citoyenne, je suis également une "anti" convaincue ; je participe aux campagnes et actions du Réseau "Sortir…" et j'ai la prétention de n'être ni stupide ni bornée !
Petite contribution au débat : la solution énergétique la plus abondante et absolument inoffensive, c'est d'économiser l'énergie !
Alors, apportons notre (certes très modeste) contribution : logement bien isolé, chauffage à 19° maxi, déplacements en transports en commun, à pied ou en vélo chaque fois que c'est possible… c'est déjà ça ! N'oubliez pas aussi de privilégier les produits frais de saison et produits près de chez vous (AMAP, ou maraîchers au marché). Et cette liste des possibilités est loins d'être exhaustive. C'est tout bête mais comme on dit, si tout le monde s'y met… Je suis "bisounours" ?Tant pis, j'assume !
Amitiés à toute l'équipe de Télérama, et aux lecteurs de mon p'tit magazine préféré !…

26 internautes sur 30 ont trouvé cet avis intéressant.

ya basta - le 9/10/2009 à 10h46
Mieux vaut tard que jamais, enfin les médias mettent le turbo pour dénoncer le scandale du nucléaire, dont les déchets vont polluer la planète pour des millions d'années, sans parler de l'utilisation militaire qui va avec. Au passage, il faudrait aussi dénoncer la langue de bois de notre omni président qui fustige le nucléaire iranien, mais vend des EPR à qui en veut, finance avec nos deniers les missiles à tête nucléaire, M 51, ou le laser mégajoules... beaux sujets de reportage!
En matière d'énergie, une partie de la solution passe par les économies à titre individuel, l'autre partie par les sources renouvelables, l'énergie du soleil est inépuisable , reste à promouvoir l'industrie pour l'utiliser avec l'impact minimum sur l'environnement; pas de fermes photovoltaïques, mais des toitures, des parkings équipés.
Mais il y a aussi dangereux, voire plus: les nanos particules qui, comme les OGM, subrepticement envahissent notre quotidien, sous couvert de progrès ( nanos fibres, nanos aliments, nanos médicaments, nanos matériaux..) aux propriété aussi étonnantes qu'inquiétantes. Où sont les évaluations? Où est le principe de précaution? Ces particules inodores, incolores, sans saveur sont des bombes à retardement. Leur taille (échelle atomique) leur permet de pénétrer dans nos cellules, pour y faire quoi? Va -t-on attendre 20 ans pour alerter les populations?

16 internautes sur 22 ont trouvé cet avis intéressant.

jojo63 - le 9/10/2009 à 09h35
Le noeud de la problématique est là ! Et il ne concerne pas seulement le nucléaire. Un invité sur les médias, qui doit répondre aux questions d'un public présent est dans une position très confortable. Une seule question, d'une seule personne, Quelques secondes et... plusieurs minutes pour répondre et éventuellement noyer le poisson. On a souvent évoqué la difficulté de contrer la dialectique du Front National, en précisant que ses phrases choc, qui durent quelques secondes, ne pouvaient recevoir d'explications aussi simplistes pour les démonter de façon rationnelle. Qu'il fallait un discours long et méthodique pour mettre en lumière l'ineptie de son propos. Il en va de la politique comme des lobbys, on ne peut pas contrer quelqu'un qui a un temps de parole supérieur au notre. Voilà pourquoi ARTE et France-culture nous rendent moins "cons". Ils rétablissent un peu l'équilibre. Dommage qu'ils n'aient pas les mêmes moyens de communication que les lobbiistes pour diffuser leurs démarches...

20 internautes sur 23 ont trouvé cet avis intéressant.

Fr B - le 9/10/2009 à 09h33
Certes le nucléaire pose des problèmes pour le traitement des déchets et on entend plus les pros que les anti, pourquoi. Etre contre le nucléaire c'est très facile mais quand on est contre il faut pouvoir proposer autre chose. Pour remplacer la plus grosse centrale nucléaire actuelle, il faudrait entre 1000 et 2000 éoliennes or plus personne n'en veut, il faudrait au moins 9 centrales charbon !!!... ou il faudrait innonder 3 belles vallées pour construire des centrales hydrauliques. Alors oui, il faut réfléchir à autre chose que le nucléaire car on ne sait pas traiter les déchets mais aujourd'hui il n'y a aucun autre rendement meilleur pour répondre aux besoins toujours plus exigeants en matière d'électricité des consommateurs (que dit-on à ceux qui abusent de la clim, qui chauffent leur grande piscine dans leur jardin, qui sont équipés des pieds à la tête d'engins électroniques qu'il faut bien recharger,..)
Tuer le nucléaire, pourquoi pas, réfléchir et changer la mentalité des gens : de toute urgence !

24 internautes sur 33 ont trouvé cet avis intéressant.

Elijah - le 9/10/2009 à 07h05
Au pays du nucléaire, d'Esther Hoffenberg est-il disponible en DVD ou VOD, comme annoncé dans le chapeau de l'article ? Je n'ai pas trouvé !
Merci,
Patrice

4 internautes sur 7 ont trouvé cet avis intéressant.

niakita83 - le 9/10/2009 à 02h34
Il est clair qu'il ne faut attendre aucune information publique non orientée sur ce sujet ;il y a tant d'intérêts économiques en jeu que l'information ne peut être que manipulée à grand coup d'omissions quant aux réels dangers des déchets ,pourtant ravageurs .A l'heure où il est de bon ton de songer à la couche d'ozone ,où l'écologie "est en vogue",il est plus que jamais nécessaire de relancer les débats sur le nucléaire et de prendre les choses à bras le corps ,de dénoncer,de faire connaitre des travaux reconnus ,de ne pas renoncer à une véritable information surtout .

22 internautes sur 25 ont trouvé cet avis intéressant.

Sortir du nucleaire - le 8/10/2009 à 16h38
Excellent article à part une chose : "Areva est très bien rodée pour répondre aux attaques des « antis » (Greenpeace ou le réseau Sortir du nucléaire). "
Ca laisse à penser que les "antis" sont nuls. En réalité, il n'y a quasiment jamais d'occasion de "coincer" les pronucléaires qui sont les "grands invités" des médias (cf le 7/9 sur France inter !) et les antis peuvent, au mieux, poser une question en tant que simples auditeurs... et les pronucléaires ont ensuite tout leur temps pour répondre (en mentant).
S'il y avait des lieux de débat "à armes égales", on verrait bien que les pronucléaires seraient vite coincés...
SL
Sortir du nucléaire

45 internautes sur 53 ont trouvé cet avis intéressant.

01:46 Publié dans Technologies | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nucléaire, déchets | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07.11.2009

Hommage à Claude Lévi-Strauss, le goût de l'Autre

Claude Lévi-Strauss nous a quitté le 30 octobre, à l’âge de 100 ans.

Dossier Télérama http://www.telerama.fr/livre/claude-levi-strauss-le-gout-...

Le 5 novembre 2009 à 18h00
Réagissez 3 réactions
Tags : claude lévi-strauss anthropologie structuralisme

Claude et Dina Levi-Strauss dans leur campement - Photo : DR

_MG_4181.JPG
LE FIL LIVRES - Il aura passé sa vie à comprendre comment fonctionne l'esprit des hommes. Le célèbre anthropologue et ethnologue français Claude Lévi-Strauss est mort. Il avait 100 ans. Nous republions ici un article paru en mai 2008 dans “Télérama”, retraçant l'œuvre de cette figure de la pensée structuraliste.

Sur les pas de Lévi-Strauss | 5 novembre 2009

Peuples disparus, par Claude Lévi-Strauss | 5 novembre 2009

“Claude Lévi-Strauss par lui-même”, à ne pas rater sur Arte | 4 novembre 2009

Il existe peu d'ouvrages de sciences humaines dont les premiers mots se sont imprimés dans la mémoire ­collective, à l'égal du « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » de Proust. Mais on en compte au moins un : Tristes Tropiques, et son fameux incipit, « Je hais les voyages et les explorateurs. »

Claude Lévi-Strauss a 47 ans quand paraît, en 1955, dans la collection Terre humaine que l'ethnographe et écrivain Jean Malaurie vient de créer chez Plon, ce livre qui, au sein de son ample bibliographie, demeure le plus célèbre et le plus ­accessible. Le plus personnel aussi, le plus subjectif qu'ait donné le grand anthropologue.

Un ouvrage tout ensemble scientifique et profondément méditatif, écrit quelque vingt ans après les expéditions qui l'ont nourri : le Brésil, São Paulo, l'Amazonie, les Indiens Caduveo et Bororo auprès de qui Lévi-Strauss, alors jeune ethnographe, a vécu à plusieurs reprises au cours des années 1935-1938.

Enthousiastes, les jurés du Goncourt songèrent à donner leur prix à Tristes Tropiques. Ils y renoncèrent finalement, mais la postérité et la notoriété du livre n'en ont pas pâti : c'est Tristes Tropiques qui a révélé Claude Lévi-Strauss au grand public, qui a posé les premiers jalons de la reconnaissance unanime de l'anthropologue comme une des figures majeures de la pensée au XXe siècle : un ­scientifique doublé d'un moraliste, doté d'un talent ­d'écrivain - on a beaucoup évoqué Chateaubriand et ­Bossuet à son sujet.

Celui qu'on a longtemps regardé, à son corps défendant souvent, comme le « pape du structuralisme », celui dont les travaux et les méthodes ont influencé, en France et ailleurs, toute une génération d'intellectuels ressortissant à des disciplines aussi diverses que la philosophie ou la ­critique littéraire, la sociologie ou l'histoire - « son œuvre fait penser, et penser indéfiniment », écrivait ­Roland Barthes -, fêtera cet automne ses 100 ans. Et connaît dès aujour­d'hui la consécration éditoriale que constitue la publication dans la Biblio­thèque de la Pléiade : un volume ­d'Œuvres, par lui choisies parmi ses travaux multiples et savants. Lesquels, résuma-t-il un jour, n'ont eu sa vie durant qu'un seul et unique objectif : « comprendre comment fonctionne l'esprit des hommes » (1).

« Je me suis laissé tenter car j'avais envie de voir
le monde et j'aimais faire du camping,
de la marche à pied, de l'alpinisme. »

Tout a donc commencé il y a cent ans, le 28 novembre 1908, lorsque naît Claude Lévi-Strauss, à Bruxelles, dans un milieu bourgeois, esthète et plutôt conservateur. Son père est artiste peintre, l'un de ses grands-pères est grand rabbin de Versailles, la ­famille compte en outre un aïeul ­musicien, violoniste renommé au temps de Napoléon III. Claude Lévi-Strauss, lui, se tourne vers les lettres, puis le droit et la philosophie - préparant l'agrégation, il côtoie Simone de Beauvoir et Maurice Merleau-Ponty -, entre dans l'enseignement tout en militant à la SFIO. Il a raconté souvent le coup de téléphone reçu, à 9 heures, un dimanche matin de l'automne 1934, lui proposant de postuler pour une chaire de sociologie à l'université de São Paulo. Il se trouve que la philosophie à laquelle il s'est voué intellectuellement ne le satisfait pas complètement - elle lui semble se réduire à « une sorte de contemplation esthétique de la conscience par elle-même », écrit-il dans Tristes Tropiques - et qu'il a commencé à s'intéresser à l'ethnologie, sur les conseils de Paul Nizan. Il part donc pour le Brésil, en février 1935.

De son départ de France, il a donné plus tard cette explication bien trop prosaïque pour être honnête : « Je me suis laissé tenter car j'avais envie de voir le monde et j'aimais faire du camping, de la marche à pied, de l'alpinisme »... C'est, dans la vie de Lévi-Strauss, le moment de l'expérience du terrain. De l'immersion dans la différence, de la confrontation directe et saisissante à l'Autre - ses conditions de vie, sa ­façon de voir le monde, de le penser.

Ce temps est, pour le chercheur, ­plutôt bref : une première expédition auprès des Indiens a lieu au cours de l'hiver 1935, une seconde en 1938, durant neuf mois. Mais les observations réalisées alors nourriront toute l'œuvre intellectuelle à venir - jalonnée par les ouvrages Les Structures élémentaires de la parenté d'abord (1949), puis bien sûr Tristes Tropiques (1955), aussi plus tard Anthropologie structurale (1958 et 1973), La Pensée sauvage (1962), les quatre ­volumes des Mythologiques (1964-1971), La Voie des masques (1975), Histoire de Lynx (1991)...

Le « passage de la nature à la culture
est le problème fondamental de l'ethnologie. »

En 1939, Claude Lévi-Strauss rentre en France, avant de s'exiler l'année suivante à New York, face à la menace nazie. Il y demeure jusqu'en 1944, y fréquente les nombreux ­artistes et intellectuels européens exilés comme lui, y croise notamment les surréalistes André Breton et Max Ernst.

Surtout, il y fait la connaissance du linguiste d'origine russe Roman Jakobson, dont les travaux vont avoir sur lui une influence décisive. Jakobson l'initie en effet à la linguistique structurale, et c'est de cette approche que va s'inspirer Lévi-Strauss pour fonder l'anthropologie structurale. Lors d'un entretien pour la télévision réalisé dans les années 1970, Lévi-Strauss évoquait en ces termes ce que fut, pour lui, l'intuition de la méthode structurale : « Un jour, allongé dans l'herbe, je regardais une boule de pissenlit. J'ai alors pensé aux lois d'organisation qui devaient nécessairement présider à un agencement aussi complexe, harmonieux et subtil. Tout cela ne pouvait pas être une suite de hasards accumulés. »

Ces « lois d'organisation », ces structures souterraines et fondamentales, il va donc chercher au sein desquelles il a vécu. S'attachant dans un premier temps à saisir et comprendre les systèmes de parenté. Elargissant plus tard son objet d'étude, en se penchant sur la littérature orale des sociétés amérindiennes - essentiellement les mythes, leurs permanences et leurs infinies variantes, et ce qu'on peut en apprendre du « passage de la nature à la culture, qui est le problème fondamental de l'ethnologie, et même celui de toute philosophie de l'homme ».
« On a cru trop souvent que l'homme se laissait aller dans la mythologie à sa fantaisie créatrice et qu'elle relevait ainsi de l'arbitraire,
ajoute-t-il. Or si on réussit à montrer qu'en ce domaine même, qui offre un caractère de limite, il existe quelque chose qui ressemble à des lois, on pourra en conclure qu'il en existe aussi ailleurs et peut-être partout. »

Le mot « structuralisme » a été
« mis à tant de sauces que
je n'ose plus l'employer »

Le structuralisme est ainsi, pour Lévi-Strauss, non pas une philosophie, non pas une conception du monde, mais une méthode, une discipline, presque un outil. Le moyen de mettre de l'ordre et de la rigueur dans les sciences humaines « qui essaient de devenir positives ».

Quant au structuralisme en tant qu'école, mouvement intellectuel étendant ses ramifications dans toutes les disciplines intellectuelles, il s'en méfie, y voit souvent « un dévergondage sentimental nourri de connaissances sommaires et mal digérées » : le mot « structuralisme » a été « mis à tant de sauces que je n'ose plus l'employer », confiait-il au début des années 1980, s'agaçant du « tic journalistique qui consiste à associer le nom de Lacan » et le sien. Les seuls dont Lévi-Strauss se sent proche, ce sont les linguistes. Avec les historiens, les relations sont plus contrariées.

A la discipline historique, il reproche son « anthropocentrisme » : « A propos de l'histoire, il faut toujours se demander s'il en existe une seule capable de totaliser l'intégralité du devenir humain, ou une multitude d'évolutions locales qui ne sont pas justiciables d'un même destin. [...] Vouloir exiger que ce qui peut être vrai pour nous le soit pour tous et de toute éternité me semble injustifiable et relever d'une certaine forme d'obscurantisme. » De l'histoire, il ne nie pas pourtant l'intérêt, la ­validité, l'utilité, expliquant qu'« une recherche qui se veut positive ne lance pas d'exclusive ; elle fait plutôt ­flèche de tout bois. [...] En matière d'analyse mythique, chaque fois que je peux éclairer mon objet par des renseignements historiques, psychologiques, biographiques même sur la personne du conteur, je n'en suis pas gêné mais puissamment aidé ».

Incarnation d'une modernité extrême de la pensée au XXe siècle,
nourri de Proust, de Montaigne, de Rousseau, Claude Lévi-Strauss se définit paradoxalement comme « un homme du XVIIIe siècle, ou peut-être du XIXe ». Un classique et un moderne tout ensemble, à qui ses prises de position ont parfois valu d'être ­accusé de « réactionnaire » hostile au progrès, de « relativiste », d'« anti-humaniste ».

« Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui. Les institutions, les mœurs et les coutumes, que j'aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d'une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être de permettre à l'humanité d'y jouer son rôle », écrivait-il déjà dans Tristes Tropiques, avec sous la plume des accents de moraliste, intensément mélancolique.

« Le monde a commencé sans l'homme
et il s'achèvera sans lui.  »


Les accusations dont il a fait l'objet n'ont pas ébranlé pourtant la figure de sage qu'incarne Claude Lévi-Strauss, défenseur ardent et inlassable des peuples dits « premiers », pleurant face à leur lente agonie, ­inconsolable d'appartenir au camp des destructeurs. Vieil homme en colère contre l'homme occidental et sa conduite à l'égard des autres hommes, à l'égard aussi de la nature :
« La seule chance offerte [à l'humanité] serait de reconnaître que, devenue sa propre victime, cette condition la met sur un pied d'égalité avec toutes les autres formes de vie qu'elle s'est employée et continue de s'employer à détruire. Mais si l'homme possède d'abord des droits au titre d'être vivant, il en résulte que ces droits, reconnus à l'humanité en tant qu'espèce, rencontrent leurs limites naturelles dans les droits des autres espèces. Les droits de l'humanité cessent au moment où leur exercice met en péril l'existence d'autres espèces », déclarait-il il y a trois ans.

Léguant, au terme d'une vie passée à tenter de comprendre comment vivent et pensent les hommes, un testament controversé : la certitude que l'homme est « une partie prenante et non un maître de la création ».

Pour écouter 2 courts extraits d’interviews de Claude Lévy-Strauss, archives de l’INA, aller sur la page Télérama : http://www.telerama.fr/livre/claude-levi-strauss-le-gout-de-l-autre,28901.php

Nathalie Crom
Télérama n° 3044

(1) Propos tenus en 1967 lors d'un entretien avec Raymond Bellour, paru dans la revue Les Lettres françaises et reproduit dans le volume Œuvres de la Pléiade.

A LIRE :

Œuvres, édition établie par Vincent Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé et Martin Rueff, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2 064 p., 64 EUR jusqu'au 31/8/2008, 71 EUR ensuite.
De près et de loin, entretiens avec Didier Eribon, éd. Odile Jacob (1988).
Claude Lévi-Strauss, de Catherine Clément, éd. PUF, coll. Que sais-je ? (2003).
Claude Lévi-Strauss, biographie de Denis Bertholet, éd. Plon (2003).

Le 5 novembre 2009 à 18h00
Réagissez 3 réactions
Envoyez à un amiTags : claude lévi-strauss anthropologie structuralisme

VOS REACTIONS (3 commentaires)

Corto M - le 4/11/2009 à 07h44
Si j'ai passé ma vie à courir le monde à la rencontre, entre autres, des indiens d'Amazonie, des tribus mélanésiennes perdues dans les fonds de vallée au Vanuatu, aux Salomon, en PNG ou en Irian Jaya, les aborigènes de la terre d'Arnheim ainsi que les Hmong du Triangle d'or, je le dois à Claude Lévi-Strauss.
J'avais 16 ans quand j'ai lu Tristes tropiques pour la première fois et ce fut comme un grand soleil qui entra dans ma vie. CLS a été pour moi un des pères spirituels qui ont guidé ma vie. Grâce à lui, j'ai découvert de véritables civilisations, méconnues et injustement qualifiées de sauvages. Par exemple, aucune pensée dite civilisée n'atteint le degré de connaissance de l'environnement et de vision poétique du monde atteint par les aborigènes qui m'ont beaucoup appris. Je pense aussi à mes amis Bororo qui doivent se sentir bien orphelins.

33 internautes sur 34 ont trouvé cet avis intéressant.

la rouille - le 3/11/2009 à 19h07
Merci à cet humaniste d'avoir éclairé de sa pensée des générations de chercheurs et d'étudiants. Triste époque qui voit l'auteur de "race et histoire " s'éteindre au moment où un débat sur l'identité nationale ressurgit des égouts. Oui, il faut absolument lire ces pages formidables d'intelligence et espérer que nous saurons écouter la sagesse de ce grand homme.

32 internautes sur 34 ont trouvé cet avis intéressant.

Jéwémy - le 19/05/2008 à 15h30
On ne saurait trop recommander de relire "Tristes Tropiques" ou bien le "finale" de "l'homme nu". Au delà du regard ethnologique, de la théorisation du structuralisme, ce qui en ressort encore aujourd'hui c'est l'humanisme. Si les yeux de Levi-Strauss sont embués de tristesse face à un monde qui s'en va, face à une terre fourmillante de civilisations en train de s'uniformiser (déjà dans les années 1950...), sa parole n'est pas au désespoir. Plutôt qu'à se résigner, Levi-Strauss appelle chaque individu à se montrer responsable, à faire chacun sa tâche avec ,conscience et humilité. Les pages de "Tristes tropiques" n'ont pas pris une ride, la volonté critique est manifeste, qui n'a rien perdue de sa force. Alors lisons et relisons, avant tout pour se nourrir sans se borner à célébrer.

49 internautes sur 49 ont trouvé cet avis intéressant.

Télérame 25.10.2009 - Philippe Starck : “Je suis le rapide le plus lent du monde”

Philippe Starck le N°1 du DESIGN nous livre les traits de caractère et de comportements, qui l'ont modelé et hissé au somment de la réussite dans son métier de designer.

"Philippe Starck ne dit pas qu'il a eu raison avant tout le monde mais explique pourquoi :-) Autrement dit il donne accès au processus créatif qui lui a permis d'anticiper et donc de prendre de bonnes décisions."

Je ne me considère pas comme intelligent.
Je suis très bon pour comprendre
les signes inconscients d'une société,
comprendre où ça va et pourquoi..”


“Je prépare l'ingénierie de l'astroport
des vols galactiques de Virgin.
Les premiers vols sont pour 2012.
Je m'occupe aussi de l'intérieur des fusées”;

Jeune homme de 18-20 ans, le design n'est pas encore un concept très en avance en France. Philippe Starck, fils de André Starck concepteur et constructeur d'avions, apprend son métier auprès des grands designers espagnols puis italiens.

Il "galère" plus de 20 ans avant de pourvoir monter son agence UBIK et commencer à bien vivre de ses créations.

Sa passion, l'aide à comprendre que dans le monde de changements rapides qui s'est développé depuis la fin des années 60, qu'il doit se concurrencer lui même en créant des produits moins chers plus beaux que les éditeurs ne peuvent bouder. "A l'époque où j'ai commencé, une chaise digne de ce nom valait 1 000 €. C'est cinq fois moins aujourd'hui. J'ai vraiment combattu pour monter la qualité, casser les prix, être accessible à tous".

Aujourd'hui, il s'adapte aux nouvelles tendances. Il prend le chemin du  Web 2.0 en permettant au public d'entrer en contact avec de jeunes créateurs qui ont mis leur modèle en souscription (mydeco.com), et s'engage avec passion dans le développement durable "Depuis, je n'ai cessé de militer pour voir émerger des produits justes, à la qualité juste et à la longévité juste". Il considère cependant que l'apogée du métier de designer est passée. "Mais là, aujourd'hui, face aux urgences... Chaque métier a son moment, et chaque moment a son métier. Aux jeunes qui veulent être designers, je dis que ce n'est pas le moment. Aujourd'hui, il faut partir au combat. Et s'ils travaillent bien, dans quinze-vingt ans, on pourra se réintéresser au design...

Dans une société matérialiste comme la nôtre, toute question amène une réponse matérielle, comme si on ne pouvait pas répondre à quelqu'un sans lui refourguer un produit !
Mais désormais nous avons de sérieuses pistes pour, enfin, ne plus passer par le schéma traditionnel de la matière.
Le travail de designer doit être politique. En se demandant comment sauver de la matière, comment produire de l'énergie, comment changer l'esprit des gens, les dégoûter de l'achat de compensation du samedi après-midi
...

Il faut aussi expliquer, alerter. Qui, à part moi, entendez-vous poser publiquement la question de l'après-plastique ? L'après-pétrole, ça, oui, mais l'après-plastique, qui arrivera dans trente ans ?
Or le plastique est partout ! On rétorque qu'il y a le recyclage ; mais le plastique recyclé ne sert à rien. D'autres affirment qu'il y a le bioplastique, mais transformer les champs de céréales en plastique vraiment nul ou en carburant pour nos 4x4, c'est un crime contre l'humanité !
Les grandes famines sont annoncées pour 2020-2022. Et nous, on va ratiboiser deux tiers de la Terre et des forêts pour cultiver des choses que les gens ne peuvent pas manger ?
".


Dossier spécial - Grand entretien

_MG_4181.JPG

Le 25 octobre 2009 à 15h00
Réagissez 21 réactions
Tags : Special design design Philippe Starck entretien

LE FIL ARTS ET SCÈNES -

Imaginer un objet, brosse à dents, maison, bateau, éolienne ou fusée, définir son concept, le dessiner, le développer... Un travail colossal. Qui n'occupe pourtant que 1 % du cerveau du designer star Philippe Starck. Attention : vous entrez de nouveau dans notre dossier spécial design, entamé jeudi. Dans quelques minutes, des images.

Un tycoon » : les Américains ont inventé ce nom pour ce genre de personnage. Un géant dans sa discipline ; mais un géant qui écraserait tous les autres, par son aura, sa réussite, ses créations multiples, sa surface médiatique. Starck est le tycoon du design. Sur la grande photo mondiale des créateurs d'objets, il y a lui au centre, royal, et les autres, relégués sur les bords de l'image. A 60 ans, Starck agace toujours, mais Starck épate toujours. Surtout quand il dresse un portrait acide de notre époque et pointe des pistes de réflexion et de changement profond.

Vous avez fondé votre agence, Ubik, en 1979. En trente ans, le monde du design a-t-il changé ?

Quand j'ai commencé, le mot « design » n'était même pas un terme générique. Il désignait tout au plus quatre dessinateurs de meubles italiens : Achille Castiglioni, son frère, Pier Giacomo, Enzo Mari, Vico Magistretti. J'étais arrivé dans cet univers par hasard – et ce n'était sans doute pas ma destinée... –, mais très vite, par ma forme de pensée, je suis tombé sur des solutions nouvelles, originales, et, il faut bien le dire, en avance. Ne connaissant personne dans le milieu, ni en général d'ailleurs, puisqu'à la fin des années 60 je n'avais que 17-18 ans, j'ai commencé à sonner à toutes les portes, chez des gros fabricants, des sociétés qui ont disparu depuis. Et on me répondait : « Vous êtes gentil, vous avez des idées, mais ce que vous nous racontez là, ça n'existera jamais. » Pourtant, ce que je leur montrais a abouti à tous les best-sellers des années qui ont suivi. Je me souviens qu'on ne comprenait pas quand je parlais de la « chaise à accoudoirs ». A l'époque, il y avait soit la chaise, soit le fauteuil. On me disait : « Mais pourquoi faire des chaises à accoudoirs ? » J'expliquais que les gens allaient rester à table plus longtemps, et que le salon, la salle à manger allaient finir par se confondre. Mais personne ne me croyait. Je me rappelle qu'un grand éditeur français, qui existe toujours celui-là, m'a dit à mon trente-quatrième coup de téléphone, j'avais beaucoup insisté car je crevais de faim : « Non, non, monsieur Starck, ce que vous faites, c'est de la création, et ça, on ne peut pas le faire ! » Ah ! ils s'en sont mordu les doigts ! Ils ont tout fait pour me récupérer ensuite ! Mais j'ai mis un point d'honneur à leur refuser ce qui a fait la fortune des éditeurs italiens ces vingt dernières années. Ils n'avaient vraiment pas le droit de dire : « Non, c'est de la création, on ne fait pas ça ! »

“Je dessine une chaise en moins
de cinq minutes mais ça fait quarante ans
que je pense aux chaises...”

Donc, vous êtes parti en Italie ?

Je suis parti voir ceux qui voulaient bien de moi ! En fait, mon premier éditeur était espagnol, Disform, et puis oui, il y a eu les Italiens, Alessi et les autres. Qui, eux, ont compris tout de suite ! Alors qu'en France je me sentais seul au milieu de la jungle, avec une machette et le ventre creux. Condamné à douter de mes intuitions. Heureusement, j'étais borné. Pourquoi, à 18-20 ans, attacher autant d'importance à une chaise ?

En 1982, on vous confie quelques pièces du palais de l'Elysée...

Jack Lang a soufflé l'idée à Mitterrand – très intéressé par le design – de donner l'Elysée à des créateurs français. Le projet était de sensibiliser les Français au design qui, à l'époque, roulaient en DS, avaient une télévision couleur, mais étaient toujours assis sur le sofa de leur grand-mère.

Vous arriviez déjà à vivre de votre métier ?

Pas du tout ! Les gens s'imaginent toujours que le design rend riche, mais moi, je n'ai commencé à en vivre vraiment qu'il y a quinze ans ! Si vous saviez combien on touchait à l'époque ! Pour la décoration du Café Costes, à Paris, j'ai reçu 13 400 francs ! Je ne vous raconte pas tout ce qu'on devait faire pour survivre. Même si on s'amusait, c'était la dèche absolue.

“Vous croyez que c'est avec 12 centimes
par brosse à dents vendue
qu'on devient millionnaire ?”

N'exagérez-vous pas un peu quand vous dites que vous n'avez vraiment vécu de votre métier qu'à 45 ans ?

Mais non ! Vous croyez que c'est avec 12 centimes par brosse à dents vendue qu'on devient millionnaire ? Depuis toujours, le designer ne touche qu'une toute petite part – fixe et non négociable – des objets vendus dans le commerce.

Les éditeurs italiens, qui ont été intelligents, ont passé il y a longtemps un accord entre eux pour fixer la rémunération des designers à environ 3,5 % du prix de vente. Pour éviter la surenchère. Et cela, quel que soit l'objet, quelles que soient ses ventes. Moi, ils me donnent un point de plus depuis cinq ans, et ce n'est pas illogique, vu que je suis numéro un des ventes partout. Mais je n'ai jamais rien touché de plus, ni prime, ni forfait. Peut-être que d'autres demandent, pas moi.

Dans la famille Starck, nous sommes des protestants, des luthériens. On ne profite jamais de quoi que ce soit, on ne fait jamais payer plus qu'il ne faut. On se fait un honneur d'être de simples artisans. C'est religieux, chez nous.

Il est très dur de faire profession du design ?

Tous les jeunes gens d'aujourd'hui veulent faire ce métier, mais combien de designers dans le monde en vivent ? En 2009, dix en vivent bien, cent correctement, et pour les autres, c'est la galère... Le milieu reste dominé par les stars du genre, même si les éditeurs aimeraient que ça bouge.

En fait, on va sans doute assister à une nucléarisation des activités. Notre agence Ubik y encourage, puisque la seule société qui permette cette évolution, mydeco.com – basée en Angleterre –, nous appartient en partie. Elle permet aux gens d'entrer en contact avec de jeunes créateurs qui ont mis leurs modèles en souscription.

J'essaie de faire exploser le système avec ce genre de démarche... Et, en même temps, ne rêvons pas : très peu de gens savent faire des choses qui fonctionnent. Par exemple, la chaise sur laquelle vous êtes assis – la Victoria Ghost, éditée par Kartell –, qui doit sûrement être numéro un mondial, a demandé cinq années de développement ! Ce sont des aventures de haute technologie et d'ingénierie. Il faut avoir la vision, avoir le concept, puis savoir le dessiner, savoir le développer, et là, il faut s'accrocher ! On peut dire ce qu'on veut de nous, mais on est des travailleurs !

Avez-vous hérité cette passion de l'ingénierie de votre père ?

C'est mon seul héritage ! Hélas, les usines d'aviation de mon père ont été laminées à l'après-guerre par l'industrie américaine, comme presque toute l'industrie aéronautique. Mais j'ai hérité de son goût pour l'élégance, la beauté du travail de l'ingénieur, ce qu'on appelle « l'esprit français ».

Car il n'y a quasiment que nous dans le monde à avoir une telle volonté de toujours bien faire, dans le moindre détail. On va y revenir de plus en plus, d'ailleurs, à cette ingénierie de haut vol, pour des raisons écologiques notamment. J'ai par exemple conçu un bateau de 120 mètres de long dont la coque est totalement innovante, parce qu'elle provoque moins de vagues et permet une consommation de carburant moins importante.

“Je ne me considère pas comme intelligent.
Je suis très bon pour comprendre
les signes inconscients d'une société,
comprendre où ça va et pourquoi..”

Comment parvenez-vous à passer ainsi d'ustensiles de cuisine à ces bateaux de 120 mètres ?

Cette question nous fait rire, avec ma femme, car on a un mode de vie particulier : des moines ! On ne sort pas, on n'est jamais nulle part, ou alors en transit. On ne va pas au cinéma, on ne regarde pas la télé, on ne lit pas les journaux, on ne fréquente pas les cocktails. On n'est au courant de rien et on ne connaît personne...

On est soit dans un avion, soit dans une petite cabane au milieu de la boue, de l'eau, parmi les pêcheurs, comme à Burano, dans la lagune de Venise. Là, on travaille à deux, dans une pièce avec un grand lit – qui nous sert beaucoup, c'est important pour la création ! – et deux tables.

Je dessine sept heures par jour. Elle organise et m'aide de plus en plus dans la création, surtout pour les vêtements... Je ne me considère pas comme étant intelligent. Ma fille dit que son père est un « autiste moderne ».

Je suis déconnecté des choses réelles parce que je ne peux rien apprendre. En revanche, je sais cultiver mon « magma » : je suis tout le temps en train de faire des corrélations, de classer. Je suis un spécialiste de l'organisation aux rayons X.

En fait, je suis très bon pour comprendre les signes inconscients d'une société, comprendre où ça va et pourquoi. Je n'en fais rien de particulier, je ne suis ni politologue, ni sociologue, ni philosophe. Mais ça me permet de stocker des bouts d'intelligence plus ou moins cuits, plus ou moins en phase de polissage final.

Quand ce « magma » donne-t-il forme à un objet ?

A peine me passe-t-on une commande que c'est fait ! Parce que ça fait quarante ans que j'y pense ! Je suis le rapide le plus lent du monde. Je dessine une chaise en moins de cinq minutes mais ça fait quarante ans que je pense aux chaises... Aux chaises et à tout ce qui nous entoure.

Sans oublier l'amour, ma grande passion, ma grande question : comment mériter l'amour ? La femme avec laquelle je vis occupe 99 % de mon cerveau. Pour elle, je suis une sorte de Gatsby permanent, toujours en train de frimer, pour être le plus aimé...

Jean-Batiste Mondino pour Télérama

Et tout rentre dans votre grand magma créatif ?

Tout ça et bien plus. Ce qui m'intéresse, c'est nous : l'espèce animale et cette extraordinaire et romantique aventure.

Il y a quatre milliards d'années, nous étions une bactérie, puis nous sommes devenus un poisson, une grenouille, un singe, et maintenant un super-singe. Et nous sommes voués à disparaître dans quatre milliards d'années, quand le soleil va imploser. Cette histoire fermée comme un film, j'adore ça !

A la base, j'étais pessimiste – je suis russe. Je pensais à la vie de façon morbide. J'ai perdu ma morbidité le jour où j'ai compris la beauté de notre histoire. Pour moi, la beauté, c'est ça, le sujet ! Quête qui me permet de mettre la barre haut : j'étudie l'astrophysique en suivant les cours de Thibault Damour, la mathématique quantique, la biologie et l'imagerie cognitive électronique du cerveau, la grande clé aujourd'hui. Ce travail me donne des lignes qui m'inspirent, en terme d'éthique, de démocratie également.

La démocratisation du design, c'est fait ?

Oui. A l'époque où j'ai commencé, une chaise digne de ce nom valait 1 000 €. C'est cinq fois moins aujourd'hui. J'ai vraiment combattu pour monter la qualité, casser les prix, être accessible à tous.

Personne ne le voulait, mais chaque fois que je baissais le prix, j'améliorais aussi la qualité, et le produit se vendait mieux.

Donc les éditeurs étaient forcés de me suivre... Depuis, je n'ai cessé de militer pour voir émerger des produits justes, à la qualité juste et à la longévité juste.

“Soyons réalistes : être designer,
c'est pas une gloire ! Il est anormal
qu'une société donne autant d'importance
à des gens comme moi”

Vous avez pourtant tendance à dénigrer votre travail...

Par rigueur. Je suis très dur avec tout le monde et surtout avec moi-même. Si j'étais content de moi, j'aurais déjà tout arrêté. Je n'ai plus besoin de sous, j'ai une jolie jeune femme, on a une maison à la mer, je pourrais faire du bateau et continuer à rêvasser...

Malgré tout ce que la presse a pu dire, je ne suis pas mégalo. Soyons réalistes : être designer, c'est pas une gloire ! Il est anormal qu'une société donne autant d'importance à des gens comme moi qui n'ont quasiment aucune importance. Je fais juste bien mon métier.

Le design vous semble inutile ?

Il a pu être amusant, comme un nouveau petit confort sociétal, il y a vingt ans. Dans une période de « civilisation civilisée », comme on a pu l'entrevoir alors, pourquoi ne pas s'intéresser à une lampe ?

Mais là, aujourd'hui, face aux urgences... Chaque métier a son moment, et chaque moment a son métier. Aux jeunes qui veulent être designers, je dis que ce n'est pas le moment. Aujourd'hui, il faut partir au combat. Et s'ils travaillent bien, dans quinze-vingt ans, on pourra se réintéresser au design...

Partir au combat, c'est-à-dire ?

Ça veut dire être radical. Quand on est producteur d'idées et producteur de matière, comme je le suis, il faut réfléchir à comment refuser la matière.

On entre là dans le « process » écologique. C'est peut-être une tarte à la crème pour les cyniques, mais ça reste une urgence ! Depuis trois-quatre ans, on cherche des moyens d'action efficaces.

Dans une société matérialiste comme la nôtre, toute question amène une réponse matérielle, comme si on ne pouvait pas répondre à quelqu'un sans lui refourguer un produit ! Mais désormais nous avons de sérieuses pistes pour, enfin, ne plus passer par le schéma traditionnel de la matière. Le travail de designer doit être politique. En se demandant comment sauver de la matière, comment produire de l'énergie, comment changer l'esprit des gens, les dégoûter de l'achat de compensation du samedi après-midi...

Il faut aussi expliquer, alerter. Qui, à part moi, entendez-vous poser publiquement la question de l'après-plastique ? L'après-pétrole, ça, oui, mais l'après-plastique, qui arrivera dans trente ans ?

Or le plastique est partout ! On rétorque qu'il y a le recyclage ; mais le plastique recyclé ne sert à rien. D'autres affirment qu'il y a le bioplastique, mais transformer les champs de céréales en plastique vraiment nul ou en carburant pour nos 4x4, c'est un crime contre l'humanité !

Les grandes famines sont annoncées pour 2020-2022. Et nous, on va ratiboiser deux tiers de la Terre et des forêts pour cultiver des choses que les gens ne peuvent pas manger ?

“Je prépare l'ingénierie de l'astroport
des vols galactiques de Virgin.
Les premiers vols sont pour 2012.
Je m'occupe aussi de l'intérieur des fusées”

Sur quoi travaillez-vous, actuellement ?

Des tas de choses.

  • On vient de finir l'éolienne individuelle. Le plus petit modèle, qui produit environ 1,5 kW, va coûter environ 500 euros. Il suffit de l'installer sur le toit, elle est munie d'un boîtier relié au compteur d'énergie du foyer.
  • On continue à travailler sur des capteurs solaires, une voiture électrique aussi.
  • Et deux chantiers navals, l'un dédié au solaire et à l'hydrogène, l'autre à la construction de bateaux de 2 à 70 mètres de long.
  • Je viens aussi de finaliser le projet Démocratique architecture, en Slovénie : des maisons préfabriquées écologiques développées avec de hautes technologies, qui ne coûtent vraiment pas cher. Et j'ai dessiné les quarante-cinq plans seul avec mon crayon, je ne travaille même pas sur ordinateur.
  • Sans oublier que je prépare l'ingénierie de l'astroport des vols galactiques de Virgin. Les premiers vols sont pour 2012. Je m'occupe aussi de l'intérieur des fusées.

Comment vivez-vous la dématérialisation des objets ?

Je ne suis pas un homme de l'objet, mais du concept. Cette dématérialisation, je la prône depuis trente ans !

Nous sommes la seule espèce animale qui contrôle la qualité de sa vitesse d'évolution. Or on refuse de comprendre nos mutations.

Si on prenait conscience de la beauté et de l'intelligence de l'homme mutant, tout s'éclaircirait.

Pourquoi ne pas accepter ainsi notre entrée dans le bionisme, le mélange du corps et des composants - majoritairement la puce -, mélange qui va nous aider à maintenir notre vitesse d'évolution.

Notre société a oublié le scénario de base : d'où elle vient, où elle va. Elle a oublié que notre civilisation est fondée sur l'idée de progrès. Que l'homme est censé être de plus en plus intelligent, et devenir meilleur.

Ces valeurs ne sont pas nouvelles, ce sont celles de la chrétienté comme de toutes les autres formes de civilisation.

Mais nous sommes tellement perdus, avides, que nous oublions que nous sommes des animaux grégaires, là pour partager. C'est une condition absolue à notre survie.

Propos recueillis par Fabienne Pascaud et Emmanuel Tellier
Télérama n° 3119

Le 25 octobre 2009 à 15h00
Réagissez 21 réactions

Tags : Special design design Philippe Starck entretien

VOS REACTIONS (21 commentaires)

PAT THE ROCK - le 29/10/2009 à 17h29
STEVEMAC: autant pour moi!! salutations!! rock off!!!!!!!!!!!!

4 internautes sur 4 ont trouvé cet avis intéressant.

stevemac - le 29/10/2009 à 17h13
Bien parler Pat The Rock mais je ne suis pas dans la mouv’ j'ai 52 ans et Starck je m'en bas l'œil ce n'est pas une réaction positive sur un people qui va faire de quelqu'un un Fan ou je ne s'ai quel beauf et je suis tout d'accord sur la fin de votre texte 16h34
trés cordialement

3 internautes sur 6 ont trouvé cet avis intéressant.

stevemac - le 29/10/2009 à 16h58
Soit De Vielg !!! lire des livres est une chose les comprendre une autre ...  et c'est bien là que je rejoint Appas dans sa réaction de 10h27
Pour les fautes cela ne regarde que moi et surtout le log "Naturrally speaking" et je n'est pas l'intention de me faire formaté par qui que ce soit dans ce jugement ...
Quand on sait d'où l'on vient, on sait où l'on va ....
Si quelquefois tu te sent petit ,inutile, démoralisé ou dépressif, n’oublie jamais que tu as était un jour le plus rapide et le meilleur spermatozoïde de la bande c'est toi le grand gagnant ...
je m'en va lire d'autres bon interview du style Télérama ( waf waf ..)
car ma crémière me dit n'oublie jamais qu'au plus haut trône du monde tu est assis que sur ton cul ...
alors ne s'obstine pas au dialogue de sourd ....
good good à Fabienne Pascaud et Emmanuel Tellier pour votre dossier .

2 internautes sur 5 ont trouvé cet avis intéressant.

PAT THE ROCK - le 29/10/2009 à 16h34
je fais aussi quelques faute d'orthographe et ne suis pas inculte pour autant:mais ce Steve mac donne bien l'image et se place en porte parole de la mouvance Starck et autres designer frime :je le redis encore et encore perso,je trouve que son univers est trop froid,trop superficiel. mais cela plait énormément a la jeune ou moins jeune mouvance bobo et intello branchouille arrogant qui pète plus haute que leurs petit cul.
je vais me faire assassiner ,mais je m'en tape :Philippe Starck ou jean nouvel même orientation: pour un parisianisme snob,pour un paris élitiste et branchouille friqué ,pour un paris ,qui ne sera plus un paris avec ses boutiques de designer,cette architecture froide et fascisante:non ,je ne veux pas de tout cela.
moi même,a une époque j'ai aimé ce qui était branché ,dans la mouvance ............mais c'était dans les années 80 ,le problème aujourd'hui c'est que ce ne sont plus quelques endroits qui est branché c'est 80 pour cent de paris qui est branchouille avec ces boutiques qui vendent de tout et n'importe quoi ces galeries de pseudo peintre a deux balles qui foisonnent aux Abbesses et alentour ou du coté du marais: bref beaucoup de vent et de futilités pour pas grand chose.

4 internautes sur 6 ont trouvé cet avis intéressant.

La mouche du Coche - le 29/10/2009 à 14h08 
@ Stevemac,
.. et j'ajouterais que l'impressionnant nombre de fautes d'orthographe et de grammaire de votre commentaire trahit le fait qu'à votre prétention, vous cumulez une propre inculture qui rejoint celle du maître et vous accorde à lui.

1 internaute sur 2 ont trouvé cet avis intéressant.

La mouche du Coche - le 29/10/2009 à 14h01 
@ stevemac,
Mais qu'en savez-vous que nous ne connaissons pas Starck parfaitement ?
Je vous rappelle que dans mon premier commentaire je précisais que Starck se vante dans ses livres de faire un design "acculturé" donc méprisant. Je les ais donc lu et pas vous.
Je vous trouve extrêmement arrogant. Vous imaginez que les gens qui ne sont pas sont pas d'accord avec vous sont forcément des imbéciles parlant de ce qu'ils ne connaissent pas. Vous allez bien avec l'idée que je me fais des gens qui aime ce designer.

1 internaute sur 1 ont trouvé cet avis intéressant.

.stevemac - le 29/10/2009 à 09h25
Bravo Télérama pour votre article
Je constate comme à l'habitude que ceux qui n'aiment pas Starck donne des critiques sur celui-ci sans connaitre un dixième de ce qu'il est vraiment et de ce qu'est le monde du design .
lire un article sur une personne que l'on aime pas pour écrire du torchon qui n'a pas de sens avec le sujet est assez paradoxal !!!! je constate que les cervelles inoccupées sont de plus en plus nombreux dans notre pays
Ma crémière disait au sujet de Starck que l'avantage d'être intelligent c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile et dire n'importe quoi ,alors que l'inverse est totalement impossible
Quand à APPAS bien parlé pour la brosse à dent.
Merci Mr STARCK pour avoir bousculer le design et décoincé du Q tous ces designer qui ce prennent pour ce qu'il ne sont pas ,ne changé rien .

5 internautes sur 7 ont trouvé cet avis intéressant.

rednekk - le 27/10/2009 à 20h54
Voici un article écrit par un de mes potes à l'école : http://lettres.lecolededesign.com/2009/03/06/design-polem...

3 internautes sur 7 ont trouvé cet avis intéressant.

rednekk - le 27/10/2009 à 20h42
Ce qui est bien dommage au final c'est plutôt que d'une, les médias ne s'occupent qu'à relayer les activités de ce genre de coqueluche à la population, et que deux, cela lui fait profit puisque les gens ne sont pas assez curieux pour aller voir ce qu'il y a au delà. Le mieux, c'est peut être de l'ignorer...

3 internautes sur 8 ont trouvé cet avis intéressant.

rednekk - le 27/10/2009 à 20h40
Je suis étudiant en école de design et avec quelques amis nous suivons de temps en temps la masturbation collective starkienne. Philippe Starck n'est pas, comme on pourrai le croire un idiot, et il sait bien rebondir.
Ce qui me gêne au premier abord, c'est qu'il est mis sur un pied d'estal comme ambassadeur du "Design". Et du coup, il en fait ce qu'il en veut, et le commun des mortels qui achète ses merdes rotomoulées avalent ça goulument et joyeusement. Et pour forger sa crédibilité, il sait bien jouer le philosophe, et il n'hésite pas à citer des grand noms du design, pour qui l'œuvre qu'était un de leurs objet, était bourrée de réflexion. Tout ca alors qu'Ettore Sottsass est récemment décédé dans l'ombre de la culture médiatique...
Mais au final, sur quoi Starck s'assied-t-il quand il dit que le design est inutile ? Que rare sont les designers qui "vivent" de leur travail ? (Parce que personnellement, je ne compte pas être designer pour gagner de l'argent, j'espère vivre correctement, mais surtout vivre mon métier) Eh bien je pense qu'il s'assoit sur ce qu'il entretient, ce design froid et facile, qu'il défend extrêmement bien avec ses capacités d'orateur, mieux qu'il ne fait son travail surement. Des milliers de gens, pas comme lui, dans des centaines de domaines différents vivent leur travail de designer et sont bien plus occupés à travailler pour une solution et donner un sens à objet, qu'à faire des plateaux télés.

3 internautes sur 8 ont trouvé cet avis intéressant.

PAT THE ROCK - le 27/10/2009 à 18h11
APPAS, il l'aime son Philippe Starck,oh! mon dieu comme il l'aime son grand designer chouchou; il lui fait tourner la tète son Philou de Starcky : APPAS pète un tout petit coup, et tu verras ta vision sur cette putain de vie matérielle sera un peu moins figé et étriqué. bonne soirée!!

4 internautes sur 9 ont trouvé cet avis intéressant.

La mouche du Coche - le 27/10/2009 à 17h57
@ Servadio,
N'embêtez pas le maître avec vos mesquines histoires d'argent. Vous allez le déconcentrer.

2 internautes sur 6 ont trouvé cet avis intéressant.

Servadio - le 27/10/2009 à 14h14
De bien beaux discours... Mais j'aurais aimé qu'on interroge M. Starck sur les 57.408 euros reçus pour la "conception" du logo de la présidence française de l'Union Européenne après une procédure d'attribution que la Cour des Comptes juge pour le moins curieuse (cf. entre autres http://www.lesechos.fr/info/france/300385523.htm)...
Mais il est vrai que l'argent même public n'a pas d'odeur...

3 internautes sur 8 ont trouvé cet avis intéressant.

La mouche du Coche - le 26/10/2009 à 12h06
Appas, je vous sens complètement lobotomisé par la pensée du maître mais ce n'est pas grave, je vais vous aider.
Pour commencer, essayez de vous demander dans quelle mesure ses objets sont les exactes contraires de son discours. Est-ce que vous y arrivez ?
cordialement

3 internautes sur 6 ont trouvé cet avis intéressant.

 

Appas - le 26/10/2009 à 10h32
femme aimée, de sa fille qui l'est tout autant, de sa famille, de jeunes collaborateurs, ce qui est réconfortant en ces temps de JE sarkozyens.

 

3 internautes sur 6 ont trouvé cet avis intéressant.

Appas - le 26/10/2009 à 09h10
Chère Mouche du coche avant de parler il faut connaitre, votre brosse à dent est-elle en bois ? Il travaille de nombreux matériaux et cela ne m'étonne qu'à moitié que vous n'ayez pas ça chez vous... il faut avoir du goût...

Plus sérieusement quand un créateur – qui a une immense culture à présent – essaie d'embellir notre quotidien il faut au moins avoir un minimum de respect, moi j'ai aussi de l'admiration. Merci Mr Starck.

5 internautes sur 7 ont trouvé cet avis intéressant.

pleroma - le 25/10/2009 à 19h25
L'interview est super! PS est un grand bavard, non? Ce qu'il dit mérite réflexion, il y a de bonnes choses a retenir. Je n'ai lu que des critiques de son design, sur un ton un peu aigri d'ailleurs, qui n'ont pas de rapport avec l'interview...Je ne peux pas me permettre de ''Starckiser'' mon intérieur, mais je ne refuserai pas quelques jet-Starck si on me les offrait...

9 internautes sur 13 ont trouvé cet avis intéressant.

PAT THE ROCK - le 25/10/2009 à 18h31
c'est forcément génial Philippe Starck c'est l'apôtre du designer bobo.

RIEN A FAIRE DU DISIGNE DE STARCK. c'est moche et froid :perso je préfère le bois ,oui le bois vive les matériaux noble et non le plastique poubelle.

8 internautes sur 24 ont trouvé cet avis intéressant.

La mouche du Coche - le 25/10/2009 à 16h49

Ph Starck est l'apôtre d'un design international "sans culture" comme il l'a écrit lui-même dans ses livres. Ses matériaux sont le plastique issu du pétrole. Qui a ça chez soi à part les journalistes ?

6 internautes sur 20 ont trouvé cet avis intéressant.

26.10.2009

e-Learning Magazine Sept,2009 - Things That Can't Be Taught - What Can Be Taught

Things That Can't Be Taught


By Roger C. Schank

July 17, 2009

Roger C. Schank

Most people would agree that personality cannot be changed. Children are born with distinct personalities. Mothers often compare their children by saying, "They even behaved differently in the womb!" One child is aggressive while the other is contemplative. One is constantly talking while the other hardly says a word.

The study of personality falls into the realm of psychology, although it's difficult to be very scientific about such things. In psychology, there are five major traits, known as the "Big Five"—openness, conscientiousness, extraversion, agreeableness, and neuroticism—though most individuals fall somewhere along a continuum, rather than at the extreme ends, of these characteristics.

My point here is to address an issue in education and training that's not well understood: It's not possible to teach or train individuals to do things that are not in line with their personalities. This matters because much of what we try to teach in school and train in the real world is really an attempt to alter personality.

Roger C. Schank quote For almost 25 years, I've been building what are now called e-learning systems. One of my least favorite subjects, which comes up frequently, is integrity and compliance. I'm often asked to work on this subject, and usually what's being asked is impossible.

Most e-learning providers simply do what they're asked, without pointing out—if they even know—that what the client wants won't work. Some things cannot be taught. Unfortunately, as my mother would have attested if she were still around, I was born honest to a fault. I cannot build an e-learning system that I know won't work, any more than I was able to keep myself, as a child, from becoming hysterical if my mother walked out of a store and forgot to pay.

Years later I'm still hysterical about fraudulent e-learning, namely those programs that claim to teach subjects how to alter their personality traits. Of course, they don't claim that, but that's what they're doing nonetheless.

Training People to Have Integrity
Recently I was presented an opportunity to teach integrity and compliance to the employees of a large company that bids on RFPs. Bidding is part of a legal process and the company wanted its employees to stay within the guidelines.

Not surprisingly, the guidelines included an array of rules spelled out in a complex document—typically a signed legal contract for potential bidders. One would have to read the contract to know those rules. The company wanted its employees to be trained to carefully read the contract.

Its solution was to put the employees into fictitious situations, such as: Sheila has not read the contract, and unaware, she violates a rule she didn't know existed. In turn this, failure to properly read the contract creates serious problems for the company. (Much of e-learning is presented in this manner.)

Here's another example:

You're the manager of a large project, which needs to finish on time and is over budget. Do you:

a. steal money
b. lie about the time you have spent
c. tell the company they can keep their damn project
d. carefully explain to your superior the problems that exist and let him decide.

Can people actually learn from stuff like this? Of course not, but everyone feels better after it's produced. And if this stuff makes the client happy, then build more of it, by all means.

But, if you want to address real issues, we need to discuss personality and how it relates to e-learning.

Picking the Right Answer
I have long insisted that learning has to be experientially-based. Twenty years after I proposed building complex social simulators, the e-learning community has interpreted this as telling people they're in a situation that they may or may not relate to instead of actually putting them in a realistic simulation. The reason for this always comes back to money, with something getting lost in translation.

Suppose I ask you to image yourself as a major league baseball player.

Your team is down by one run with one out in the bottom of the ninth with the bases loaded. What would you do on the first pitch?

a. Take the first pitch,
b. Look for a fast ball,
c. etc.

The problem with this scenario is that there is a right answer, but it depends on many variables. Do you know this pitcher's habits? How have you been hitting today? How fast is the runner on third? Pretending that we can abstract a situation with a simple description and then suggest there is a right answer is absurd. But more importantly, if you've never actually been in that situation—if you've never played baseball—your comprehension of the unmentioned details is likely to be zero. Attempting to teach anything through short situational descriptions followed by multiple choice answers is just dumb.

Why then do e-learning companies continue to build these types of courses? Answer: Because the client wants them to.

What does this have to do with personality traits? Well, I play baseball and my response in that situation would depend on my personality in many ways. It would also depend on making an accurate assessment of my own abilities. What it wouldn't depend upon is deep thought.

Professional athletes do not owe their success to superior cognitive abilities. What they do have is superior physical abilities, and they rely on gut reactions for quick decision-making instead of thinking. They do what they "know." Coaches may try like crazy to get them to think first, but you can easily spot the 20-year veteran player getting chewed out by his coach in the dugout after being asked, "What were you thinking?" Nothing. He wasn't thinking. Correct action is rarely about thought, especially when there is little time to think.

Sliding Scale
How do we teach people to do the right thing especially when the right thing is not in line with their personality?

How do we teach nurturance, neediness, aggression, extroversion, or orderliness? I hope if you've read this far you realize that we can't. People are born with these characteristics—they're not learned. The degree to which we exhibit these traits defines our innate personalities. We need to revise the question into one we can answer.

You'll never teach someone who is fundamentally dishonest to be very honest or vice versa. You'll never teach someone who is very aggressive to be passive. What you can do is make people aware of the consequences of their actions and hope they slide over, at least incrementally, on the personality scale to adjust the attribute you want to change.

How does this help your client? You can suggest hiring people to do jobs that fit their personalities. Hire hostesses who are really nice people and who are really happy to see anyone. Hire chief executives who really like making tough decisions in the face of strong opposition.

Unfortunately this article is not about hiring—it's about training.

Someone who hates details is not a good candidate for being taught how to scrutinize contracts. Someone who loves details is not a great trainee for sales. Being people-oriented is a characteristic that rarely goes hand-in-hand with being detail-oriented. It's not uncommon for companies to deal with the arduous task of training sales people to pay more attention. Telling a client to hire someone else is difficult, since detail-oriented people-persons simply don't exist. It may be a hard pill for HR to swallow, but accountants don't usually relish selling. What to do?

This is where training is needed, but not training in the traditional sense. We need to think about how the mind works, specifically how the unconscious mind learns to make decisions.

Don't Try to Change Me
If you have a strong character trait, you've probably come to grips with its up sides and down sides. Take honesty for example. People appreciate honestly, but not when they want to know if they look like they've put on a few pounds. People dislike dishonesty, unless you're taking clients to a restaurant that they think is impressive (but that you secretly hate), while schmoozing them into closing a business deal. We have mixed feelings about honesty, as we do about most personality characteristics. We like friendly people, but we dislike overly friendly people. As teenagers we often try to be all things to all people, but soon realize we simply have to be ourselves and seek out work and friends that suit us.

Personalities are not conscious. We don't choose which traits to have, and we may not even be aware of how others perceive us. We do what we feel comfortable doing, and we push on... until we meet integrity and compliance officers.

They tell us to read every detail of a contract to make sure we are in compliance. Those who are detail-oriented, fearful of making errors, introverted, and sensitive do it without question, whereas those who are gregarious, confident, and aggressive figure they can get by without it. What's an integrity and compliance officer to do?

Here's what not to do:

  1. Don't try and tell people who act naturally one way to act differently.
  2. Don't make an example of the idiot who did it wrong: "See how dumb that guy was? And look what trouble he got into!"
  3. Don't lecture on the benefits of behaving the way the company wants its employees to behave.
  4. Don't write a manual with correct behavior that no one will read.
  5. Don't build an e-learning course with multiple choice answers, one of which is "the right thing to do."

The mind is organized around experiences. We remember our experiences and index them so that we can find them later. No one knows quite how this process works, but cognitive scientists have some ideas. You can't find an experience that was indexed wrong, for example.

Correct indexing involves figuring out the goal related to an experience and the conditions that allowed that goal to be achieved or not. We don't do this consciously. We learn by doing, that is, we learn from experience and from thinking about those experiences. When we have understood our experiences well enough we can (unconsciously) index them, and when we need to draw upon those experiences, we know where to find them. (This is what I call being reminded.) Experiences get labeled when we think about them and not otherwise.

So the real question for an integrity and compliance officer is, "How can we get people to think about integrity and compliance issues?" This thinking needs be done over time in a complex way and voluntarily.

How might we do that?

About the Author
Roger C. Schank is one of the world's leading researchers in AI, learning theory, cognitive science, and the building of virtual learning environments. He is President and CEO of Socratic Arts, a company whose goal is to design and implement low-cost story-based learning by doing curricula in schools, universities, and corporations.

From: Joan Vinall-Cox
(email)
JNthWEB.ca Consultant & Sessional at University of Toronto at Mississauga
Creating Jobs that Fit
Date: 09/03/2009 12:33:08

From the other side of the picture - creating jobs to fit the people's skills.
From http://autismaspergerssyndrome.suite101.com/article.cfm/welcoming_autistic_workers_at_specialisterne
"Many people with autistic spectrum conditions struggle to succeed in the workplace, even if they are intelligent and skilled. The difficulties with social interaction that are common in autism and Aspergers Syndrome can make working in a typical group environment highly stressful for an autistic person, and their social awkwardness or unusual mannerisms often mean that they are negatively prejudged by potential employers before they can prove themselves.
On the other hand, it has often been pointed out by a number of autism researchers and experts, such as Simon Baron-Cohen and Tony Attwood, that people on the autistic spectrum often have enhanced abilities in areas such as logic, maintaining intense focus and concentration, understanding the rules and behavior of systems, visual memory, and attention to small details. It is traits like these that Sonne seeks to tap into."

From: Ken Allan
(email)
The Correpondence School New Zealand
The Whole Picture
Date: 07/26/2009 10:36:43

Kia ora e Roger!
While I agree in part with your post statement, I believe it is not the whole story. Personality is not the only reason why some things are difficult to teach. As well, my feeling is that personality is not the most important factor when it comes to learning difficulties either. There are many more reasons for such difficulties and it would be inappropriate to attribute all or even most problems associated with this to personality.
While morality and ethics appear to be cornerstones for behaviour, it's the interpretation of those qualities in the context of the environment of those who uphold them that has the most bearing. Within what may be regarded as a 'criminal organisation', despite the apparent lack of morality or ethics it is often found that these do exist within the organisation and are adhered to - sometimes on pain of death.

From: Peter J. Fadde
(email)
Southern Illinois University
Training of Intuition?
Date: 07/21/2009 05:15:24

Great commentary on "training the un-trainable". But I think we can expand our idea of what is trainable -- in particular aspects of expert performance that appear to be intuitive but are actually highly developed and automated cognitive processes. In baseball, research shows that expert batters pick up cues in the pitcher's motion and early ball flight that allow them to identify the type of pitch and predict it's location. The expert batters typically cannot articulate their pitch recognition process, but it is measurable and also trainable. Indeed, it's possible to train the pitch recognition skills that differentiate expert batters in an eLearning environment, separate from psychomotor skill execution [see research on my website: http://web.coehs.siu.edu/units/ci/faculty/pfadde/]. I wonder if similar approaches can be used to train "intuition" in something like ethical behavior. We may not be able to change people's basic honesty, but if we determine that recognizing ethical dilemmas(as opposed to knowing the right answer in a presented dilemma) differentiates highly ethical performers, then that is perhaps a cognitive skill that we can train.

 

What Can Be Taught: Part I

http://elearnmag.org/subpage.cfm?section=opinion&arti...
http://elearnmag.org/subpage.cfm?section=opinion&arti...
http://elearnmag.org/subpage.cfm?section=opinion&arti...

By Roger C. Schank

September 16, 2009

Roger C. Schank

Not everything we would like to teach can be taught. Similarly, not everything we would like to learn can be learned, especially if we are taking the wrong approach to learning. In a previous column, I discussed things that can't be taught. Here I discuss what can be taught.

In this two-part article, I discuss the kinds of thing we can learn. I consider how we can best approach learning by listing 16 types of learning. There may be more, but those 16 will at least cover enough ground to describe how human learning looks. The types of learning are divided into four groups: 1) conscious processes, which I will cover here in Part I, 2) subconscious processes, 3) analytic processes, and 4) mixed processes (nos. 2, 3, and 4 are covered in Part II).

Notice first that all the types of learning are types of processes. All processes require practice in order to master them. You cannot master a process without practicing it again and again. Feedback and coaching help.

One problem in such a discussion is that we are used to, (because we went to school) thinking about what needs to be learned in terms of subjects: literature, algebra, biology, political science, and so on. We think this way because school was originally organized by academics who specialized in these subject areas. They set up the lower schools up on the basis of their areas of expertise.

When I was working in AI, I began to realize that what I needed to teach the computer to do in order for it be smart was a far cry from what people thought it needed to be taught.

People assume we needed to tell the computer facts about the world-similar to the kinds of information we typically believe children should learn in school-and that these facts would make the machine smart. But what computers lack is intelligent capabilities, not information.

It's simple enough to fill a machine with information, but when you're done, the machine is only able to tell you what you told it. If that were a child, we'd say he had brain damage.

Intelligence and the learning required to create useful knowledge are capabilities. If we wish to teach people, it's important to ask what capabilities we want them to have when we are done-not what we want them to know.

Conscious Processes
1. Prediction: Making a prediction about the outcome of actions.
Making a prediction is a kind of experiential learning about everyday behavior in its most common form. It includes learning about how to travel, eat, and get a date. In its complex form, it is how one learns to be a battlefield commander or a horse race handicapper. One learns how to make predictions through experience by trial and error.

Roger C. Schank

The cognitive issue is building up a large case base and indexing it according to expectation failures as described in Dynamic Memory.

We learn when predications fail. When they succeed, we fail to care about them because most of the predictions we make are uninteresting: "I predict the room I just left will look the same when I return."

Learning to predict what will happen next requires repeated practice in each domain of knowledge. There is some transfer across domains, but not that much. (Learning to buy an airplane ticket is somewhat related paying the bill in a restaurant, but not that much. You might use a credit card in each, for example.)

2. Judgment: Making an objective judgment.
There are two forms of judgments, both involving decisions based upon data.

In the first, there is no right answer, such as deciding if you prefer Baskin Robbins or Ben & Jerry's ice cream. We make judgments and record them for use later. We find ways to express our judgments: "Ben & Jerry's is too sweet," for example. We learn what we like by trying things out. A sommelier learns about wine by drinking it and recording his reactions and thoughts so he can compare his notes about one wine to a different wine later on.

The second form is reasoning based on evidence. Judges learn in this way, as do psychiatrists and businesspeople. They collect evidence, form a judgment, and later they may get to see if their judgment is correct. When asked, they can state clear reasons why they decided the way they did. The sommelier can give reasons as well, but the evidence for taste is not really all that objective. (Of course, the evidence may be found after the judgment is made. People are not always entirely rational.)

To learn to make objective judgments, one needs constant feedback either from a teacher, or colleague, or from reality. One needs to think about what was decided and why. People who are good at this are good at it because they have analyzed their successes and failures and can articulate their reasoning. Learning requires repeated practice.

3. Modeling: Building a conscious model of a process.
We need to learn how things work. A citizen knows, presumably, how the electoral process works. Someone looking for venture capital should know how fundraising works.

Processes need to be learned for people to effectively participate in them and propose changes to them. Building a conscious model of a process matters a great deal if you want to make the process work for you. If you want to get into college, you need to understand the application and admittance process. This cannot be learned from experience in a serious way because an college applicant does not actually experience the entire process. Having it explained may not work that well either because hearing an oral explanation does not create a complete understanding of a process. Designing it, modifying it, and participating in simulations of it work much better as learning methods.

4. Experimentation: Experimentation and re-planning based on success and failure.
This is probably the most important learning process we engage in while living our lives. We make life decisions and we need to know when we need to change something.

There are big decisions, like getting married or deciding how to raise a child or whether to change jobs, and little decisions, such as changing your eating or sleeping habits.

We make decisions on the basis of what has worked before and what has failed to work. But we tend to make life decisions without much knowledge. We don't know how our bodies work all that well, and we don't really know how the world works or what it has in store for us.

Thinking about these issues and learning from failure is a pressing need all through life. Learning to analyze what has worked what has not and why is part of living a rational life. These things are learned by living and talking about our experiences-hearing stories from others' as well as hearing our own stories as we construct them-thus creating a database of stories that we can rely upon later.

We can learn about life through reading, watching movies, and other media, too. We like stories in all these forms precisely because they focus on life issues. Most conversation depends upon story exchange. The more emotional a story is, the more likely it is to be remembered. The cognitive tasks are story creation, comparison, indexing, and modification.

5. Describing: Creating and using conscious descriptions of situations to identify faults to be fixed.
When problems exist in any situation we need to be able to describe and analyze those problems. We need to be able to describe them in order to get help from people who may know more about the situation than we do. We learn to focus on critical issues.

In order to do this, we also need to be able to analyze these situations to see what was supposed to happen and why it isn't happening. Consultants who fix failing businesses do this sort of thing all the time, as do doctors when consulting on difficult cases. Learning to create a careful description of a situation is a skill which only be learned through practice.

6. Managing: Managing operations using a model of processes and handling real time issues; case based planning.
There is a big difference between learning how a process works and managing it. As we gain more responsibility, we tend to have to learn to manage the processes that we are part of. We may become managers of groups we belong to or we may want to start up our own processes. Either way we need to not only know why the process worked the way it did when we arrive, we also need to know how it improve the process. This means building up a series of cases (indexed in terms of their role in the process) about faults in a process and known (or invented) solutions to rely upon when suggesting changes. The cognitive strategy here is called case-based planning.

Part II
In Part II of this article, I continue discussing the 16 types of learning by looking at the three remaining processes: subconscious, 3) analytic, and 4) mixed processes.

About the Author
Roger C. Schank is one of the world's leading researchers in AI, learning theory, cognitive science, and the building of virtual learning environments. He is President and CEO of Socratic Arts, a company whose goal is to design and implement low-cost story-based learning by doing curricula in schools, universities, and corporations.

 

 

 

What Can Be Taught: Part II

By Roger C. Schank

September 17, 2009

Roger C. Schank

In a previous column, ("Things That Can't Be Taught"), I opened up the idea that there are some things that can't be taught, even though some e-learning tries to teach them. Then, in Part I of this article, I looked instead at things that can be taught and began outlining the different ways through which we learn them, which can be categorized into the processes that inform them: conscious processes, subconscious processes, analytic processes, and mixed processes.

In Part I, I wrote about learning through conscious processes. Here, I will look at the other three.

Subconscious Processes
1. Step-by-step: Learning to execute a step-by-step subconscious process .
Most of what we know how to do we practice on a daily basis. We may have consciously learned each step initially, but over time and with practice, we begin to do certain things mindlessly.

For example, we can talk and drive a car at the same time. Driving is more difficult while talking on the phone because we have a tendency to look around and change our gaze unintentionally while talking on the phone, hence distracting us from the road. When we ride a bicycle or sign our name, we are tapping into a subconscious process. Speaking and understanding our native language uses a subconscious process. When we watch a sporting event, we use a subconscious process. We react quickly and easily without knowing the details of what we're doing or how we're doing it.

When we try to consciously modify such processes, by telling ourselves to listen more carefully or watch the ball more intently before swinging, for example, we often cannot actually change the behavior.

We learn by doing in the beginning. Once we have fixed ways of behaving, we typically stop learning. To gain a subconscious process, one simply has to do the thing all the time, and it gradually improves. There's no substitute or shortcut.

2. Artistry: Improving an artistic (no defined rules) judgment.
There are no rights and wrongs in what we like, but there is general agreement about what makes a work of art great. The factors to be considered are not necessarily conscious, although for experts they typically are.

In these more subjective and subconscious areas of life and learning, it is more a matter of trying to understand what feels right than to understand why it feels right. There is a difference between being someone who can make an artistic judgment and being an art expert. One might learn to notice things that one had failed to notice before if someone takes the time to point them out. Learning to make artistic judgments is about learning to notice and appreciate one's concept of beauty, which changes when one's focus changes.

Practice is a key idea here as is the assembling of a case base to use as a comparison set. Nevertheless the comparison set is not usually conscious. One can like something because it is pleasing without realizing (or caring about) why it is pleasing.

3. Values: Making a value judgment.
Values are another subconscious idea. We don't necessarily know the values we have, and we haven't necessarily learned them consciously. We should value human life over property, but whether we do or not we only find out if the situation arises. Perhaps husbands should value helping their wives over watching football, but that doesn't mean they will.

It's tempting to try and teach values, but values are acquired so early in life and in so many subtle ways that nobody over the age of 10 is likely to be much affected by someone else tells them they should or shouldn't value.

In important areas of life, on the job and in child-rearing, for example, our values come into play. If a parent believes that nurturing her child's self confidence is of greater value than correcting his mispronunciations, she will soon find that her child speaks unintelligibly or unintelligently to others. The consequences of our values manifest themselves every time we make a value-based decision.

Nevertheless we do need to learn to make value-based judgments, and it requires that we know what our values are. Confronting a person with the rationality of the value system they have unconsciously adopted can help them change, but it isn't easy.

Analytic Processes
1. Diagnosis: Making a diagnosis of a complex situation by identifying relevant factors and seeking causal explanations.
Diagnosis is a very important skill and one that needs to be learned both in principle and in each domain of knowledge separately. Diagnosing heart disease isn't a different process in principle from diagnosing a faulty spark plug. Nevertheless a specialist is the best person to make the diagnosis in each case. Why? Diagnosis is both a matter of reasoning from evidence and understanding what to look for to gather evidence. Given all the evidence, it is easy to make a diagnosis in an area of knowledge you don't know very well. So, the gathering of the evidence is the most important part. Crime analysts and gardeners diagnose frequently, too. They all reason from evidence. They know what constitutes important evidence.

Analytic processes involve attention to details that enable the forming of hypotheses that can be tested by a variety of methods. These three pieces—determining evidence, forming hypotheses, and testing hypotheses—is commonly referred to as the scientific method.

When science is taught, teachers often dwell on the facts of science rather than the process. Diagnosis is about the process. But the process isn't of much use without domain knowledge.

Domain knowledge is often about causality. Experts know what causes an engine to misfire so they know where to look to find a faulty part. Experts also know that an engine is misfiring in the first place. Determining the cause of something is the real issue in comprehension of any given domain.

We learn to diagnose and understand what causes what consciously. We can learn diagnosis by being taught to by an expert, but it needs to be taught as part of the process of diagnosis. If you have a goal, such as understanding what is broken or has gone awry, then it is much easier to acquire information that helps you pursue that goal than to acquire that same information without that goal.

To learn diagnostic skills, we need to practice on more and more complex cases within the area of knowledge. Then, a second area of knowledge can be added.

2. Planning: Learning to plan; needs analysis; conscious understanding of what goals are satisfied by what plans; use of conscious case-based planning.
People plan constantly. Often their plans aren't very complicated. "Let's have lunch" is a plan. Sometimes we make much more complex plans. A football coach makes plans to fool the defense ("plays"). A general makes battlefield plans. A businessman writes business plans. An architect draws up architectural plans.

All these more complex plans have a lot in common with the "let's have lunch" plan. Namely, they have been used before or something quite similar has been used before.

People rarely write plans from scratch. When they do, they find the process very difficult and often make many errors.

Learning to plan therefore has two components: being able to create a plan from scratch and being able to modify an existing plan for new purposes.

The first one is important to learn how to do, but it is the latter ability that makes one proficient at planning. Planning from first principles is actually quite difficult. Normally people just modify an old plan, such as, "Last week we had steak; this week let's try lamb chops."

This doesn't sound like rocket science, and it isn't. Computer programmers write new programs by modifying old programs. Lawyers write contacts by modifying old contracts. Doctors plan procedures by thinking about past procedures. In each case, people try to improve on prior plans by remembering where these plans went wrong and thinking about how to improve them.

Acquiring a case base of plans is critical. We can modify plans from one domain of knowledge to use in another, but it's not easy and requires a level of abstraction that is very important to learn. Most creative thinking depends on this ability to abstract plans form one field of knowledge to another. We learn by practicing.

3. Causation: Detecting what has caused a sequence of events to occur by relying on a case base of previous knowledge of similar situations (case based reasoning).
All fields of knowledge study causation; biology, physics, history, economics, they are all about what causes what. The fact that this is an object of study by academics tells us right away that it is not easy and no one knows for sure all the causes and effects that exist in the world.

Because of this, acquiring a set of known causes and effects tends to make one an expert. A plumber knows what causes sinks to stop up and knows where to look for the culprit. A mechanic knows what causes gas lines to leak and knows where to look. A detective knows what causes people to kill and knows where to start when solving a murder case.

Causal knowledge is knowledge fixed to a domain of inquiry. Experts have extensive case bases. Case bases are acquired by starting on easy cases and graduating to more complex ones. It is important to discuss the cases one works on with others because it makes one better at indexing them in one's mind enabling one to find them later as needed.

Mixed Processes
1. Influence: Understanding how others respond to your requests and recognizing consciously and unconsciously how to improve the process.
Human interaction is one of the most important skills of all. We regularly interact with family, friends, colleagues, bosses, romantic interests, professors, service personnel, and strangers. Communicating effectively is very important to any success we might want to have in any area of life, but, we do not know why we say what we say, nor do we really understand how we are being perceived by others. We just talk and listen and go on our way.

Some people are loved by everyone and others are despised. It's wrong to assume that we know what image we project or that we are easily capable of altering the way we behave so that we will be perceived differently.

How do we learn to become conscious of inherently unconscious behavior? We can learn to behave differently if we become consciously aware of the mistakes we make. Watching others, watching ourselves, thinking about how to improve-- all this helps us make subconscious behavior into conscious behavior.

We unintentionally return to standard ways of acting in various situations. A wallflower at a party doesn't decide to be a wallflower; it is simply behavior she is comfortable with. If no one is harmed by these subconscious choices, then there is no need to fix anything.

But, often we treat others in ways that, had realized what we were doing, we might not have. Getting along with people is a very big part of life. Each of us has our own distinct personalities, and they often don't match with our ambitions and desires. To change behavior, we need to practice new behaviors that become as natural to us as our old behaviors. The only way to do this is to do it. Others can point out that your actions and behaviors are not in line with your needs and desires (think of a smoker who says she wants to quit), but that does not mean you can easily change. Change only occurs through new behaviors, practiced over and over. Coaching, or practicing new behavior in front of a critique, can aid in the process. Written communication is handled the same way.

2. Teamwork: Learning how to achieve goals by using a team, consciously allocating roles, managing inputs from others, coordinating actors, and handling conflicts.
It is the rare individual who works all alone. Most people need to work with others. Children, who have to be taught to "share," are not naturally good at teamwork. Sometimes, as a work-around, they will participate in "parallel play," where they play near each one another, but not together.

Getting kids to cooperate isn't easy. Usually one wants to dominate the other. There's nothing wrong with that per se. People are who they are and need to assume roles anytime they're on a team that are consistent with their personalities. One person plays quarterback and another blocks. People do not have to do the same thing in order to work together.

But they do need to get along and function as team. It's no more true of sports than the workplace. People learn to work in teams by working in teams and receiving helpful advice when a team is dysfunctional. Football coaches explicitly teach teamwork. More formal learning situations often don't, which is unfortunate. It really isn't possible to get along in the real world unless you can assume various roles in a team that fit who you are at heart.

3. Negotiation: Making a deal; negotiation/contracts.
Contracts, formal and informal, are the basis of how we function. We reach agreements in business, marriage, friendship, shopping, and at school.

Parties to those agreements have the right to complain if obligations are not met. Learning to make a contract, legal or not, is a big part of being a rational actor. To make a contract one must negotiate it. Negotiation is often seen as something only politicians and high powered business leaders do. But, actually, we negotiate with waitresses for good service and we negotiate with our children when we give them an allowance.

Learning how to negotiate can only be done by trying and learning from failures. The techniques tend to be context-independent, but, there is, of course, special knowledge about real estate and politics for example, that make one a better negotiator in each situations. Again, practice with coaching is the ideal way to learn negotiation.

4. Goals: Goal prioritization; managing internal conflicting goals; implicit, non-conscious understanding of relative importance; learned by living.
We all have goals, but which ones are more important than the others?

We know subconsciously that if there is a fire, we should try to save children before we try to save the burning building. Perhaps prioritizing human life over an inanimate structure is taught in fire safety school, but there is no human who does not implicitly understand that it. Dogs understand it!

If we want to be rich but will lose the respect of people we care about in order to be rich, we need to make a conscious determination about goal priorities. If we want to get a degree but we also want to support our family, we need to think about how to manage more than one goal that competes for our time.

Goals conflict with each other all the time both internally and externally. Not only must we deal with goal conflicts caused by our pursuit of multiple goals simultaneously, we must also deal with external goal conflicts. Children learn about these early on when they compete for use of a toy, and later for the admiration of a playmate. We compete for power, status, money, success—all external goal conflicts. Understanding how to manage goal conflicts is extremely important.

Goal prioritization can be taught again by acquisition of cases and extrapolating from prior experience.

About the Author
Roger C. Schank is one of the world's leading researchers in AI, learning theory, cognitive science, and the building of virtual learning environments. He is President and CEO of Socratic Arts, a company whose goal is to design and implement low-cost story-based learning by doing curricula in schools, universities, and corporations.

15:40 Publié dans Management | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : e-learning | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12.09.2009

HEC/UTLS - Vivre ou survivre après la société de consommation : 4 scénarios à l'horizon 2050

Une conférence du cycle : "Développement durable, la croissance verte : comment ?" : Vivre ou survivre après la société de consommation : 4 scénarios à l'horizon 2050 par Nathalie Rusé, Diane Julien de Zélicourt et Yann Devaux, (étudiants à HEC)

A partir d'un rapport réalisé par Yann Auger, Mariam Bouzoubaa, Yann Devaux, Jean Fox, Diane Julien de Zélicourt, Thomas Lebreuil, Nathalie Rusé, de films créés par ces étudiants et Bruno Raymond-Damasio, réalisés par Bruno Raymond-Damasio et produits par la société La Mandarine.

L’intégralité de la conférence présentée par les 3 étudiants d’HEC Alternative Management  à l’UTLS (Université de tous les savoirs) :  http://www.canal-u.tv/producteurs/universite_de_tous_les_...

Le rapport qu’ils ont rédigé : http://www.hec.fr/amo/fiche_detail.php?num=85

Les 4 scenarios de déconsommation présentés à l’UTLS en Juin 2009 qu’on peut retrouver sur Dailymotion :

Quatre films pour évoquer une société de la déconsommation à l'horizon 2050. Ces films ont été réalisé dans le cadre de l'analyse prospective "La déconsommation en France à l'horizon 2050" mené par la majeure Alternative Management d'HEC Paris.

Réalisation : Bruno Raymond-Damasio.
Produit par la mandarine sous licence Creative Commons (2009) http://www.lamandarine.com  avec Clémentine Aznar, Thierry Le Cain, Olivier Bismuth, Georges d'Audignon, Virginie Foucher, Olivier Valverde.
Scénario de : Yann Auger - Mariam Bouzoubàa - Yann Devaux - Jean Fox- Thomas Lebreuil - Bruno Raymond-Damasio - Nathalie Rusé - Diane de Zélicourt
Production et post-production : la mandarine
Montage et Effets Spéciaux: Bertrand Boissimon - Thomas Corbe - Guillaume Josset
Remerciements à Eve Chiapello et Karim Medjad, directeurs de la majeure. http://www.hec.fr/amo

Présentation des 4 films

Notre avis : Ces scenarios ne prennent toute leur valeur que s'il possible de se réserver un peu de temps pour suivre la conférence de l'UTLS ou lire leur rapport...

1e scénario pour 2050 - LE GOULAG VERT

2e scénario pour 2050 - LABEL VIE


LABEL VIE
envoyé par deconso-hec.

3e scenario

4e scenario :

Pas encore trouvés sur Dailymotion

11.09.2009

ADEME – Le débat Maitrise de l’énergie (clôturé juillet 2007). Fiche d’information “facteur 4″

Articles d’actualité :

Fiche d’information “facteur 4″

La division par 4 à l’échelle de la France et par 2 à l’échelle du monde des émissions des 6 Gaz à Effet de Serre (GES) actuellement couverts par le Protocole de Kyoto nécessitera d’activer au cours des 20 à 30 prochaines années une gamme cohérente de mesures (ex : mécanismes économiques, réglementation, cadre institutionnel) dans l’ensemble des 6 secteurs émetteurs de GES (agriculture et pêche, production d’énergie, industrie manufacturière, bâtiments résidentiel et tertiaire, transport et utilisation des terres).

L’objectif « facteur 4 » repose sur les hypothèses simplifiées et le raisonnement suivant.

  • Selon le GIEC [1], pour une stabilisation de la concentration atmosphérique en CO2 à 450 ppm [2], la croissance de la température s’établirait dans une fourchette comprise entre 1,5 et 3,9°C. Autrement dit, la probabilité pour qu’on reste en dessous de 2°C pour une concentration de 450 ppm est largement inférieure à 50%.
  • Cet objectif de 450 ppm est sans doute le plus bas qu’on puisse se fixer puisque nous sommes aujourd’hui à 382 ppm avec une croissance proche de 2 ppm par an qui ne s’atténuerait que progressivement, même si nous supprimions toute émission.
  • Pour stabiliser à 450 ppm, il faut avoir réduit les émissions annuelles mondiales en 2050 à 4 Gt [3] de carbone, soit, pour une population actuelle de 6,5 milliards d’habitants, 0,6 t de carbone par habitant et par an.
  • La France, avec 61 millions d’habitants, aurait droit, pour une répartition proportionnelle au nombre d’habitants, à 38 Mt de carbone, c’est-à-dire une division par quatre par rapport à ses émissions actuelles (140 Mt C).

L’expression « facteur 4 » n’est en fait directement mentionnée dans aucun rapport du GIEC. Il ne figure pas plus dans un texte réglementaire de l’Union européenne qui définirait la stratégie de long terme face au changement climatique. Par ailleurs, les pays ayant formulé des engagements ou des objectifs de long terme n’utilisent pas cette référence. En France, le concept « facteur 4 » a été intégré dans la vie politique par le Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin. Celui-ci a déclaré, lors de l’ouverture de la 20ème session plénière du GIEC, le 19 février 2003 à Paris, qu’il faut « diviser par deux les émissions de GES avant 2050 à l’échelle de la planète » ; pour la France, pays industrialisé, « cela signifie une division par quatre ou par cinq. En vertu du principe de responsabilité commune mais différenciée, nous devons montrer l’exemple en matière de mise en œuvre des politiques domestiques de lutte contre l’effet de serre ». Cet objectif a été ensuite repris dans l’article 2 de la loi de programme fixant les orientations de la politique énergétique du 13 juillet 2005.

Plus globalement, au niveau international, l’enjeu d’une stratégie de type « facteur 4 » est de voir les gouvernements reprendre le contrôle de leur futur énergétique. Les changements dans les modes de production et de consommation devront être majeurs (l’ampleur du chantier à mener s’agissant des bâtiments existants ou de l’automobile suffit pour en convaincre). Il s’agit donc bien d’écrire, et non d’essayer de décrire, le futur à l’horizon 2050. Il s’agit bien de politique et non de prévision.



Les éléments explicatifs du concept de facteur 4 présentés dans cette fiche sont extraits du rapport du groupe facteur 4 présidé par Christian de Boissieu.
[1] GIEC : Groupement international d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).
[2] ppm : parties par millions, une mesure de concentration.
[3] Gt : giga-tonnes ou milliards de tonnes. Mt : méga-tonnes ou millions de tonnes.

09.09.2009

The Ecologist - Designing out waste means rethinking the system

Grosso modo :

Toute décision de conception d'un système a un impact sur la performance future du système et son environnement : profit, meilleur service, sécurité et bien-être, plus rarement efficacité écologique.

Le découpage conceptuel d’un système en sous-systèmes, qui permet de passer d’un problème complexe à une liste de sous problèmes spécialisés plus simples à manager, favorise des prises de décisions locales  optimales sous réserve que rien ne change par ailleurs.

Mais dans un tel processus, toute tentative d’optimisation de la conception du système à un niveau global ne peut être réalisée qu’en appliquant des améliorations incrémentales ponctuelles, puis en observant leurs impacts sur le système en terme d’interactions entre composants et de changement de comportement global du système.

On peut résumer cette situation en disant que le système global émerge à travers des itérations de conception et d’essais plutôt qu’il n’est conçu activement, et qu’en général jusqu’à présent les décideurs ont toujours limité sévèrement toutes itérations, ne serait-ce que pour des questions de compétition qui induisent implicitement d’acquérir un avantage concurrentiel juste nécessaire pour pouvoir faire face à n’import quelle évolution future du marché.

Finalement, en matière de gestion des ressources, alors qu’au cours du cycle extraction, utilisation, gestion des déchets, nous ne payons que le terrain, les coûts du travail et de l’énergie et le moins possible à la planète pour les dégradations, la conception d’un système de gestion des déchets au niveau global est d’autant plus difficile que cette gestion est indépendante du système qui  génère les déchets, et que chaque producteur de déchets peut choisir d'accepter le coût supplémentaire d’une taxe pour autant que leurs concurrents suivent le même chemin

En contrepartie de ces abstractions étranges sur la conception des système, la conférence de Pierre RABHI au Corum de Montpellier relatée en 2 partie par Montpellier Journal :

http://www.montpellier-journal.fr/2009/09/nous-sommes-au-...

http://www.montpellier-journal.fr/2009/09/%e2%80%9cune-fa...

Steve Evans, 8th September, 2009

Design is everywhere, deciding how things look, how they work and how systems run. But effective ecodesign is difficult when decisions are made in isolation, says Steve Evans

The greatest challenge is the industrial system itself

Everyone does design. Some of us have qualifications in it. But others do it by deciding what should be in an insurance policy, how polite the waiter should be, when the bus arrives or the shop opens, or even how many bins are to be collected.

All these decisions are design decisions shaping the future performance of the system, including its environmental performance.

We typically design something with a particular intention: for profit, or to deliver the maximum service or welfare. We rarely design for eco-efficiency. Achieving this requires that environmental improvements in one part of the system are not immediately lost elsewhere.

A good ecodesigner should be worried about how their decisions affect other connected parts of the system. But individuals are usually limited in the scope of their influence. For example, the insurance designer will find it difficult to change the shape of the health system or criminal justice system, so will naturally design their part of the system assuming that other parts remain stable. Most designers are busy optimising sub-systems, while no designer is responsible for the whole.

Ecodesign has therefore been limited to incremental improvements. Waste is one of the most challenging outcomes of a poorly designed industrial system. Indeed the industrial system as we currently recognise it is emergent rather than actively designed.

Competition is unlikely to change this as each actor cannot guarantee that other actors will co-operate. Yet guaranteed co-operation is needed before investment can be made in new business models, such as take-back and leasing.

Many excellent writings and teachings emphasise ‘system-level change’ or whole system design. This concept contradicts many of our professional instincts.

Instead of starting with a tough problem and reducing it to sub-problems allocated to subject experts, resulting in solutions we expect: more technology and incremental performance improvements, we embrace the whole problem and look for useful interactions between the components.

This is obviously difficult to accomplish, and possibly mad when described at such an abstract level, but an example may help:

  • We can make Internal Combustion Engine (ICE) cars that do 50 mpg. Indeed, 70 mpg is becoming the benchmark for new car launches. Hybrids are more complex and perform about the same as the better diesel cars. Electric cars offer emissions at the power-station, with the G-Wiz delivering the CO2 equivalence of about 150 mpg but current hydrogen fuel cell cars are no better than the average vehicles of today.
    None of these deliver the radical changes in performance that we urgently need.
  • Amory Lovins, of the Rocky Mountain Institute, addressed the technology challenge 15 years ago by proposing to design a car around the hydrogen fuel cell rather than making a fuel cell behave like an ICE. By investing in making the car lighter and more aerodynamic, the fuel cell would be smaller and cheaper and the resulting fuel savings would pay for any additional vehicle cost. Lovins recognised that this would only work if the vehicle was leased and not sold.  Yet these cars never made it to the market.
  • That thought troubled Hugo Spowers, one-time owner of Prowess Racing, a motorsport business. He spent years developing a new governance structure for his business, now called Riversimple, which makes all stakeholders equal partners, removing the dominance of founders and investors.

    Concerned that a minnow could not compete with the big companies with their R&D budgets, Spowers proposed to make the car design open source, gifting the design to a foundation and encouraging others to develop it further and faster than the big fish could. Finally, to reduce the financial barriers to car-making, Spowers chose to design the vehicle to be profitable when built in factories producing 3,000-5,000 cars per year.

Many of these solutions run contrary to current wisdom. It is hard to imagine a current car company making their designs open source for example. So far Riversimple’s whole system thinking has led to multimillion-pound investments and a demonstration two-seat urban vehicle that does the CO2 equivalence of about 300 mpg.

  • For buildings, it seems obvious to invest up-front to reduce energy consumption through the life of the building. But at what, and at whose, cost? Developers and first owners may feel that they are unlikely to get their investment back and the calculations have to assume that other variables remain unaltered to make them possible.

    So we plot curves of incremental levels of insulation versus the energy saved. It is not at all obvious that spending more could eventually lead to such sufficient levels of insulation that heating and cooling systems would not be needed. Removing traditional central heating systems saves a lot of money in house building, making the extra spend on insulation feasible, but this is not built into the traditional cost versus insulation calculation.

These examples emphasise energy during the use phase of the life of a product. This simplifies the whole system design problem and encourages solutions where companies maintain their relationship with the product through its useful life.

  • Waste is more challenging. There is no system more dysfunctional than that of extracting and using resources and managing waste. The language itself emphasises separation.

    Managing waste ignores other parts of the systemIf we want to design out waste, we have to start at the level of the whole system.

    For example, we do not pay the planet when it provides us with value, we only pay the direct land, labour and energy costs. The end-of-life equivalent: landfill tax, is beginning to bite.

    But even this is failing to translate into broad responses, as each waste generator can choose to accept the extra cost as long as their competitors follow the same path.

The design of economic instruments that encourage innovation and competition must be an ecodesign priority and individual producer responsibility is an excellent start. The greatest challenge is the industrial system itself.

  • Waste producers must learn how to reduce waste, while the experts, the waste management companies, are hardly incentivised to go to their customers and show them how to reduce their custom. The system acts against innovation.
  • Ecodesigners should be directing their efforts to understanding what the current best in class performance is for all products and systems, and how near (or far) the majority of products and systems are from this.

Then they must demand best in class products and manufacturing practices from suppliers. This works for government procurement and, through legislation, for consumer products and systems.

They would ensure that knowledge of the full energy and resource ‘shadow’ for all products and services are available to producers and consumers and would support massive re-education of the existing workforce.

Finally, they would be very busy designing systems that support and reward significant reductions in energy and resource use, and they would facilitate industry co-operation to deliver whole system-level change.

Ecodesigners have to be willing to embrace the mess of the whole system.

They must actively seek to co-operate with others, and immerse themselves in the reality of the detail.

If we are to transform from a linear model of extraction, use and loss, to a circular material economy then ecodesigners in government and business must work together to design and build radical new systems.

Steve Evans is professor of life cycle engineering at Cranfield University. This article first appeared in Inside Track, the magazine of Green Alliance.

Useful links
Cranfield university

See also

Previous Articles...

18.08.2009

''Paroles de Dégénérations de Mes Aieux !”

Chanson qui a conquis la jeunesse d’AUBAIS pour la fête du 15 Août, ramenée par Guilhem…

Ton arrière-arrière-grand-père, il a défriché la terre
Ton arrière-grand-père, il a labouré la terre
Et pis ton grand-père il a rentabilisé la terre
Pis ton père, il l'a vendu pour devenir fonctionnaire
Et pis toi, mon p'tit gars, tu l'sais pus c'que tu vas faire
Dans ton petit 3 et 1/2 bien trop cher, frette en hiver
Il te vient des envies de devenir propriétaire
Et tu rêves la nuit d'avoir ton petit lopin de terre

Ton arrière-arrière-grand-mère, elle a eu 14 enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en voulait 3 c'était suffisant
Pis ta mère en voulait pas; toi t'étais un accident
Et pis toi, ma p'tite fille, tu changes de partenaire tout le temps
Quand tu fais des conneries, tu t'en sors en avortant
Mais y'a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit d'une grande table entourée d'enfants

Ton arrière-arrière-grand-père, il a vécu la grosse misère
Ton arrière-grand-père, il ramassait les cennes noires
Et pis ton grand-père -miracle!- est devenu millionnaire
Et pis ton père en a hérité, il l'a tout mis dans ses RÉERs
Et pis toi, p'tite jeunesse, tu dois ton cul au ministère
Pas moyen d'avoir un prêt dans une institution bancaire
Pour calmer tes envies de hold-uper la caissière
Tu lis des livres qui parlent de simplicité volontaire

Tes arrière-arrière-grands-parents, ils savaient comment fêter
Tes arrière-arrière-grands-parents, ça swignait fort dans les veillées
Et pis tes grands-parents ont connus l'époque yé-yé
Tes parents,c'taient des discos; c'est là qu'ils se sont rencontrés
Et pis toi, mon ami, qu'est-ce que tu fais de ta soirée?
Éteins donc ta tv, faut pas rester encabaner
Heureusement que dans'vie certaines choses refusent de changer
Enfile tes plus beaux habits car nous allons ce soir danser ...

mesaieux.qc.ca

Catégorie :  People

Tags : family generation nostalgy musique clip montage quebecois quebec folk

Une version où le chant est plus en valeur :

14.08.2009

Blog Paul JORION - Green Business

L’actualité de la crise : Un crime presque parfait, par François Leclerc

Publié par Paul Jorion dans Ecologie, Economie, Monde financier

Billet invité.

UN CRIME PRESQUE PARFAIT

A la faveur de quelle étrange évolution le business peut-il devenir vert, après avoir tant détruit, et bénéficier soudain du label « green business » ? Ce n’est pas compliqué : en constatant que, après avoir suffisamment détérioré l’environnement, il devenait impératif d’y remédier, en confiant au fautif la charge de réparer les dégâts commis. Mais à ses conditions, naturellement, c’est-à-dire moyennant rémunération. En rétribuant le pollueur, en application d’un principe étonnant, bien entendu adopté au nom de l’efficacité (une fois encore et en attendant le résultat).

Plus généralement considéré, l’environnement, jusque-là bien public (sous ses versions gratuite ou parfois payante), acquiert de plus en plus une valeur marchande considérable. Il peut donc faire l’objet d’une appropriation, devenir plus systématiquement objet de propriété. La rareté produisant la valeur, il faut alors le stocker (ou le rendre inaccessible au nom de sa protection, ce qui revient au même), la spéculation peut alors s’engager. On a déjà vu le film.

Dans le cas du marché du crédit carbone, la perfection est cette fois-ci atteinte. Le système financier, qui a un peu tâtonné ces dernières décennies dans différents domaines, dont l’immobilier, non sans dégâts et une grosse frayeur, pas encore totalement résorbée, pense avoir désormais trouvé son Graal.

Le principe de ce nouveau marché procède de la distribution gouvernementale de tickets de rationnement, dont la particularité est d’être côtés en bourse. Imaginons un instant, si ce même principe avait été adopté pour les tickets de rationnement alimentaire pendant la seconde guerre mondiale, comment la configuration du marché noir en aurait été radicalement changée. Eh bien, il s’agit aujourd’hui de la même chose, mais à une toute autre échelle. Le marché du crédit carbone promet d’être un gigantesque marché noir mondial, en beaucoup plus moderne, adapté aux exigences des marchés financiers.

La beauté de ce nouveau marché, c’est qu’il est extensible à l’envi, puisque susceptible d’englober progressivement toute l’activité humaine, émettrice par définition de CO2. Ce qui signifie qu’il ne va pas, à terme, uniquement concerner la sphère des activités de production et de services privées, mais aussi les publiques, les activités collectives mais aussi les individuelles. Une entreprise mais également un hôpital ou une école pourront recevoir ces tickets de rationnement, dont la valeur sera comme on va le voir manipulée. De même pour de nombreux aspects de notre vie quotidienne (les déplacements, le logement, etc…). Après la spéculation sur les cours du pétrole, des matières premières et des produits alimentaires, un pas décisif est franchi dans la « financiarisation » de l’activité humaine. L’autre face de la « protection » du génome humain par des brevets. Tout cela, dans le cas de l’émission de CO2, parce qu’il a été délibérément choisi de tourner le dos à un système réglementaire, au nom d’une douteuse modernité, à l’écoute des dangereuses Sirènes de la mythologie grecque remises au goût du jour du capitalisme financier.

Qui dit marché, dit innovation financière, créativité, produits nouveaux et à fort rendement. Le marché du crédit carbone va ainsi naître sous ces auspices consacrés, un peu encalminés pour le moment mais qui n’attendent que d’être réactivés. Comme les enfants aujourd’hui sont « Internet natives » en naissant. Le plus grand marché du monde vient d’ouvrir ses portes, cirque et casino à la fois, tout en promesse faite aux produits dérivés de la terre promise.

Une nouvelle pompe aspirante vient d’être mise en marche, celle de l’endettement des ménages ne pouvant plus offrir les volumes et les rendements auxquels elle avait habitué. De nouveaux transferts financiers vont pouvoir être opérés au détriment de l’activité économique et de ses acteurs essentiels, les femmes et les hommes qui constituent la force de travail, tout du moins quand ils peuvent appartenir à ce qui semble devenir un privilège, aussi relatif qu’il soit. On parlait déjà de destruction de l’environnement, puis de destruction de la valeur. Destruction est aussi le terme que l’on utilise à propos de l’emploi. A inscrire au programme du « green business ».

 

Parmi les 85 Commentaires, j’ai retenu celui de BlackHole

30 juin 2009 à 17:22  blackhole dit :

Et oui même les verts/écolos sont tombé dans le panneau. Les émissions de gaz à effet de serre dont le fameux CO2

Savez-vous que toute les planètes du systèmes solaire se réchauffent…
Savez-vous que le CO2 n’est pas un gaz polluant (les plantes en ont besoin, c’est un produit naturel)
Savez-vous que dans l’histoire de la planète on a toujours constaté une augmentation du CO2 comme conséquence du réchauffement planétaire et non l’inverse
Savez-vous que la grande majorité du climat global moyen sur Terre est régit par le Soleil
Savez-vous que le CO2 ne représente même pas 10% (et je suis hyper large) des gaz à effet de serre, le plus important étant la vapeur d’eau.
Savez-vous que moins de 25% des membres du GIEC sont des scientifiques ayant des connaissances climatiques
Savez-vous que de plus en plus de scientifiques se lèvent contre cette imposture, écrivent des articles ou quittent le GIEC
Etc…

Bien sûr je suis contre la pollution et la destruction de la planète mais on assiste de nouveau à un grand lavage de cerveau…

Et c’est là la grosse arnaque: le CO2 n’est pas de la pollution. C’est contre celle-ci que l’on doit se battre: la pollution
- de l’air
- de l’eau
- du sol
- de la nourriture
- électromagnétique
- pharmacologique
- chimique
- …

Je ne nie pas le réchauffement global mais l’impact humain est vraiment très négligeable (sauf dans les grandes villes, irrespirables)

Pourquoi tout cela? Une nouvelle bulle green avec taxes et marché du carbone. Merci Al Gore!

A qui profite le crime…. Toujours la bonne question…

@blackhole:

Entre la désinformation des uns et celle des autres, il serait peut-être intéressant de trouver le juste milieu plutôt que de relayer sans discernement, non? Votre petit panégyrique recèle des approximations, des erreurs, et des fautes. Dans l’ordre:

« Savez-vous que le CO2 n’est pas un gaz polluant (les plantes en ont besoin, c’est un produit naturel) »

1- Le CO2 n’est pas un gaz polluant pour les plantes. En revanche à hautes doses, même si ce n’est pas franchement la question ici, il provoque comme tout gaz autre que l’oxygène la suffocation chez tous les êtres vivants munis de poumons. C’est donc avant tout une question d’angle de vue, mais aussi de proportions.

2- Le sulfure d’hydrogène est également un produit naturel. A votre place je ne m’amuserais pas pour autant à en respirer.

« Savez-vous que dans l’histoire de la planète on a toujours constaté une augmentation du CO2 comme conséquence du réchauffement planétaire et non l’inverse »

En fait il me semblait avoir compris chez plusieurs climatologues, même parmi les sceptiques aux thèses du GIEC, qu’on n’était pas en mesure de déceler quel évènement est la conséquence de l’autre. Et pour cause, la datation de carottages n’est pas une science exacte, on ne fait jamais qu’estimer des périodes, et ce de manière bien moins précise que ce qui serait nécessaire pour pouvoir affirmer la causalité dans un sens ou dans l’autre.

« Savez-vous que le CO2 ne représente même pas 10% (et je suis hyper large) des gaz à effet de serre, le plus important étant la vapeur d’eau. »

Non. Les champions toutes catégories en matière de contribution à l’effet de serre sont les halocarbures (Hydro/Per-FluoroCarbures pour les intimes), le méthane ensuite, et seulement ensuite le CO2. La vapeur d’eau quant à elle, s’il est démontré qu’elle contribue effectivement à l’effet de serre « en laboratoire », n’est pas prise en compte du fait que sa persistance dans l’atmosphère est bien moindre par rapport aux autres produits cités:

  • 1 semaine pour la vapeur d’eau.
  • 12 ans pour le méthane.
  • 100 ans pour le CO2.
  • jusqu’à 50 000 ans pour les halocarbures.

Ici encore, une information complète est nécessaire pour ne pas sombrer dans la caricature. Étant données les différences de durées de persistance dans l’atmosphère, on comprend bien qu’à doses égales, la vapeur d’eau est totalement négligeable au regard de tous les autres produits évoqués.

De manière générale, la science n’a pas tant pour objectif d’apporter des réponses que de se poser des questions. Quand bien même les travaux du GIEC n’apporteraient pas de preuves définitives, ils ont le mérite de poser des questions intéressantes. Dans ce sens, en demandant si la démultiplication des activités humaines depuis 2 siècles influe sur le climat, le GIEC est bien dans son rôle de scientifique.

En revanche, de mémoire, je n’ai pas vu de travaux aussi documentés que ceux-là qui apporteraient des conclusions parfaitement opposées. Des travaux sans parti pris initial s’entend. En effet un travail qui préjugerait des conclusions auxquelles il devrait aboutir serait parfaitement anti-scientifique.

Enfin, que les travaux du GIEC soient repris au bénéfice de la finance n’est pas nécessairement le signe d’une connivence malsaine, ce peut très bien être un « dommage collatéral ». Le capitalisme a déjà démontré sa nature protéiforme et opportuniste… La dégradation climatique ne pourrait finalement être que la nouvelle balle qu’il a su attraper au bond.

31.07.2009

La Tribune 30.07.2009 Bernard STIEGLER "Le consumérisme a atteint sa limite"

http://crisedanslesmedias.hautetfort.com/archive/2009/07/...

http://www.coteboulevard.com/2009/07/le-consum%C3%A9risme...

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/200907...

Dans sa série d'été Visions de l'après-crise,La Tribune a interrogé Bernard Stiegler, philosophe et essayiste. Pour cet auteur prolifique, la crise sonne comme la fin de l'"american way of life" et annonce l'émergence de nouveaux modèles de croissance, comme celui de l'économie contributive.

Comment percevez-vous la crise actuelle ? La crise que nous connaissons aujourd'hui est beaucoup plus grave qu'une crise économique: c'est la crise d'un modèle, celui du consumérisme, qui atteint aujourd'hui ses limites. Il y a donc rupture. Mais c'est une rupture lente dont les premiers signes remontent à 1968 avec le malaise de la première génération de consommateurs. Aujourd'hui, la chute de General Motors démontre ô combien que le monde a changé - et qu'il ne sera plus comme avant.

Quels sont les ressorts de notre modèle qui ont été distendus, voire brisés ? Le consumérisme est une forme de capitalisme née de la rencontre du fordisme avec le keynésianisme de Roosevelt, et qui a donné naissance à l'"american way of life". Contrairement au modèle industriel de la vieille Europe, fondé sur le productivisme, il suppose l'augmentation du pouvoir d'achat des salariés pour les inciter à consommer. C'est le triomphe du marketing: vendre n'importe quoi à n'importe qui. Ce modèle qui détourne tous les désirs du consommateur vers les objets de consommation se développe tout d'abord de manière heureuse - c'est le plein emploi - mais il se transforme rapidement, comme l'avait prédit Herbert Marcuse, en machine à détruire la libido. Alors règne la consommation addictive fondée sur la satisfaction immédiate des pulsions. Le résultat est que la société de consommation ne devient plus productrice de désirs mais de dépendances. C'est un modèle dangereux: le consommateur y devient malheureux comme peut l'être le toxicomane qui dépend de ce qu'il consomme mais déteste ce dont il dépend. D'où une frustration grandissante et des comportements qui inquiètent comme la destruction de la structure familiale, la peur des adultes à l'égard de leurs propres enfants ou une déprime généralisée.

D'autres facteurs peuvent-ils expliquer cette défiance ? Il s'est effectivement passé beaucoup de choses depuis les années 1970. Le fameux rapport Meadows en 1972, qui avançait la thèse de la non-soutenabilité de notre société de consommation au-delà du XXIe siècle, prend aujourd'hui singulièrement du poids. La révolution conservatrice et la mondialisation ont également changé la nature, non du capitalisme, mais des capitalistes eux-mêmes. L'entrepreneur s'efface au profit du manager soumis à un capitalisme financier ultra-spéculatif qui n'investit plus dans la durée. Cela se traduit par une pression considérable sur les salaires et la création d'artefacts, dont les subprimes ne sont qu'un exemple, pour compenser la baisse du pouvoir d'achat et perpétuer ainsi, de façon artificielle, le modèle consumériste. C'est la convergence de toutes ces tendances lourdes qui expliquent la crise: un capitalisme, auquel les gens ne croient plus, ne peut plus durer.

Un nouveau capitalisme peut-il émerger de cette crise ? Selon moi, ce qui est en train de disparaître, c'est un monde où il existe d'un côté des producteurs et de l'autre, des consommateurs. D'autres modèles commencent à se développer avec la révolution numérique. Sur Internet, il n'y a ni des producteurs ni des consommateurs mais des contributeurs. On entre dans la nouvelle logique de l'économie contributive, qui repose sur des investissements personnels et collectifs et qui crée une autre forme de valeur. Les exemples ne manquent pas, du logiciel libre à Wikipédia. Une récente étude de l'Union européenne pronostique que près d'un tiers de l'activité dans l'économie numérique fonctionnera sur un tel modèle d'ici trois ans. Mais il ne concerne pas uniquement l'informatique, il peut également se décliner dans l'énergie, avec les modèles décentralisés, la distribution alimentaire ou la mode...

Mais n'est-ce pas simplement un nouveau discours visant à préserver un statu quo ? Ce discours exprime une pensée au service d'un combat. Car, à l'heure où tout s'écroule, tout est fait pour empêcher le vieux monde et des vieux acteurs de disparaître. Toute la classe politique défend la consommation même si elle sait bien que cela ne peut pas durer. On essaye de sauver la télévision, qui n'a pas vu venir le numérique, ou les constructeurs automobiles, qui misaient hier encore sur la surpuissance de leurs moteurs ! Mais les choses avancent. Barack Obama a réussi à faire admettre que le modèle américain était révolu et des puissances émergentes comme la Chine savent bien qu'elles ne peuvent pas suivre le modèle occidental d'hyperconsommation, sous peine de faire exploser la planète.

La mutation de nos économies est donc inéluctable... Le pire des scénarios serait de promouvoir un consumérisme "new look" et peint en vert. Les nouvelles tensions apparaîtraient très vite dans un monde aux ressources finies et le risque de conflits majeurs serait alors extrêmement élevé. C'est pourquoi les États doivent s'engager à accompagner la mutation de nos économies, à promouvoir les externalités positives. Mais toute activité ne peut être monétisable: il faudra imaginer une nouvelle fiscalité, développer de nouveaux indicateurs, inventer de nouvelles formes de rémunération. Bref, bâtir un modèle de vraie croissance contre la mécroissance qu'est le consumérisme. Bio Express: Philosophe de formation, élève de Jacques Derrida, Bernard Stiegler est un auteur prolifique avec une quinzaine de livres, dont "Réenchanter le monde" et le dernier, "Pour en finir avec la mécroissance", en collaboration avec Ars Industrialis (www.arsindustrialis.org). Parallèlement, il dirige le département culturel du Centre Georges-Pompidou après avoir exercé des hautes responsabilités à l'INA et à l'Ircam.

Propos recueillis par Éric Benhamou

Commentaire Miguel Texeira (coteboulevard.com)

Je trouve la vision de Bernard Stiegier intéressante pour plusieurs aspects :

Je pense comme lui que nous sortons de la société de l'hyper consommation : celle des hypermarchés symboles de l'abondance et du bonheur moderne, celle des autoroutes toujours plus nombreuses permettant de partir en week end sur la côte d'Azur et de manger des tomates cultivées sous serre au sud de l'Espagne, celle de la télévision qui vous dit quels doivent être vos désirs et ce que vous devez penser, celle de la "voiture reine" qui doit absolument envahir la ville, quitte à détruire la qualité de vie et.. le patrimoine historique que l'on sacrifie pour leur permettre d'arriver jusqu'aux abords des magasins de vêtements.

La vision de Bernard Stiegier d'une économie contributive met en lumière des éléments vus ailleurs :

  • les nouveaux modes de production de l'information : wikipedia qu'il cite mais aussi les essais de jounaux citoyens par exemple
  • de nouvelles manières de vendre : dans le marketing "2.0" par exemple, le client devient aussi celui qui, par sa préconisation, va participer à la campagne marketing d'un produit (quel blogueur n'a pas écrit un post sur un article qu'il est tout content d'avoir acheté, quel facebooker n'a pas partagé son enthousiasme pour une cause, quel internaute n'a pas transmis par mail une vidéo qui vente un produit mais qu'il juge amusante ?)
  • de nouveaux modes de production : de plus en plus de particuliers installent eux-même des éoliennes et revendent l'électricité qu'ils produisent à EDF qui se charge ensuite de la distribuer au plus grand-nombre

Je note avec plaisir qu'il fait la différence entre ce qu'on pourrait appeler une "nouvelle consommation" et un "consumérisme peint en vert" : il ne sert à rien de prendre sa bagnole pour acheter chez carrefour un veau Bio élevé à 600 km, il faut changer vraiment nos modes de production et de consommation.

Je ne suis pas certain que la vision décrite par Bernard Stiegier remplace à terme le modèle classique qui a pourtant atteint ses limites et dont un nombre croissant de personne ne veut plus. Il m'apparait pourtant clairement qu'une part croissante de l'économie changera pour s'en approcher. dans Société |

Commentaires de le note coteboulevard.com.

"Je ne suis pas certain que la vision décrite par Bernard Stiegier remplace à terme le modèle classique qui a pourtant atteint ses limites et dont un nombre croissant de personne ne veut plus. Il m'apparait pourtant clairement qu'une part croissante de l'économie changera pour s'en approcher."

Oui, les choses changent, les habitudes se modifient. Mais qu'est ce qui change au fond? Le sens de la propriété (qui est, semble-t-il, une des bases du capitalisme)? Il me semble qu'il reste bien enraciné dans les mentalités?

Alors, qu'est-ce qui change? A l'origine, le constat (les gens ne veulent plus de l'hyper consommuérisme), il y a une déception: la marchandise est sensée répondre (combler) aux désirs, mais elle est aussi source d'insatisfation.

Un nouveau capitalisme? Pourquoi pas...

Rédigé par: Eric | 30 juillet 2009 at 15:21

Commentaires Crise dans les Médias (qui cite la parie en italique gras)

Privilégier la quantité à la qualité, des appareils électro-ménagers moins fiables ou qui ont une durée de vie plus courte que ce qui pouvait être conçu auparavant... (malgré l'accroissement de consignes sécuritaire), l'argent-roi en arrière plan (qe dis-je ? au premier plan !), voilà ce que je pense grossièrement du consumérisme. Sociologiquement, des personnes déçues (peut-être déprimées) de ne pas avoir les moyens de remplacer une télé par une autre plus belle parce que plus récente..., des personnes jamais comblées et donc la satisfaction n'est jamais assouvie (donc peut-être déprimées effectivement...), des enfants sur-équipés technologiquement et dont les parents semblent impuissants à combler leurs désirs toujours grandissant, etc. etc.
Sinistre vision, mais il y a peut-être un peu de vrai... :)

Ecrit par : Vidi | 31 juillet 2009

Depuis que le produit n'est plus à la hauteur de la pub, comme les promesses de la science, la bulle de consommation - écart entre la valeur côtée des actions (ce que suscite le nom du produit) et leur valeur réelle (ce qu'obtient le consommateur lorsqu'il consomme le produit) est de plus en plus grand.
C'est le principe du film pornographique.
Quand la bulle va-t-elle crever ?

Vais-je crever avant ?

Ecrit par : Le bateleur | 31 juillet 2009

Les clairvoyances de Bernard Stiegler m'ont toujours impressionné de justesse. Malheureusement, j'ai l'impression qu'on le prend, en raison de ces clairvoyances, pour un "Bouffon sage",ou "Sage bouffon", je ne sais pas: La pertinence de son propos, la précision de sa description des mécanismes en jeu nous convainquent toujours; on sait que la mécanique suit exactement ces dynamiques.
On sait que oui, sa comparaison du consumérisme avec n'importe quel autre toxicomanie est juste.

Bien sûr, ce n'est pas exactement ce qu'il dit. J'intérprète l'extrait qu'en a fait Eric Mainville sur son blog, en posant la question La fin du consumérisme?

Le mieux, c'est que je le cite :

Ce modèle qui détourne tous les désirs du consommateur vers les objets de consommation se développe tout d'abord de manière heureuse - c'est le plein emploi - mais il se transforme rapidement, comme l'avait prédit Herbert Marcuse, en machine à détruire la libido. Alors règne la consommation addictive fondée sur la satisfaction immédiate des pulsions.

Le résultat est que la société de consommation ne devient plus productrice de désirs mais de dépendances. C'est un modèle dangereux: le consommateur y devient malheureux comme peut l'être le toxicomane qui dépend de ce qu'il consomme mais déteste ce dont il dépend.

D'où une frustration grandissante et des comportements qui inquiètent comme la destruction de la structure familiale, la peur des adultes à l'égard de leurs propres enfants ou une déprime généralisée.


Notre société de consommation ne produit plus de désirs, seulement de la dépendance.
Nous avons atteint un "niveau de vie", un "train de vie", un "niveau d'envie que l'on est en mesure d'assouvir", appelons ça un "niveau social" tel que désormais nous ne consommons plus pour satisfaire nos envies, mais pour ne pas tomber dans un état de sevrage de la drogue qu'est devenu pour nous l'Objet De Consommation.

Je veux consommer!
Je veux consommer!
Je veux, je veux, je dois!
Je DOIS consommer!

Ce n'est plus un choix, un acte d'analyse et de volonté personnelle.C'est désormais un besoin impérieux.
Un besoin nécessaire au confort du démoniaque organisme parasital que le modèle consumériste a nourri en notre sein.Ce parasite consumériste qui nous consume pour pouvoir vivre.
Qui ne s'émeut pas des dégâts collatéraux que sa subsistance implique: "destruction de la structure familiale", "peur des adultes à l'égard de leurs propres enfants", "déprime généralisée".
Qui, désormais, s'exprime dans la noirceur la plus éclatante.

Alors, non. Le consumérisme n'est pas en train d'atteindre ses limites. Nous avons atteint un point avancé de dégradation intellectuelle: nous avons "plongé". L'Objet De Consommation nous a eu.
On pensait dominer les choses, malgré les dires de sombres devins égarés dans les méandres corticaux de leurs délires.
Ces gens-là nous prévenaient :

Prenez garde!
Si vous ne prenez pas garde, vous ne serez plus maître de vos actes. Vous agirez pour nourrir cette bête immonde qui vit en vous. Votre volonté sera aliénée à ses seuls souhaits.

Ils avaient raison, les cons.

Mais, il n'est pas trop tard, si l'on décide de se sortir les doigts du cul, d'accepter notre condition de drogué(e)s
Et d'entamer le plus rapidement possible une cure de désintoxication.

Donc, non.

Non, le consumérisme n'est pas en train d'atteindre ses limites.
Nous avons atteint les limites, du n'importe quoi.

Il suffisait juste qu'on nous le dise, et Bernard Stiegler vient de nous le dire. Pas directement, non. Il ne parle pas de nous, de moi. Il parle de Nous, "le consommateur", "la société de consommation", "la famille", "les adultes", "les enfants", "la déprime".

Posons-nous tous, et toute, donc cette question: Est-ce que j'ai oui, ou non, une addiction à l'Objet De Consommation?
Posons-nous cette question, sincèrement. Ne nous contentons pas de réponses qui nous sont soufflés par l'Objet De Consommation.

Les gens en général, oui, ils sont drogués. Mais, pas moi. Parce que moi, je suis un peu à l'écart des circuits tradictionnels de la conso. Je ne recherche pas le bling-blong, je recherche l'authenticité, l'équité. C'est pour cela que j'essaie de réparer avant de jeter et de racheter. C'est pour cela que je ne consomme pas des produits dont l'élaboration a généré des souffrances pour les bêtes, ou pour l'environnement, ou pour le péquin de l'autre bout de la terre. C'est pour cela que je consomme que du "bio", euh non que de l'"équitable", ergh nan, que de l'"écolo", enfin que des trucs bien, quoi. Enfin, quand je peux. Parce que j'y pense, et puis, des fois, j'oublie.


On ne dit pas à un drogué qui s'enfonce dans son addiction :

Hé, toi! La drogue que tu prends, là, elle est en train d'atteindre ses limites. Des fois que tu ne saurais pas. Et, une fois qu'elle aura vraiment atteint ses limites, bein,là...Crac. Boum. Hue.


On lui pose des questions, plutôt:

Cette drogue que tu prends, vois-tu ce qu'elle te fait dire, te fait faire, et même te fait penser?
Vois-tu la souffrance que tu engendres chez ceux qui sont trop faibles, et trop peu protégés pour avoir le droit de vivre selon leur volonté?

Ecrit par : Zackatoustra | 31 juillet 2009

@^vidi,

oui, cet accent mis sur la quantité au dépens de la qualité, c'est ce qui produit, justement une baisse générale de la qualité. CQFD.


@le bateleur,

Oui, le marketing a un rôle central dans cet état de faits.

@Zakatoustra,

"Alors, non. Le consumérisme n'est pas en train d'atteindre ses limites. Nous avons atteint un point avancé de dégradation intellectuelle: nous avons "plongé". "

Oui, ça n'est pas faux. Cza n'est pas loin d'être ce que je pense, car, concrètement, on ne voit pas le consumérisme disparaitre: il est toujours bien vivace.
En revanche, une certaine forme de consumérisme va sans doute disparaître. Peut-être va-t-on devenir un peu plus raisonnable, et un peu p^lus heureux?

Ecrit par : Eric | 31 juillet 2009

POLE EMPLOI - Actualisation Demandeur d’Emploi, pauvre France !

Quand on se rappelle qu’un certain SARKOZY a voulu la fusion de l’ASSEDIC et de l’ANPE, qu’on a supprimé les moyens d’actualisation par courrier pour les remplacer par un robot téléphonique, facturé, et par un site Internet qui ne marche qu’épisodiquement pendant les quelques jours où on peut saisir l’actualisation de sa position de demandeur d’emploi (connexion impossible ou réessayez !), il n’est pas étonnant d’avoir 2 idées qui reviennent de façon lancinantes :

- Si en étant président de la République, donc en ayant la haute main sur l’administration, on n’est pas capable d’arriver à de meilleurs résultats avec le Pole Emploi après plus de 6 mois d’existence,  alors il me semble difficile de croire que ce même personnage va pouvoir réussir des réformes un peu plus difficiles avec des sujets encore moins à sa main !

- Que penser aussi de la façon dont l’exploitation de ce site Internet a été sous-traitée pour qu’il parte dans les choux à la moindre montée en charge des actualisations ? Si on estime qu’il y a  1 million d’actualisations à saisir en 5 jours,  en faisant l’hypothèse que les saisies d’un jour se concentrent uniformément sur 5 heures de pointe, il faudrait pour éviter des files d’attente interminables que le système soit capable au niveau national de traiter en pointe simultanément de 10 à 15 demandes par seconde, au moins. Ce ne sont pas là des ressources difficiles à monopoliser. Notre soit disant hyper président rajouterait-il à son incapacité à réussir sa réforme, un comportement calculateur et malhonnête qui trouverait dans ce manque incroyable de ressources un moyen facile pour décourager des milliers de demandeurs d’emploi ?

Si en matière de pilotage, ça casse pas des briques,  ça pourrait quand même, par finir par péter loin !

01.07.2009

Il Silenzio de Nini Rosso par Melissa Venema, 13 ans.

14.06.2009

Métaphore du jour

"Le néolibéralisme c'est comme construire des autoroutes à péage pour y circuler sans permis et sans limitation de vitesse."

Christian FAURÉ in "INTERNET ? Circulez y a rien à voir"

 

08.06.2009

Télérama 8/6 - La société civile peut-elle porter un projet planétaire ?


RÉINVENTER…
LE POLITIQUE

Le 8 juin 2009 à 14h00

Tags : spécial innovation politique débat

LE MONDE BOUGE - Dominique Reynié, professeur à Sciences-Po, voit dans la dynamique collective un salut possible pour l'humanité.


- Illustration : Laurent Bazart

Une Fondation pour l'innovation politique ? C'est l'UMP qui en a eu l'idée. Créé en 2004 par Jérôme Monod, conseiller de Jacques Chirac, ce think tank est aujourd'hui indépendant. Son nouveau directeur général, Dominique Reynié, professeur à l'Institut politique de Paris, spécialiste des transformations politiques et des études d'opinion, entend élargir son champ d'études : le politique, dit-il, ne peut se concevoir sans y intégrer les mutations technologiques, sociales, environnementales.

Quelles sont les ambitions de la Fondation pour l'innovation politique ?
Beaucoup de choses se recomposent actuellement, et si l'on n'essaie pas d'appréhender de façon philosophique, politique, juridique, sociale, ces phénomènes nouveaux, on risque de se laisser dominer par les innovations technologiques qui ont aussi leurs propres logiques. On se retrouverait dans des sociétés qui seraient le résultat de ces innovations sans que ces dernières aient été pensées. Nous avons resserré nos études sur la société civile européenne, la société émergente en France et l'enregistrement des comportements sociaux inédits. Ce qui nous intéresse, c'est la condition commune et le fait qu'il y ait ici ou là des expériences significatives. Qu'elles soient encourageantes ou inquiétantes.

“La taxe Tobin, cette idée d'un impôt planétaire
pour financer la justice ou le développement,
est un exemple parfait d'innovation politique.”

Qui sont les nouveaux acteurs que vous voulez identifier ?
Nous nous intéressons à la façon dont une société civile est en mesure ou pas de déterminer un ordre politique. Il nous faut donc identifier ce qui déroge à la tradition, au choix historique français (depuis la Révolution) d'instituer une société à partir de l'Etat. La société civile a sa propre dynamique, et sa part d'autonomie est en train de produire quelque chose que l'Etat n'avait pas prévu, y compris à l'échelle de l'Europe. Il y a en Europe une densité sociale qu'on ne soupçonne pas quand on l'observe simplement au niveau de l'Union et des institutions de régulation communautaire, ces machines assez froides et élitistes qui composent un Meccano complexe. La sociabilité européenne s'invente à toute vitesse et engendre quelque chose à quoi les organisations politiques n'avaient pas songé.

La crise économique a-t-elle produit de nouvelles analyses, des façons novatrices de penser la politique ?
Malgré les dramatiques conséquences qu'elle engendre, cette crise a des effets bénéfiques : un dégel s'amorce. Ça a un côté catastrophique, car les repères s'effondrent, mais, d'une certaine façon, l'histoire nous rend service. La crise contribue à accélérer les processus, ce qui nous permettra, collectivement, de nous adapter plus vite que nous ne le ferions sans elle. Les pays qui avaient historiquement inventé la règle économique, et qui en ont eu le monopole, sont aujourd'hui désemparés de voir que tout le monde s'y est mis. Si l'on prend l'exemple des délocalisations, c'est un drame évident, parce que les emplois partent. La redistribution de la richesse au plan planétaire est donc un drame pour nous. Mais simultanément, des centaines de milliers de personnes dans le monde sont sorties de l'extrême pauvreté. La croissance est à un tournant : ou elle nous propulsera vers la catastrophe écologique, ou elle sera fondée sur des principes totalement différents de ceux d'hier et d'aujourd'hui. Elle peut recréer le monde.

Une croissance innovante ?
Oui. Il faut peut-être croire la Chine quand elle affirme qu'avant trente ans elle mettra en circulation des voitures qui ne pollueront pas du tout, parce qu'elle ne pourra pas avoir des voitures comme celles d'aujourd'hui. On peut se rééquiper entièrement, avec de nouvelles règles environnementales, de nouveaux matériaux. On va souffrir, car il faut défaire ce qui existe et le recomposer différemment. L'Occident n'aura plus le rôle qu'il a joué dans l'histoire.

“La gauche reste rivée à l'idée d'un humanisme
impossible sans l'Etat. C'est un grand ratage...”

D'un point de vue politique, il n'y a pas vraiment d'innovation : cela ne se traduit souvent que par la création de nouveaux partis nés des anciens...
Je suis frappé de voir à quel point une bonne partie de la gauche n'a pas compris l'époque. Quand on regarde son parcours historique, elle a développé la théorie très cohérente d'une société sans Etat et d'un individu émancipé. Or, aujourd'hui, son discours dominant est le suivant : s'il n'y a pas l'Etat, on est morts, et il faut faire attention à l'individualisation de la société. Il semble qu'un verrou l'empêche de penser la justice sociale en s'appuyant sur la société civile avec ce que celle-ci peut créer comme richesses et représenter comme système de solidarité. La France est extrêmement active dans le domaine de l'engagement associatif. Or la gauche reste rivée à l'idée d'un humanisme impossible sans l'Etat. C'est un grand ratage... La gauche suédoise, elle, a privatisé la fonction publique. Et a redéfini les statuts privé/public en permettant de passer de l'un à l'autre. Le discours centré sur l'Etat risque d'aboutir, au niveau européen, à une volonté de réappropriation de la nation dans laquelle l'Etat garderait sa dimension traditionnelle. La notion d'altermondialisme, ce n'est pas la gauche traditionnelle qui l'a pensée. La taxe Tobin, cette idée d'un impôt planétaire pour financer la justice ou le développement, est un exemple parfait d'innovation politique. Je suis convaincu que c'est une idée pertinente, venue de milieux plutôt minoritaires. Mais elle n'a pas été relayée par les partis institutionnels. Dans une période récente, Bill Clinton, Tony Blair, Gerhard Schröder et Lionel Jospin étaient au pouvoir ensemble, et il ne s'est rien passé.

Selon vous, la droite a-t-elle eu un discours plus novateur ?
Je ne pense pas que la droite ait la maîtrise de ces concepts. Mais par tradition, par culture, elle est plus à l'aise avec le monde de l'entreprise.

Cela a toujours été le cas...
Oui, mais, du coup, elle est plus en prise avec ce qui palpite dans la société. Du moins, une partie de la droite, et à certains moments. Ce qui n'empêche pas les déficits publics d'augmenter quand elle gouverne. Elle aussi a beaucoup recours à la gestion par l'Etat.

La véritable innovation résiderait-elle dans une nouvelle utopie ?
Je me méfie du mot « utopie » en politique. Dans son livre La Fin de l'histoire et le dernier homme, paru au seuil des années 1990 en France, Francis Fukuyama développait la thèse selon laquelle nous sommes arrivés à un moment où nous ne sommes plus en mesure de définir un horizon désiré, préférable à la situation d'aujourd'hui. Le problème c'est de déterminer, à l'échelle de la planète, le modèle que l'on peut se donner comme horizon, qui soit différent de celui que nous avons aujourd'hui. La grande innovation serait de conceptualiser un nouvel horizon.

“L’élection d’Obama prouve que l'on est
dans un monde où l'on peut encore inventer,
avec des valeurs qui nous sont chères.”

La victoire de Barack Obama à la présidence du pays le plus puissant du monde n'est-elle pas en mesure de dessiner un nouvel horizon ?
C'est la première belle histoire planétaire depuis la globalisation. Obama parvient à convaincre que l'on ne va pas nécessairement vers des lendemains terribles. Et son élection prouve que l'on est dans un monde où l'on peut encore inventer, avec des valeurs qui nous sont chères. Il a la possibilité de peser sur l'histoire, pari aussi passionnant que le développement de l'économie durable, qui est un enjeu lié à la conscience planétaire. Personne ne pourra rien faire dans son coin contre le réchauffement climatique : ce sera planétaire ou rien. La question est de savoir si l'on en est capable collectivement.

Les élections européennes risquent de mettre encore une fois en évidence le peu d'enthousiasme qu'elles inspirent. Comment innover pour y remédier ?
Les Européens sont très attachés à l'Europe, contrairement à ce que pourrait laisser penser l'euroscepticisme latent. Ils ne sont pas forcément attachés à l'idéal fédéraliste, mais la globalisation les européanise. Et les grands défis, comme la santé, les responsabilisent en tant qu'Européens. Alors, ou il y a une réponse à ces véritables demandes européennes, avec la construction d'une vraie puissance publique, ou on laissera passer la chance. Et alors les sirènes nationalistes se feront entendre. .

Adresse internet : www.fondapol.org

Propos recueillis par Gilles Heuré
Télérama n° 3099

15:00 Publié dans Modernité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07.06.2009

Christian FAURÉ - Menaces sur l’innovation

Christian Fauré

Hypomnemata : supports de mémoire

http://www.christian-faure.net/2009/06/07/menaces-sur-lin...

Le concept d’innovation, et plus encore “Innovation au service de l’humanité” est utilisé à toutes les sauces. Christian FAURÉ revient à travers l’interview de Stiegler par Télérama sur les barrières à l’innovation : Dépôts de brevets bloquant l'innovation liés aux monopoles de fait - Patent Troll des marchés spéculatifs  qui bousculent les géants ...

J’ai été invité par l’éditeur CA (il paraît qu’il ne faut plus dire “Computer Associates”) qui, avec le CA Expo09, organisait le 4 juin dernier une journée sur les thèmes de l’innovation et du Lean IT.

Lors de la conférence d’ouverture du matin, en présence de Nathalie Kosciusko-Morizet, Yves Coppens avait commencé par raconter l’anecdote du crapaud fou :

Les crapauds fous ce sont ces batraciens qui, en suivant une direction différente du reste du groupe lors des périodes de reproduction, risquent une fin certaine. Mais ce sont ces mêmes crapauds qui, allant dans une mauvaise direction, explorent de nouveaux territoires, assurant parfois la survie de l’espèce lorsqu’une autoroute coupe soudain les itinéraires menant aux lieux de reproduction des crapauds normaux.

Ensuite, juste après la table ronde à laquelle je participais en début d’après midi, Yves Coppens, encore lui, a fait une allocution sur « L’Innovation au service de l’humanité » où il a retracé les origines de la vie sur terre. Durant son discours, il a beaucoup utilisé l’expression “innovation de la vie” ou encore “innovation du vivant”.

Entre le “crapaud fou” du matin et ” l’innovation du vivant” l’après midi,  je crois qu’il y a eu beaucoup de contre-vérités relatives à l’innovation. A mon sens, il s’agit d’un anachronisme : on ne peut pas parler d’invention ou même d’innovation du vivant, si ce n’est bien sûr de manière métaphorique. Car innovation et invention sont relatifs à la technique, et il n’y a pas de technique dans l’évolution d’une cellule ou dans l’histoire du “crapaud fou”.

*

Mais peut-être faudrait-il commencer par rappeler la distinction entre invention et innovation. C’est donc fort à propos que Telerama publie une interview de Stiegler à propos de l’innovation dans laquelle ce dernier rappelle que :

Il n’y a pas d’innovation sans invention, mais il existe beaucoup d’inventions qui ne produisent aucune innovation. L’innovation consiste à socialiser des inventions technologiques, elles-mêmes issues de découvertes scientifiques. Innover, c’est produire du nouveau (méthodes, objets, services) pour l’installer sur un marché. Et la guerre économique se livre sur ce terrain de l’innovation.
France Télécom a largement contribué à établir la norme GSM (en téléphonie mobile), mais c’est Nokia qui l’a socialisée, donc qui a été innovante. Le Cnet (Centre national d’études des télécommunications), ancêtre d’Orange Labs, était un des meilleurs laboratoires de recherche au monde. Mais en France, où il y a d’excellents chercheurs, le management ne sait pas valoriser la recherche - le nez collé sur le court terme, il accuse d’autant plus les chercheurs de conservatisme qu’il manque de vision de l’avenir et refuse de prendre des risques.

L’innovation est un sujet éminemment transverse et interdisciplinaire. Sont convoqués : les sciences, les technologies, l’industrie, la psychologie, l’économique et le social. Et, que ce soit pour de bonne ou de mauvaises raisons, je pense que tout le monde s’accordera à dire que l’innovation est le moteur de l’économie du capitalisme industriel, ce qui explique au passage la gloire posthume grandissante de Joseph Schumpeter�.

Mais si l’innovation est le moteur de l’économie, que se passerait-il si elle venait à ne plus pouvoir s’exprimer ? C’est en effet ce qui menace le système des brevets sur lequel repose les industries de l’innovation, et à propos duquel j’aimerais attirer votre attention.

Le système des brevets permet de déposer de manière légale une invention afin de se protéger pendant la phase d’innovation pour avoir le temps de socialiser le nouveau produit sur le marché, et de récupérer le fruit des investissements consentis en amont. Mais tout çà, c’est de la théorie, dans la pratique, et ce depuis les années 90, le système des brevets, les fameux “patents”, a du plomb dans l’aile.

Si déposer un brevet était un moyen pour se protéger, c’est devenu une finalité en ce sens que s’est développée une activité de gestion et d’acquisition de brevets sans aucun objectif d’innovation à la clef. Cette activité a un nom qui a été popularisé sous le terme de Patent Troll. Le principe est le suivant : il s’agit d’acquérir des brevets non pas pour développer des innovations mais pour faire payer ceux qui utiliseraient les inventions brevetées. Les principales cibles sont les grands groupes industriels des technologies qui ont les moyens financiers et industriels d’innover : Microsoft, Apple, Intel, etc.

En réaction à cette menace, l’activité de dépôt de brevet a connu une croissance exponentielle chez ces grands industriels. Ainsi Microsoft a atteint cette année le chiffre aberrant de 10 000 brevets déposés, dont la moitié ont été déposé durant les deux dernières années. Cette activité à part entière est assurée chez Microsoft par un département d’une centaine de personnes comprenant une quarantaine d’avocats spécialisés.

Autres noms donnés à ces “Patent Trolls” : non-practicing entity (NPE), non-manufacturing patentee, patent marketer, ou patent dealer dont le tableau ci-dessous en recense les principaux avec le nombre de brevets à leur actif et le nombre d’actions en justice qu’elles ont initiées :

Christian Harbulot, Directeur de l’École de Guerre Economique, rappelle dans un article de l’Usine Nouvelle le fonctionnement de ces entités :

La technique consiste à identifier des compagnies innovantes qui, du fait de leur taille trop réduite, ne peuvent assurer une protection adéquate de leurs inventions. Si elles acquièrent bien des brevets pour protéger le fruit de leurs efforts en recherche et développement, le coût lié à la défense de leurs droits ou leurs valorisations s’avèrent trop important. Typiquement, elles tolèrent que de grosses compagnies commercialisent des produits très proches de leurs inventions plutôt que de les assigner en justice du fait des coûts exorbitants pour obtenir gain de cause.
Les NPEs rachètent ces brevets à une valeur bien supérieure à leur valeur reconnue, et menacent les grandes compagnies telles Microsoft, Sony, HP… de les poursuivre devant les autorités judiciaires pour copie de modèles protégés et infraction à la réglementation sur la propriété intellectuelle. Il faut croire que la menace fonctionne puisque Intellectual Ventures arriverait régulièrement à obtenir des compromis, les majors lui signant des chèques de 200 millions à 400 millions de dollars en échange de sa renonciation à entamer procédure judiciaire sur procédures
.”

Censés assurer la continuité entre l’invention et l’innovation, le système des brevets n’assure plus aujourd’hui les nobles intentions de Thomas Jefferson : “The true value of an invention is its usefulness to the public.”

Le système est court-circuité par une activité spéculative qui se développe à l’image de ce qu’on connaît dans la finance. C’est d’ailleurs ce parallèle qu’a récemment fait Andrew Grove, ancien responsable d’Intel, en évoquant un phénomène similaire à celui de la titrisation :

La vraie valeur d’une invention est de son utilité pour le public. Le système en place dans la Silicon Valley est aujourd’hui de s’éloigner de plus en plus loin de ce principe. Les brevets sont devenus eux-mêmes des produits. Ils sont des instruments de placement négociables sur un marché distinct, souvent motivés par des spéculateurs financiers cherchant le meilleur retour sur leurs investissements”.

Qu’on ne s’y trompe pas pour autant : ceux qui dénoncent les dérives du système des brevets sont ceux qui, comme je l’ai rappelé, ont la force de frappe pour industrialiser et promouvoir les inventionsIntel a la puissance financière et les outils de production pour innover dans les semi-conducteurs, et ce de manière quasi hégémonique. Leur prendre quelques centaines de millions de dollars parce qu’ils violent des brevets c’est aussi une manière de leur rappeler qu’ils jouent de l’innovation pour leur propre intérêt et non pour celui du public auquel en appelle avec un certain cynisme Andrew Grove.

Pour ces groupes industriels, l’innovation reste une menace vis à vis des rentes de situations qu’ils ont acquis, parfois en constituant des quasi-monopoles de fait.

Voici donc un autre chantier d’importance pour la mise en œuvre d’une économie de la contribution, avec des solutions qui doivent renvoyer dos-à-dos aussi bien les grands industriels monopolistiques des technologies de l’esprit que les prédateurs desPatent Troll” qui veulent faire du brevet un produit de spéculation.


Autres notes similaires :

Une des fonctionnalités les plus intéressantes de Twine est sa capacité à générer des mots clés à partir d'un contenu ajouté dans Twine. Et çà marche bien, tout en...

Categories: Défaut. Tags: Innovation.

4 comments.
  1.  


  2. Merci pour ce super billet. Tu présentes ici une vérité ô combien écoeurante pour nous autres, innovateurs en herbe (ou plus), techno-geeks en tout genre et ingénieurs prêt-à-l’emploi. Celle qu’un job d’ingénieur recherche ne concourt bien souvent pas au bien de l’humanité (c’est mon côté idéaliste…), au contraire.

    J’y vais de mon petit témoignage : chez feu les laboratoires de recherche de Motorola, où je n’ai fait que passer avant l’implosion des dits-labos :

    - Le fait de produire des brevets faisait partie des objectifs et permettait d’obtenir des primes significatives en fin d’année.

    - Le fait d’innover (i.e. transférer ses inventions vers un groupe produit en vue d’une mise sur le marché) faisait aussi partie des objectifs officiels.

    Mais, dans la réalité, il y avait 95% de chances pour cette invention reste à pourrir sur une étagère (invention sans innovation).

    Quant aux brevets réellement obtenus, ils ne faisaient l’objet d’aucune recherche systématique d’innovation.

    D’où l’image que je me suis construite de l’activité de dépôt de brevet :

    Il ne s’agit pas d’une activité offensive dans la guerre économique (gagner un avantage concurrentiel sur le concurrent, grâce au monopole consenti par les Etats, et donc à la capacité de capturer des marchés émergents et donc de répondre aussi à des besoins clients) mais d’une activité défensive, similaire à la constitution d’un champ de mines.

    L’objectif est de déposer un maximum de brevets pour empêcher les concurrents d’innover et donc de menacer les vaches à lait maison.

    La finalité du brevet est trop souvent de faire durer la profitabilité de solutions dépassées, d’ériger des murs de protection, de servir l’actionnaire plutôt que le client.

    Posted by Sig on juin 8th, 2009.


  3. C’est sûr, les brevets rapportent :http://breese.blogs.com/pi/2009/06/mon%C3%A9tisation-de-b...

    Posted by bertrandkeller on juin 8th, 2009.


  4. Très bon article en effet sur la dramatique dérive des brevets US depuis 20-30 ans.

    Le parallèle avec la dérive de la finance est d’autant plus pertinent à mon avis que ces deux phénomènes se … rejoignent, car ils sont tous les deux pilotés par “l’oligarchie américaine”, chère à Paul Jorion, cet économiste-anthropologue français qui travaille aux US depuis très longtemps et qui connaît le monde de la finance et de l’économie américaines de l’intérieur.

    Il fut l’un des premiers dès 2004 à annoncer la crise des subprimes et ses conséquences, permettant au passage à Wells Fargo d’éviter de sombrer dans le désastre bancaire américain de l’automne dernier.

    Cette oligarchie existe depuis la création des USA et a tendance parfois à tirer un peu trop sur la ficelle. Point de théorie du complot derrière cette oligarchie qui dirige le monde -les US en tout cas- mais simplement un constat que toute caste dominante livrée à elle-même finit par faire de gros dégâts. Chaque pays a un groupe dominant à un instant donné de son histoire, il faut juste faire en sorte qu’il y ait des limites à leur champ d’action.

    Or, face à cette oligarchie “privée” américaine, le contre-pouvoir, aux USA, c’est l’Etat! Depuis 20 ans, l’Etat n’a pas joué son rôle de contre-pouvoir face à ce groupe privé dominant. On vient d’en voir les conséquences financières… Les conséquences en matière de brevets sont tout aussi inquiétantes, même si elles sont moins visibles à court terme dans la vie économique.

    Un autre commentaire relatif à la nature “défensive” de l’activité des brevets, évoquée dans un des commentaires précédents.

    Au-delà de cette nature défensive, certaines entreprises utilisent les brevets comme une arme de dissuasion, exactement comme l’arme nucléaire.

    Elles cherchent en fait à accumuler les brevets qui sont le plus susceptibles de faire peur à leurs principaux concurrents.

    Pourquoi? Parce qu’il faut être capable de riposter aux attaques de la manière suivante:
    - L’entreprise A attaque B sur le brevet X, détenu par A, accusant B de l’utiliser abusivement.
    - B contre-attaque en sortant son brevet Y du chapeau, accusant A de l’utiliser abusivement.

    Une sorte de version moderne du “je te tiens, tu me tiens par la barbichette” qui se termine en général par un abandon de la procédure. C’est en tout cas un autre exemple d’activité parasite liée aux brevets, puisque l’on est très loin de la création de valeur ou d’une quelconque forme d’innovation.

    Posted by Francois Dechery on juin 9th, 2009.

20:19 Publié dans Modernité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Télérama 7 juin - 63 jours pour sauver le monde

Sous prétexte d’innovation quarante étudiants choisis parmi les plus brillants cerveaux de la planète travaillent sur comment influer de manière positive sur la vie de millions de gens dans le monde.

Avec l’auréole dorée qu’on leur met derrière leur crane d’œuf et les $25.000 qu’ils ont crachés pour 9 semaines de cours , moi qui trouvait déjà que beaucoup de monde avait trop d'influence sur nos humbles destinées, à cause des manipulations que permet l’argent, je me demande comment ces 40 petits génies déjà eux-même sous influence pourraient faire, s’ils sont vraiment bons,  pour penser aux conséquences de leur influence positive en étant manipulé eux-mêmes par ceux qui tirent les cordons de la bourse.

Pour commercer, peut-être pourraient-ils s’acharner à redonner des visions plus humaines au Guru
Ray Kurzweil : il a l’air tellement atteint que des tas de marchands de malheur doivent se l’arracher pour faire tomber les esprits faibles dans leurs escarcelles. 

En contrepartie des innovation de folie que nous a présenté Télérama, cet article de Christian FAURÉ sur l'Innovation
http://www.christian-faure.net/2009/06/07/menaces-sur-lin... et cette citation de Thomas Jefferson
qui a l'air bien obsolete : “The true value of an invention is its usefulness to the public.” suivie de cette remarque "Le système est court-circuité par une activité spéculative qui se développe à l’image de ce qu’on connaît dans la finance."



UNE UNIVERSITÉ…
AVANT-GARDISTE

Le 7 juin 2009 à 20h00

Envoyez à un ami Tags : spécial innovation Etats-unis Ray Kurzweil Nasa Google

NOUVELLES TECHNOS - Ils sont quarante étudiants, tous experts en nouvelles technologies, réunis à la Singularity University, près de San Francisco. Leur mission : améliorer, grâce aux progrès fulgurants de la science, la vie des Terriens. Neuf semaines pour anticiper l'avènement de l'homme... immortel. Y a du boulot.


- Illustration : Laurent Bazart

SUR LE MEME THEME

Google et la Nasa accouchent d'une université bien singulière | 17 février 2009

Un coup d'œil rapide à la pièce d'identité qu'on lui présente, et le gardien ne fait pas de difficulté à nous laisser entrer - on imaginait la sécurité plus drastique...

Alors on ose s'aventurer en voiture le long des grandes zones de pelouse, au-delà des premiers édifices aux toits roses, jusqu'à l'immense hangar blanc : grand de 32 000 mètres carrés, il a été construit avant guerre pour abriter un dirigeable de l'armée de l'air américaine.

Sur le chemin, on aperçoit une église, des habitations individuelles, des courts de tennis, un terrain de jeu pour enfants et quelques édifices étranges, plus conformes à l'idée que l'on se fait d'une base de la Nasa : l'Ames Research Center de Moffett Field est en fait l'un des principaux centres de recherche et de développe ment de l'agence spatiale américaine, à 60 kilomètres au sud-est de San Francisco. Pour y arriver, il faut traverser une partie de la Silicon Valley et sortir de l'autoroute 101 à Mountain View, prospère bourgade de 72 000 habitants, rendue fameuse depuis que les fondateurs de Google y ont établi leurs quartiers généraux, à deux pas de Moffett Field.

Où l'on écourtera finalement notre balade : la vue d'une voiture de patrouille nous incite à retourner vers le bâtiment central à l'architecture vaguement hispanisante, siège administratif du Lunar Science Institute. Ce n'est pas que l'on vienne y chercher des nouvelles de la prochaine mission lunaire américaine, mais parce qu'il abrite aussi depuis quelques semaines un drôle de projet, dont le lancement a été annoncé en début d'année par la plupart des grands médias du monde entier : la Singularity University.

Pour l'instant, en fait d'université, il n'y a pas grand-chose à voir. Une seule pièce, dans laquelle quatre personnes, assises autour d'une grande table, sont plongées dans l'écran de leur ordinateur portable. Dans un coin, un tableau blanc moucheté de feuilles de papier coloré autoadhésives, chacune représentant un module d'enseignement. Rien d'impressionnant, donc, dans ce qui ressemble encore à une start-up en phase de prédéveloppement. Si ce n'est qu'ici, dans quelques semaines, quarante étudiants choisis parmi les plus brillants cerveaux de la planète auront pour mission de plancher sur un sujet pour le moins ambitieux : comment influer de manière positive sur la vie de millions de gens dans le monde.

La Singularity University est le projet de deux hommes

- Peter Diamandis, docteur en médecine également diplômé en ingénierie spatiale, a fondé en 1987 l'ISU (International Space University). Basée à Strasbourg, cette université privée a accueilli depuis sa création plus de 2 500 étudiants, futurs experts de l'industrie spatiale. Diamandis est aussi connu pour avoir créé le X-Prize, un prix de 10 millions de dollars destiné au premier vol spatial habité non gouvernemental - il fut gagné en 2004 par le projet Space ShipOne. Il y a deux ans, il prend contact avec un autre phénomène :

- Ray Kurzweil. Inventeur précoce, celui-ci a écrit son premier code informatique à l'âge de 15 ans... en 1963. Au fil des ans, il a perfectionné des logiciels de reconnaissance optique de caractères et de synthèse vocale, créé une gamme de claviers électroniques et développé l'une des théories les plus révolutionnaires sur l'évolution des technologies de l'information.

Vers 2045, les intelligences artificielles auront de loin dépassé les capacités humaines, ce qui n'est pas très grave... puisque, à ce stade, la distinction homme/machine n'aura sans doute plus lieu d'être !

Baptisée « Singularité », selon un concept utilisé au départ pour décrire les trous noirs, puis adapté au monde informatique par le mathématicien et écrivain de science-fiction Vernor Vinge, cette théorie peut se résumer ainsi : pendant les trente ou quarante prochaines années, les changements technologiques vont être tellement importants qu'ils vont suivre une courbe de progression exponentielle.

Vers 2045, les intelligences artificielles auront de loin dépassé les capacités humaines, ce qui n'est pas très grave... puisque, à ce stade, nous aurons sans doute transcendé nos limites biologiques, et la distinction homme/machine n'aura plus lieu d'être ! Puisque l'on ne dépendra plus de nos corps, la vieillesse et la maladie seront des concepts dépassés.

On pourra également, selon Kurzweil, résoudre les problèmes comme la pauvreté, la faim dans le monde, la question écologique. Le rêve d'un monde parfait ? Ou à l'inverse un cauchemar, quelque part entre Le Meilleur des mondes et Matrix ?

A lire l'ouvrage de référence de Kurz­weil, sorti en 2005, The Singularity is near (1), tout devrait pourtant bien se passer :« Je m'attends à ce que l'intelligence qui émerge de la singularité ait un grand respect pour son héritage biologique », explique Kurzweil. Vous voilà rassurés ?

A deux mois du lancement des cours, Ray Kurzweil n'est pas en Californie, mais sur la côte Est - où il réside -, et il est en train de faire la promotion de Transcendent Man, un documentaire qui lui est consacré. Un film-portrait, où l'on découvrira, si l'on n'a pas lu son livre, qu'il avale chaque jour plus de deux cents pilules (vitamines, compléments alimentaires, molécules censées allonger la durée de la vie...), histoire de garder toutes ses chances pour ne pas rater 2045, et qu'il prépare le jour où la technologie pourra, grâce à un échantillon ADN, rendre la vie à son père décédé, à l'âge de 58 ans, d'une attaque cardiaque. Et où il explique que pour survivre aux changements technologiques il faut absolument les anticiper et apprendre à les maîtriser, ce qui est justement l'objectif de la Singularity University.

Mon téléphone est un million de fois plus puissant qu'un ordinateur il y a vingt ans. Dans cinq ans, on aura encore des machines un million de fois plus puissantes.”

Celui qui nous y accueille s'appelle Salim Ismail. Quelques mois auparavant, il était à la tête de Yahoo ! Brickhouse, la boîte à idées du concurrent de Google. Affable, parlant couramment le français - il a passé trois ans en France en tant que consultant -, il assure que l'université dont il est le directeur exécutif n'est pas un outil de promotion de la Singularité. « Personne ne peut nier que de nouvelles technologies émergentes sont en train de changer notre vision du monde. Mon téléphone est aujourd'hui un million de fois plus puissant qu'un ordinateur l'était il y a vingt ans. Dans cinq ans, on aura encore des machines un million de fois plus puissantes. Donc, ce que nous essayons de faire avec cette université, c'est de rassembler un nouveau groupe de "leaders", une nouvelle génération d'étudiants qui vont pouvoir apprendre à "manager", à comprendre et à imaginer ce que sera le monde des prochaines années. »

Les cours commenceront le 29 juin, et la sélection des futurs étudiants a été finalisée le matin de notre visite. Quarante élus pour 1 200 postulants, parmi lesquels on comptera une moitié d'Américains et quatorze femmes. Chacun d'entre eux a sa fiche scotchée au mur : photo, CV et un court texte où il explique sa motivation pour venir suivre les neuf semaines de cours. Tous sont déjà hyperdiplômés, et, comme le demandait le formulaire d'inscription, sont déjà experts dans un secteur des nouvelles technologies. Pour suivre le programme de la Singularity University, ils devront s'acquitter de 25 000 dollars de frais. C'est cher, surtout que la Singularity University est une organisation à but non lucratif. Son budget provient pour trois quarts de dons d'entreprises et de particuliers, et pour un quart des futurs étudiants.

Google, par exemple, dont le dirigeant, Larry Page, a suivi de près les travaux préparatoires à l'ouverture de l'université, a donné quelques centaines de milliers de dollars, et y enverra certains de ses « thought leaders » (notamment l'un des penseurs d'Internet, Vint Cerf, ou le spécialiste de l'intelligence artificielle Peter Norvig). Quant à la Nasa, elle prête ses locaux, quelques profs, et un accès à son super-ordinateur Pleiades.

Mais, pendant les neuf semaines que durera cette première session, les étudiants auront-ils le temps de faire joujou avec le troisième ordinateur le plus puissant du monde ? Car le programme est chargé :
- trois semaines de cours dans des matières aussi pointues que la robotique, les nanotechnologies, la biotechnologie, l'intelligence artificielle ; trois semaines où chacun se concentre sur l'un de ces sujets ;
- puis encore trois semaines de projet d'équipe, où il s'agira de trouver la solution à un problème qui touche une partie de la population mondiale - bonne nouvelle, si jamais ils trouvent une idée géniale, Salim Ismail promet que cela sera rendu public... Parmi les matières proposées, inutile de chercher l'histoire ou la philosophie : ces matières traditionnelles ont été ignorées.« C'est délibéré, explique Ismail. Il ne s'agit pas de remplacer les cursus plus traditionnels, mais de les compléter. »

Dans l'intervalle, les étudiants prendront le temps d'aller sillonner la Silicon Valley. « Dans un rayon de 30 kilomètres, on peut visiter cinquante ou soixante des principales entreprises du monde des nouvelles technologies. Outre Google ou l'université Stanford, on pourra aller voir des start-up comme Nanosolar, qui développe des panneaux solaires à base de nanotechnologies, 23andMe, le leader de la génétique personnelle ; ou encore une société qui travaille sur les ordinateurs quantiques... »

Les étudiants devraient notamment aller jeter un coup d'oeil aux robots de chez Anybots Inc., une start-up située à dix minutes en voiture de l'Ames Research Center. On y fabrique des créatures artificielles vaguement humanoïdes – si les jambes sont parfois remplacées par des roues, elles ont bien une tête, un corps et parfois des bras. Parmi eux, QA, qui devrait être commercialisé dans les prochains mois, un robot destiné à la « téléprésence ». Il peut être utilisé comme concierge, ou vous servir d'yeux ou d'oreilles si vous êtes à distance d'une conférence. Et l'on se prend à penser que, avant que cette webcam montée sur roulettes évolue en une intelligence capable de dépasser celle de l'homme, nous avons encore quelques (belles) années devant nous.

Thomas Bécard
Télérama n° 3099

(1) Publié en français sous le titre “Humanité 2.0, la bible du changement”, chez M21 éditions.

 

 

Le 7 juin 2009 à 20h00
Réagissez 2 réactions
Envoyez à un ami

Tags : spécial innovation Etats-unis Ray Kurzweil Nasa Google

VOS REACTIONS (2 commentaires)

Sogeco - le 9/06/2009 à 10h09
Ca sent l'arnaque à plein nez...  Prétendre que les ordinateurs seront 1 million de fois plus puissants dans 5 ans est pure spéculation, et même si cela était le cas (après tout pourquoi pas) prétendre qu'en 2045 l'homme et la machine ne feront plus qu'un (je résume) c'est se f... de la g... des gens.

La terre comporte 6 milliards d'individus (combien en 2045?), comment peut-on prétendre résoudre par des moyens purement scientifiques les problèmes de l'humanité à si courte échéance...?

Il s'agit là de purs délires d'auteurs de science fiction en mal de reconnaissance. Au début du 20ème siècle le même genre d'individus prévoyaient qu'en l'an 2000 nous aurions tous une voiture volante (entre autres).

Pas besoin d'être bac +20 pour comprendre que la courbe d'évolution des sciences ne peut pas être exponentielle en se contentant d'extrapoler les 2000 ans passés, en faisant cet exercice purement virtuel on en arrive à la conclusion qu'en 2100 tout aura été inventé et découvert et que la galaxie n'aura plus aucun secret pour nous.

Trouvez-vous cet avis intéressant ?

MADCANARDO - le 9/06/2009 à 08h09

Ah ! Parce qu'il y en a qui pense que la technologie va sauver l'humanité.  Je ne suis pas sûr que les diplômes rendent intelligents !

4 internautes sur 6 ont trouvé cet avis intéressant.

Trouvez-vous cet avis intéressant ?

12:33 Publié dans Modernité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06.06.2009

Télérama 6 Juin 2009 - Clic et déclic à l'école


LE CARTABLE…
NUMÉRIQUE

Tags : spécial innovation école

NOUVELLES TECHNOS - Ordinateurs, mais aussi palettes graphiques, tableaux interactifs et logiciels ludo-pédagogiques : le développement des outils numériques dans les classes bouscule la relation au savoir et annonce une révolution dans l’enseignement. Avec ses partisans et ses adversaires…


- Photo : Laurent Troude

Devant l'écran de son iMac, Sami, 7 ans, reste perplexe : un mini-Dark Vador l'enjoint de conjuguer des verbes au futur de l'indicatif, mais il hésite sur la première case à remplir : « Vous... aimerai ? » Dark Vador pousse un couinement réprobateur. Sami extirpe de son pupitre son cahier de grammaire, vérifie, corrige : « Vous aimerez », puis passe à la case suivante.

Comme lui, grâce au système de la « classe mobile », c'est-à-dire un réseau d'ordinateurs portables reliés à un ordinateur maître et à Internet, une quinzaine de ses camarades de CP-CE1 planchent de manière autonome, qui sur un exercice de calcul, qui sur un exercice de français, choisi en fonction de ses besoins.

Pendant ce temps, la maîtresse, face au tableau numérique interactif (TNI), s'occupe d'un autre groupe. Sur un vaste écran, relié à l'ordinateur de l'enseignante, est projeté un court texte suivi d'un questionnaire à choix multiples (QCM). Les enfants répondent grâce à un boîtier de vote individuel. L'affichage des résultats est immédiat : les erreurs de chacun sont commentées. « Avec ces outils, je peux enfin appliquer la pédagogie différenciée ! » s'enthousiasme Régine Bontemps, institutrice de l'école Willy-Brandt, qui, en 2006, a fait partie des treize enseignants volontaires pour démarrer L'Ecole du futur, voulue par le député-maire d'Elancourt (Yvelines).

“L'aspect ludique décomplexe les enfants et les incite à davantage participer.”

Aujourd'hui toutes les classes de la ville sont équipées. Ce matin, en maternelle, une élève doit recopier sur l'écran tactile le mot « LUNDI ». Armée du stylet numérique, elle se lance. Le L part à l'envers ? Qu'à cela ne tienne : un coup d'« outil gomme », et l'erreur est effacée. Puis chacun retourne à sa place pour ­effectuer, avec papier et crayon « classiques », ses lignes d'écriture.

Quelle différence par rapport au bon vieux tableau noir ? Les enseignants sont unanimes :« Les possibilités infinies d'affichage et de modification des images, de recherche de documents audiovisuels pour illustrer le cours, et l'aspect ludique, qui décomplexe les enfants et les incite à davantage participer. » Malgré quelques bugs, une formation encore insuffisante et la rareté des ressources numériques disponibles, le TNI rafle tous les suffrages : « Je ne pourrais plus m'en passer ! »avoue Régine Bontemps.

A l'heure actuelle, 1 200 tableaux numériques interactifs sont installés en France. Le cas d'Elancourt relève d'initiatives locales, il en est de même à Limoges et dans les Landes (où un « cartable numérique » a été distribué à tous les collégiens). Grâce aux efforts des collectivités territoriales depuis dix ans, il y a désormais environ huit élèves pour un ordinateur, ce qui situe la France dans la moyenne européenne. Les inégalités subsistent toutefois, surtout entre l'élémentaire, sous-équipé, et le secondaire. Le ministère de l'Education nationale entend y remédier, par exemple en débloquant 50 millions d'euros pour doter 5 000 écoles rurales.

Il faut faire entrer définitivement le « mammouth » dans l'ère numérique. « Aujourd'hui, nous accompagnons les enseignants dans l'usage des nouvelles technologies », explique Jean-Yves Capul, de la sous-direction des Tice (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation), qui rappelle que « les profs n'ont plus le choix ». En effet, en intégrant en 2006 la « culture numérique » dans le socle de connaissances et de compétences de la scolarité obligatoire, et en couplant le B2i (brevet informatique et Internet) au brevet des collèges, l'école s'est donné officiellement une nouvelle mission : « réduire la fracture numérique et initier les élèves à un usage raisonné et responsable de ces techniques ».

Photo : Laurent Troude

Mais, du côté des profs, il y a toujours dans ce domaine « les athées et les croyants », pour reprendre le mot de Serge Pouts-Lajus, responsable de l'Observatoire des technologies pour l'éducation en Europe. Si 95 % utilisent désormais l'informatique pour préparer leurs cours, par exemple en consultant les ressources en ligne développées par des associations pionnières (Sésamath en mathématiques, Clionautes en histoire-géographie, et WebLettres en français), seulement 66 % déclarent avoir utilisé un ordinateur en classe au cours de l'année écoulée (1).

Les choses pourraient bien changer avec les outils nouvelle génération, très séduisants. En cours de langue, les collégiens de l'académie de Bordeaux s'entraînent sur des baladeurs numériques. Dans 40 écoles pilotes, les enfants discutent avec des camarades étrangers via un dispositif de visioconférence. Et bientôt, peut-être, les étudiants goûteront aux joies des « jeux sérieux », ces jeux vidéo à contenu éducatif déjà très développés aux Etats-Unis pour la formation des adultes. 30 millions d'euros viennent d'être débloqués à cette fin par le Conseil des ministres.

“Tout professeur doit y trouver son compte, en termes de motivation des élèves,
de renouvellement de son enseignement.”

Preuve de l'évolution en marche : la multiplication des blogs de classe - les trois principaux hébergeurs, Le Café pédagogique, Le Web pédagogique et Curiosphere, en répertorient près de 8 000. Vitrines des travaux d'élèves, cours en ligne ou interface de communication et de création collaborative, il y a autant de sortes de blogs que de méthodes pédagogiques. « Tout professeur doit y trouver son compte, en termes de motivation des élèves, de renouvellement de son enseignement », affirme Alain Lamotte, animateur du Groupe de réflexion et d'expérimentation en informatique dans les disciplines, mis en place par l'académie de Créteil. Mais attention : ces outils « quasi miraculeux » ne font pas le bon prof. Il ne s'agit pas de rendre les enfants ou les adolescents cyber-dépendants. Un équilibre reste donc à trouver « entre Google Earth, les cartes murales et les manuels ».

La médiation de l'écran modifie déjà la relation prof-élève, la relation au savoir, voire le savoir lui-même. Avec l'ordinateur, le maître n'est plus la seule source d'informations de ses élèves, mais un organisateur d'activités, souvent en petits groupes. Il enseigne moins des connaissances que des compétences - autonomie, travail en équipe, etc. Pour Eric Weill, inspecteur de l'Education nationale à Elancourt, nous sommes au seuil d'une « révolution pédagogique »qui remettra en cause, à terme, les examens académiques, comme au Danemark, où l'on vient d'autoriser Internet au bac. La technologie moderne ringardiserait donc définitivement la leçon du maître ? C'est ce que déplore Antoine Drancey, professeur de français dans un collège du Calvados, fondateur de la liste de discussion Profs.fr et président de l'association Dictame, qui gère un portail de ressources en ligne. Loin d'être technophobe, il utilise quotidiennement en classe un vidéo-projecteur, mais à la manière d'un « super-tableau », pour mieux capter l'attention de toute la classe. Il refuse d'« enchaîner ses élèves à des claviers »,craignant qu'ils « ne substituent le clic à une réelle démarche cognitive ».

Au-delà de l'éternelle querelle des Anciens et des Modernes, quel est le bénéfice réel des TIC en termes d'apprentissage ? Selon l'INRP (2), les études internationales s'avèrent contradictoires. Sûr que les élèves sont plus motivés, pas sûr qu'ils apprennent mieux. Quoi qu'il en soit, le passage de l'école au tout-numérique constitue une manne pour les entreprises qui produisent matériel et ressources. Jean-Yves Capul a beau rappeler le principe de neutralité économique de l'Education nationale, nombreux sont les enseignants qui s'inquiètent, par exemple, de l'emprise de Microsoft, via, entre autres, un accord-cadre signé en 2003…

Fanny Capel
Télérama n° 3099

(1) Sondage cité dans le rapport d'audit de l'Inspection des finances et de l'Inspection générale de l'Education nationale, « Contribution des TIC à la modernisation du système éducatif », mars 2007.

(2) Institut national de recherche pédagogique, dossier d'actualité no 41, « Impact des TIC dans l'enseignement », janvier 2009.